Si on veut que la France renaisse …

Depuis quand la France a-t-elle été coupée en deux à ce point ? Il faudrait remonter à la fin du XIXe, quand la république se construisait. Aujourd’hui, force est de constater que nous la déconstruisons. 

Si l’on additionne les intentions de vote en faveur de ceux qui vomissent le pouvoir et veulent une rupture, le camp des « antisystème » fait presque jeu égal avec ce qu’Alain Minc appelle le « cercle de la raison ». Le Pen + Zemmour + Mélenchon + l’escrologisme à la Rousseau + les poussières d’extrêmes, de droite ou de gauche = entre 45 et 49 %. 

Il en faudrait plus pour troubler la digestion de nos mollasses et consanguines élites. Si ça branle dans le manche, rien de grave, c’est la faute d’Éric Zemmour. Nos chers médias ont au demeurant trouvé une nouvelle grande cause nationale : l’antizemmourisme. Et, leur bonne conscience en étendard, ils sont en train de fabriquer le « quasi-candidat » comme, en 2015, leurs collègues américains avaient mis en selle Trump dans la course à la Maison-Blanche.

Ce n’est pas en qualifiant Zemmour de polémiste de l’extrême droite identitaire, en attendant de le traiter de fascistoïde, voire de nazi, que les médias le déconsidéreront. Ce n’est pas non plus en contestant tous ses chiffres, notamment sur l’immigration, qu’ils le disqualifieront : les statistiques plus ou moins traficotées ne peuvent rien contre le vécu des Français. 

« Le seuil de tolérance a été dépassé dans les années 1970 », déclarait Mitterrand en 1989, au grand dam d’une partie de la gauche, après avoir négocié son tournant « réaliste ». Du pur Lévi-Strauss. Si l’ancien président parlait d’or à l’époque, c’est dire l’état dans lequel nous sommes aujourd’hui ! Tel est le premier ressort de la campagne de Zemmour, qui répète que les immigrés ne peuvent pas avoir que des droits et quasiment pas de devoirs – comme les Français, soit dit en passant. 

Parce qu’elle est géographiquement un « isthme », la France est ontologiquement une terre d’immigration, observait l’auteur d’une superbe Histoire de France, Jacques Bainville, qui n’était pas de gauche, il s’en faut, et qui définissait notre peuple comme un « composite ». Plutôt que de tourner le dos aux siècles qui nous contemplent, l’enjeu est désormais de maîtriser enfin les flux migratoires. 

Plus la France accueille des immigrés, moins elle peut espérer les intégrer – et on ne parlera pas de les assimiler, c’est devenu un gros mot. Toutes les structures sont débordées. L’école, les services sociaux, le système hospitalier, etc. Sur ce sujet comme sur presque toutes les questions régaliennes, Macron a trop longtemps laissé pisser le mérinos. Aujourd’hui, notre pays semble si dépassé qu’un homme aussi posé que le LR Michel Barnier en est venu à proposer un moratoire de cinq ans sur l’immigration et que ça passe presque comme une lettre à la poste.

Un autre ressort de la campagne de Zemmour est la tragique désindustrialisation de la France. Elle déstructure la société, ghettoïse les classes populaires et creuse notre balance commerciale, qui souffre d’un inquiétant déficit. Le candidat virtuel en parle avec une colère légitime et il a tôt fait d’imputer notre faillite industrielle à l’Europe, à la mondialisation. C’est totalement faux, bien sûr. Si notre pays est le plus désindustrialisé d’Europe avec la Grèce, c’est par sa faute, après quarante ans d’incurie. Sinon, la production industrielle allemande par tête d’habitant ne serait pas beaucoup plus élevée que la nôtre : 12 400 contre 7 900 dollars ! 

Que l’ancien chroniqueur du Figaro ait imposé, avec ses manières de sale gosse, les thèmes de l’immigration et de la désindustrialisation dans la campagne présidentielle, on ne s’en plaindra pas. Même si c’est sacrilège dans un pays qui n’aime rien tant que s’adonner aux drogues du déni, tandis que son président sortant, prince de l’évitement, apparemment bien placé dans les sondages, se tortille, un carnet de chèques à la main, pour n’avoir pas à évoquer les vrais sujets. 

La limite de Zemmour est qu’il n’a pas le début d’une ébauche de solution dans un pays où le pourcentage des dépenses publiques est le plus élevé du monde (plus de 55 % de la richesse nationale) ; le déficit du commerce extérieur, chronique (65 milliards en 2020) ; l’endettement de l’État, pharaonique (114 % par rapport au PIB) ; le taux des prélèvements obligatoires, paralysant (46 %, dix points de plus que l’Allemagne !). Peut-on compter sur ceux qui, à droite comme à gauche, nous ont mis dedans depuis des décennies ? Seront-ils capables, un jour, de réparer tout le mal qu’ils ont fait ?

Jacques de Larosière président ! Si on veut que la France renaisse enfin, toutes les solutions sont dans le livre formidable et enlevé de l’ancien patron du FMI, 91 ans, gouverneur de la Banque de France de 1987 à 1993, quand notre pays n’était pas trop mal géré : 40 ans d’égarements économiques. Quelques idées pour en sortir (Odile Jacob). Il suffirait de courage et de volonté pour appliquer ses idées. Mais c’est peut-être trop demander !

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