1927 – 14 septembre…

La danseuse s’assoit dans une Amilcar sans voir…

Quelle horrible coïncidence ! Avoir bâti un succès international en dansant enveloppée dans des voiles et périr la nuque rompue par son châle. Isadora Duncan est une célèbre danseuse américaine réputée pour sa danse libre et spontanée. Elle est adepte de l’amour libre, bisexuelle, communiste (ce qui lui a fait perdre la nationalité américaine), excentrique, féministe, darwiniste et bien d’autres choses encore. Ayant atteint l’âge canonique de 50 ans pour une danseuse, elle se produit moins sur scène, mais enseigne davantage. Depuis la mi-août 1927, elle habite Nice, où elle conserve un enthousiasme d’adolescente, multipliant les liaisons amoureuses, souvent avec des garçons plus jeunes.

Le soir du 14 septembre 1927, elle dîne au restaurant avec son amie Marie Desty. Elles achèvent leur repas quand un jeune garagiste nommé Benoît Falchetto vient chercher Isadora pour lui faire essayer une petite bombe roulante, une Amilcar GS 1924 qu’elle envisage de s’offrir. La voiture est bien une Amilcar, et pas une Bugatti, comme il a été dit plus tard. En fait, Bugatti est le surnom donné à Falchetto par Isadora, d’où la confusion.

Amilcar L.

« Je pars vers l’amour »

Lorsque la danseuse s’apprête à quitter le restaurant avec son jeune garagiste, Marie Desty est prise d’un sombre pressentiment. Elle la supplie de renoncer à sa sortie, mais la danseuse rit de ses appréhensions, s’écriant : « Je pars vers l’amour. » C’est que la cougar aux pieds nus compte bien croquer le petit mécanicien après la balade. Petite anecdote : aux journalistes venus lui demander de leur répéter les derniers mots d’Isadora, Desty n’ose pas leur répéter la phrase trop allusive, la transformant en : « Adieu, mes amis. Je vais à la gloire. »

Émoustillée par la perspective de sa soirée, Isadora s’assoit sur le siège passager de la voiture décapotable. Elle prend soin d’enrouler son long châle autour de son cou, lui faisant faire deux tours, avant de rejeter d’un geste machinal les deux extrémités derrière elle. Elle ne s’aperçoit pas que les franges se sont glissées entre le pare-boue gauche arrière et la carrosserie. Le piège est en place. Quand la voiture démarre, le châle s’enroule autour du moyeu en tirant brutalement Isadora Duncan en arrière. Le corps de celle-ci effectue une figure chorégraphique inédite : le salto arrière avec plaquage sur la chaussée. Isadora meurt sur le coup, la nuque brisée. Effrayé, Falchetto freine immédiatement, se précipite vers le corps. La colonne vertébrale est brisée. Ainsi périt, assassinée par un châle, celle qui illumina le monde par sa danse, sa grâce et sa beauté.

La mort aux trousses

Ce n’est pas la première fois qu’une voiture brise la vie d’Isadora. Quatorze ans auparavant, une autre automobile noie ses deux enfants, Deirdre, 6 ans, et Patrick, 3 ans, ainsi que leur nounou. Isadora n’était pas à bord. Le chauffeur qui roule sur les quais de la Seine, à Paris, cale en voulant éviter un obstacle. Faute de démarreur électrique, il descend du véhicule pour tourner la manivelle. Seulement, cet imbécile oublie de mettre au point mort et de serrer le frein à main. Dès que le moteur se met à tourner, la voiture bondit en avant, dévale le boulevard Bourdon avant d’achever sa course dans la Seine. La nounou et les deux enfants se noient. Deirdre avait pour père un décorateur de théâtre, et Patrick était le fils d’Isaac Merritt Singer, l’inventeur de la machine à coudre.

La mort reste aux trousses d’Isadora avec le suicide de son époux, le poète russe Sergueï Essénine. Encore une folle histoire d’amour. Elle rencontre Sergueï en octobre 1922, quand elle s’installe à Moscou pour pratiquer son art chez les bolcheviques. De dix-huit ans son aînée, elle l’épouse le 2 mai 1922. Mais le poète alcoolique devient violent. Ses crises conduisent à la rupture du couple en mai 1923. Essénine rentre à Moscou. Il tombe dans une profonde dépression, l’obligeant à une hospitalisation. Il se remarie, puis se pend le 28 décembre 1925 à l’hôtel d’Angleterre à Leningrad (actuellement, Saint-Pétersbourg). À moins qu’il n’ait été suicidé par des agents de la police secrète…

Isadora Duncan.

Isadora a encore une brève aventure avec l’aviateur Roland Garros en septembre 1918. Elle le rencontre à Paris chez une amie. Il se met au piano, elle se met à danser. « Il me ramena à pied de Passy à mon hôtel du quai d’Orsay. Il y eut un raid aérien, que nous regardâmes en spectateurs, et pendant lequel je dansais pour lui sur la place de la Concorde – lui, assis sur la margelle d’une fontaine, m’applaudissait, ses yeux noirs mélancoliques brillant du feu des fusées qui tombaient et explosaient non loin de nous. Il me dit cette nuit qu’il ne pensait qu’à la mort et ne souhaitait qu’elle. Peu après, l’ange des héros l’a saisi et l’a transporté ailleurs. » Isadora Duncan continue à papillonner jusqu’à ce triste jour où son châle décide de l’assassiner avec la complicité d’une Amilcar.

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