De la boue … des femmes et des hommes …

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« Quand les premiers coureurs déboulent dans le vélodrome, la clameur de la foule, c’est un truc de dingue », avaient prévenu les reporters « vélo» du journal en bondissant de la voiture. On était encore très loin des flancs du vélodrome André-Pétrieux, sur le secteur pavé de Troisvilles, plus précisément, histoire de voir comment les 174 victimes consentantes du 118e Paris-Roubaix allaient traverser leur premier passage en enfer… avant les 29 autres.

Quelques secondes plus tard, on voyait. Regard possédé, visage croûté de boue, une trentaine de coureurs échappés du peloton fonçait en file indienne – question de survie – sur la patinoire de cailloux. La Reine des classiques : basculait en cycle essorage et dans une autre dimension. Et nous avec.

Sans doute parlera-t-on encore dans vingt ans de cette édition de fin du monde. Parce qu’elle a fait tout vivre aux coureurs des crevaisons, des chutes, des abandons (70 !), des larmes et du sang, des trucs que même le vétéran Philippe Gilbert, 39 ans, n’avait jamais vus. Parce qu’elle intervenait après deux décennies au sec et deux ans de disette liés au Covid.

De droite à gauche: l’Italien Sonny Colbrelli, le Belge Florian Vermeersch et le Néerlandais Mathieu van der Poel,

L’Italien Sonny Colbrelli,

Parce qu’elle a consacré un formidable trio de rookies, l’Italien Sonny Colbrelli, le Belge Florian Vermeersch et le Néerlandais Mathieu van der Poel, inconsolable durant de très longues minutes sur la pelouse roubaisienne (on confirme, frisson géant à l’arrivée des héros). Vivre pour la première fois sur le terrain cette épopée d’un jour, dimanche dernier, tenait du privilège, et tout est consigné dans notre boite noire : le regard hébété du Danois Mads Pedersen à la sortie de la trouée d’Arenberg, contraint à l’abandon après une chute. Ces mains et ces mots qui réconfortent les coureurs prostrés et en pleurs, à l’arrivée à Roubaix. La joie lumineuse d’Adrien Petit, qui n’en revient pas d’être sorti d’une telle dinguerie, et parle, parle, parle, avant de trottiner vers les douches.

Tombée plusieurs fois, Élisa Longo Borghini avait pour consigne de ne jamais abandonner « parce qu’à Roubaix, vous pouvez toujours revenir ». Elle finira 3e.

La veille, un même sentiment d’immense délivrance avait parcouru le vélodrome à l’issue de la première édition féminine de la course remportée par la Britannique Lizzie Deignan -, comme le racontent les images du photographe Jelle Vermeersch publiées dans le Mag cette semaine. Et puis, il y a le reste, qu’on n’a pas forcément la place d’évoquer dans le journal mais qui dit quelque chose de notre lien au vélo : ce lecteur croisé á Ichy qui râle parc qu’un problème de distribution l’a obligé à rouler 40km pour acheter son équipe du jour. La fièvre des supporters au bord des routes, malgré le déluge, à moins que ce ne soit grâce à lui.

À l’arrivée la Britannique Lizzie Deignan s’est imposée en solitaire au vélodrome de Roubaix, après 116,5 kilomètres de course dont 29 km sur des pavés et 80km en solo, sa dauphine Marianne Vos (Jumbo-Visma) arrive à 1’17’’ et Élisa Longo Borghini (Trek-Segafredo) à 1’47’’.

La quiétude studieuse de la salle de presse après la remise des trophées (pourquoi si peu de journalistes femmes ?), quand les mains courent sur le : claviers pour ne pas mettre en péril le bouclage. Quelques heures plus tard, tandis que la voiture filait dans la nuit pour rejoindre Paris, on revivait le film de la course en prenant date pour l’an prochain.

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