Ce socialisme des imbéciles…

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Rarement rentrée fut plus bourdonnante. Faut-il parler des antivax qui, en France, tiennent toujours le haut du pavé ou de l’Afghanistan que l’Amérique, penaude, est en train de rendre aux talibans après les avoir chassés en 2001 ? Tel est, cette semaine, le dilemme de l’éditorialiste. Mais poser la question, c’est déjà y répondre : on a les guerres que l’on peut, et la tragédie afghane relativise celle que mène une partie des Français contre les vaccins anti-Covid.

Le citoyen n’a plus que des droits et la société des devoirs : voilà ce qu’est devenu, en caricaturant à peine, le « modèle occidental », aujourd’hui au comble de l’épuisement. Si l’on met à part nos compatriotes qui sont tombés dans la grande pauvreté, nous voilà tous devenus à la fois des victimes et des enfants gâtés, à l’image des antivax et de leurs épigones politiciens. Un ramas hétéroclite d’extrémistes et d’assistés professionnels qui ont déjà reçu onze vaccins obligatoires à la naissance et qui crient à la dictature sous prétexte que Macron leur en demande un douzième !

C’est une insane faiblesse qui, ces temps-ci, mine notre démocratie : entre le désarroi devant l’étrange mouvement antivax et l’indignation mollasse après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, le lien est évident. Nous sommes « avachis », comme disait de Gaulle. À l’heure de la civilisation du « tout pour ma gueule, » rien n’est important, fors soi-même, et nous supportons de moins en moins que soit troublée notre digestion, devenue, en l’absence d’idéal et de sacré, l’activité principale de l’Occident, celle qui rythme ses plaisirs et ses jours. 

Qu’une clique d’abrutis ou de psychotiques islamistes comme les talibans ait pu faire tomber comme un fruit pourri l’Afghanistan, que l’Occident en général et l’Amérique en particulier ont protégé et bichonné pendant vingt ans, comment est-ce possible ? Selon une étude du Watson Institute de l’université Brown (Rhode Island), le coût de l’intervention américaine s’est élevé à 1 860 milliards d’euros depuis 2001. Tout ça pour ça ? On se frotte les yeux. Mais si l’argent ou la haute technologie achetaient la paix, ça se saurait. Il faut aussi une stratégie, de vrais soldats et, surtout, une volonté de fer. La nôtre est en marmelade. Aux idéologies sanguinaires, si débiles soient-elles, nous n’avons plus grand-chose à opposer : nous ne croyons en nous qu’individuellement, pas collectivement.

Comme les nazis, comme Vlad III, le prince de Valachie qui empalait par milliers les vaincus de ses batailles, les talibans jouent de l’effroi, de la sidération. Le fouet dans une main, le sabre dans l’autre, ils pendent, lapident, décapitent, coupent les nez, les mains, de préférence en public, par exemple dans les stades de football quand ils sont pleins à craquer, après en avoir bloqué les issues. Depuis leurs confortables bureaux, nos chers confrères épiloguent sur la démission des élites afghanes qui ont laissé les talibans entrer, comme dans du beurre, dans les places fortes du pays. On aimerait les y voir, bravant la terreur que sèment ces hordes surgies des ténèbres pour asservir les femmes, égorger les mécréants, tuer la culture, interdire la musique, la danse et la peinture, supposés impurs (haram) ! 

L’antiaméricanisme, ce socialisme des imbéciles, a encore de beaux jours devant lui. Mais on ne peut imputer aux seuls États-Unis la responsabilité du fiasco afghan. Face au rouleau compresseur des barbares et des totalitaires, les démocraties semblent toujours désarmées. Elles sont pétries de scrupules, elles n’osent pas, Dieu merci, se comporter comme leurs ennemis. La débandade de l’Amérique est aussi celle de l’Europe, donc la nôtre, et celle de l’ONU, organisation à la dérive qui ne devrait plus abuser personne.

Preuve que l’ONU a perdu tous ses repères, elle vient d’élire à sa commission de la condition de la femme deux représentants de républiques islamiques, par ailleurs alliés historiques des talibans, qui maltraitent leurs femmes au nom d’Allah : l’Iran et le Pakistan. C’est comme si on demandait à des pédophiles avérés de lutter contre les viols d’enfants ! Il serait absurde et ignoble de comparer les antivax et les talibans. Ils n’ont strictement rien à voir. La preuve : on peut respecter ou aimer les premiers, évidemment pas les seconds. Mais comment ne pas être pris de mélancolie devant le spectacle que donne l’Occident, sa haine de l’intérêt général, sa tentation de la régression et du repli sur soi, autant de forces centrifuges qui, à tous les niveaux, risquent d’accélérer un peu plus son déclin ? D’où cette langueur monotone qui, ces temps-ci, blesse nos cœurs, comme celle que produisaient naguère les sanglots longs des violons du poème de Verlaine…

Bonne rentrée !

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