Doigt mouillé…

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Avec l’élection présidentielle au printemps prochain, revoilà l’hiver et les giboulées de sondages. Avant de se gausser des ratés – l’élimination de Lionel Jospin en 2002 ou la victoire de Donald Trump en 2016 rappelons que pour apprécier l’état de l’opinion il n’y eut longtemps que le doigt mouillé ou les « agents » dits « mouches » ou « mouchards ». Ces derniers tendaient l’oreille dans les cafés et informaient la lieutenance générale de la police sous l’Ancien Régime, puis les préfets sous le Premier et le Second Empire. Pour sonder les cœurs et les âmes, la presse, quand elle devient à peu près libre, organise des « votes de paille » en adressant un questionnaire aux lecteurs sous forme de coupon-réponse. En juillet 1907, Le Petit Parisien lance ainsi un « référendum» sur la peine de mort: 1412347 réponses ! En 1934, poursuivant l’expérience, il demande à ses lecteurs: «Si la France avait besoin d’un dictateur, qui désigneriez-vous ? » Deux noms sortent en tête: Pétain et Laval!

Cette consultation à l’aveugle ne fait pas le poids face aux nouvelles techniques de marketing expérimentées dès le début des années 1930 outre-Atlantique pour vendre des produits de beauté. Comment ? Ces sondeurs interrogent un minimum d’individus représentatifs – âge-revenu-profession-domicile… – de chaque État américain. Lors de l’élection présidentielle de 1936, c’est la grande finale entre les deux approches. Un magazine, le Literary Digest, distribue avant le scrutin jusqu’à 20 millions de bulletins, et enregistre entre 1,5 et 2 millions de réponses. Le titre prédit la victoire du républicain Alfred Landon. Patatras: c’est Roosevelt qui est réélu. Et avec 62% des suffrages exprimés! Mieux: les trois instituts « commerciaux » qui utilisent l’échantillonnage par quotas, ceux de George Gallup, d’Elmo Roper et d’Archibald Crossley, donnent tous le bon résultat. Et avec seulement quelques milliers de personnes interrogées !

L’ère des sondages commence, sauf dans les régimes totalitaires, ou l’enquête d’opinion est bannie. Un souci, toutefois. Et de taille: très vite, les élus sont de plus en plus tentés de tout sonder avant même d’avancer la moindre idée nouvelle. Au risque de n’être plus rien que les caniches de l’opinion du moment avec comme seule marge de manœuvre d’en rajouter dans le sens du vent, ainsi que l’ont bien compris les démagogues modernes. Le débat y gagne certainement en transparence. Les responsables politiques, malheureusement, aussi!

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