Algérie : fin du tabou?

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Le torchon brûle entre la France et l’Algérie sur les questions mémorielles. Le week-end dernier, Alger a rappelé son ambassadeur à Paris et interdit son espace aérien aux avions militaires français qui l’empruntent pour rejoindre ou quitter le Sahel.

À l’origine de cette nouvelle tension : un déjeuner bon enfant entre le président français et une vingtaine de jeunes dont les grands-parents avaient été des protagonistes de la guerre d’Algérie. Au cours d’échanges apparemment ouverts, Emmanuel Macron leur a rappelé qu’après son indépendance l’Algérie s’est dotée d’une histoire officielle « totalement réécrite », qui « ne s’appuie pas sur des vérités », mais développe « un discours qui repose sur une haine de la France ». Et de poursuivre : « La nation algérienne post-1962 s’est construite sur une rente mémorielle. » Alger, offusqué, a aussitôt condamné une intervention qui « heurte les principes devant présider à une éventuelle coopération algéro-française en matière de mémoire » et promeut « une version apologétique du colonialisme ».

En fait de coopération, il semble que le régime algérien ne se satisfasse que d’une France qui se couvrirait la tête de cendres, Car Emmanuel Macron est allé plus loin que ses prédécesseurs. En reconnaissant lors de la campagne présidentielle de 2017, que la colonisation a entraîné des « crimes ». Et en s’apprêtant à commémorer aujourd’hui les répressions meurtrières du 17 octobre 1961. Mais l’examen de conscience de l’Algérie, où est-il ? Pendant que la France demandait récemment pardon aux harkis de les avoir abandonnés, entendait-on l’Algérie demander pardon de les avoir massacrés ? Les crimes de la colonisation l’absolvent-ils de ses propres péchés ? Surprenant de la part d’un régime qui a si vite effacé la faute des islamistes de la « décennie noire » : 150 000 morts entre 1991 et 2002. Comme si le travail de mémoire était l’apanage des démocraties qui regardent leur passé en face et ne pouvait se faire que d’un seul côté de la Méditerranée.

Selon les médias locaux, c’est un autre propos d’Emmanuel Macron qui aurait provoqué la colère du régime. « Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question », s’est-il interrogé. Sujet tabou ! Mais très bien expliqué par l’historien Mohammed Harbi, ancien membre du FLN, dans « l’Algérie et son destin » : « En faisant remonter l’existence d’une nation algérienne à la période pré coloniale, le nationalisme s’interdit d’étudier la formation du peuple algérien comme processus historique et rend incompréhensibles les problèmes posés par les brassages de population. » Force est en effet de constater que c’est la présence française qui a suscité l’insurrection de 1871, puis celle de 1954, tandis que la présence ottomane entre 1520 et 1830 n’a jamais fait face à un héros aussi « national » qu’Abdelkader… L’occupant musulman a été mieux supporté que le chrétien. Comme si le levain de l’affirmation algérienne avait d’abord été l’islam. Qu’a donc dit le président Macron d’inacceptable ? Il s’est étonné de voir « la capacité de la Turquie à faire totalement oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a exercée ; et d’expliquer qu’on est les seuls colonisateurs ».

À vrai dire, les relations entre Paris et Alger s’étaient déjà tendues après la décision française de réduire de moitié les visas accordés aux Algériens. Le motif était le « refus » des autorités de délivrer les laissez-passer nécessaires au retour des clandestins refoulés de France. Emmanuel Macron a longtemps été conciliant avec l’Algérie ; il a durci le ton pour rappeler que les intérêts de la France aussi doivent être respectés.

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