Qui va payer?

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En ces temps de transition du modèle agricole français, un peu d’histoire s’impose. Créateur du Salon de l’agriculture en 1964, Edgard Pisani a été ministre de l’Agriculture de 1961 à 1966 sous la présidence de Gaulle. Il est le père des lois d’orientation agricole et du système productiviste qui a permis à la France de devenir la puissance agricole qu’elle est aujourd’hui. Rappelons qu’il s’agissait à l’époque d’en finir avec la pénurie alimentaire de l’après-guerre, de nourrir la France, voire le monde.

Répondant à cette injonction politique, les agriculteurs ont révolutionné leurs pratiques et leurs exploitations, en même temps que leur part dans l’emploi total diminuait pour atteindre, en 2019, 2,1 %. Les limites de ce système sont maintenant connues: émission de gaz à effet de serre, pollution des sols et des eaux, appauvrissement de la terre, glissements de terrain, etc. Les réponses à ces défis commencent également à se dessiner: agriculture de conservation des sols (ACS), conversion au bio, Haute valeur environnementale (HVE)…

Si la nécessité d’une transition vers une agriculture bas carbone est maintenant indiscutable, reste à savoir comment se fera cette transition et surtout comment la financer.

C’est là que le rappel historique ci-dessus prend tout son sens. Les agriculteurs n’ont pas choisi le modèle agricole actuel, ils ont été les instruments d’une politique d’État. Il n’est pas aujourd’hui envisageable qu’ils supportent la charge de la nouvelle transition qui va leur être demandée.

Il convient donc de trouver un financement alternatif. Une première solution serait de compter exclusivement sur la finance carbone (les crédits carbone).

Toutefois, si c’est un outil intéressant, elle n’est aujourd’hui pas à la hauteur des enjeux,

Reste la possibilité de mettre les industriels à contribution et de faire payer par le consommateur final le prix de cette transition. Certes, la part de l’alimentation dans les dépenses des ménages a fortement baissé et il pourrait théoriquement être envisageable qu’elle remonte légèrement. Toutefois, les nombreux cas récemment rapportés de personnes ne pouvant faire face à l’augmentation du prix de l’énergie doivent nous rappeler que demander à tous les Français, indépendamment de leurs revenus, de financer la transition est une aberration.

C’est donc aux aides publiques (État, Europe) et, in fine, au contribuable, à juste proportion de ses revenus, qu’il revient de prendre en charge le coût de cette transition. De manière très concrète, les pouvoirs publics, après avoir défini la marche à suivre en fonction des spécificités de chaque territoire, doivent compenser 100% du reste à charge des mesures de transition mises en œuvre par les agriculteurs. Pour notre bien à tous.

(*)Maire de Margny-sur-Matz (Oise) et avocat.

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