Case départ…

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L’armée la plus forte que le monde ait jamais connue capitule devant quelques dizaines de milliers de combattants barbus, armés de leur foi en Dieu et de fusils d’assaut. Le retrait d’Afghanistan décrété par le président Joe Biden est le second fiasco de l’armée américaine en Asie depuis un demi-siècle. Sur les hauteurs de l’Hindou Kouch, comme à l’époque au Vietnam, les forces américaines ont guerroyé, en vain, pendant près de vingt ans. Les images du sauve-qui-peut de Saïgon, à l’aube du 30 avril 1975, restent le symbole du plus cuisant revers subi par les États-Unis pendant la guerre froide. Celles du départ de Kaboul ne sont pas moins humiliantes. 

Malgré les démentis de Biden, l’évacuation le 2 juillet du camp retranché de Bagram, principal point d’appui américain dans le pays, ressemble à un bégaiement de l’Histoire. Les militaires ont quitté les lieux sous le couvert de la nuit, abandonnant des tonnes d’équipements. Signe de leur peu de confiance en l’armée gouvernementale, ils ont attendu d’avoir décampé pour en informer le nouveau commandant afghan de la base. Leur retrait complet d’Afghanistan doit être achevé au plus tard le 31 août. Les GI s’en vont alors que reviennent en force les « étudiants en religion ». Ceux-là mêmes qu’ils avaient chassés du pouvoir après les attentats du 11 septembre 2001 pour les punir d’avoir hébergé les terroristes d’Al-Qaïda et empêcher que leur pays ne redevienne un nid à terroristes. 

Pure perte. 

Entre-temps, les talibans n’ont rien cédé de leur idéologie mortifère. Dans les territoires tombés sous leur férule – déjà plus de la moitié du pays –, ils interdisent aux filles d’aller à l’école et aux femmes de travailler ou de sortir de chez elles sans être accompagnées par un homme de leur famille. Ils persécutent les minorités religieuses et ethniques. Ils bannissent la musique et la danse. Ils se financent par la production d’opium et le trafic d’héroïne. Et ils hébergent toujours, selon un récent rapport de l’ONU, « un grand nombre » de terroristes d’Al-Qaïda. 

En achevant l’évacuation que Barack Obama avait esquissée dès 2014 et que Donald Trump avait programmée pour mai dernier, le président américain devra assumer ses conséquences tragiques. L’armée et la police gouvernementales, formées et équipées par l’Otan, peuvent-elles résister longtemps à l’assaut des talibans ? Ce n’est pas tant une question d’armement que de moral des troupes et surtout de confiance dans les autorités politiques, gangrenées par la corruption. Le renseignement américain table sur un délai de seulement six à douze mois pour que les islamistes s’installent en vainqueurs à Kaboul. Les États-Unis ont-ils dépensé quelque 1 000 milliards de dollars depuis deux décennies en pure perte ? Les 2 500 militaires américains qui sont tombés en Afghanistan aux côtés de plusieurs centaines de soldats alliés (dont 90 Français) sont-ils morts pour rien ? Ces questions obsédantes vont peser lourd dans les élections législatives de mi-mandat, l’an prochain, et sur les chances de réélection de Joe Biden en 2024. 

Une garantie pas éternelle. 

Une fois de plus, l’Occident découvre qu’une intervention militaire ne suffit pas à stabiliser un État failli. La démocratie, l’État de droit et la concorde civile ne sont pas des biens exportables au bout du fusil. C’est la leçon de l’Irak, de la Somalie, de la Libye, du Mali et désormais de l’Afghanistan. Le retrait des États-Unis envoie, de surcroît, un message profondément déstabilisateur à leurs alliés asiatiques, tels que le Japon, la Corée du Sud et surtout Taïwan, qui comprennent que la garantie de la sécurité américaine n’est pas éternelle. Contrairement aux apparences, il ne fait pas non plus l’affaire de la Russie, de la Chine ni même du Pakistan, dont les extrémistes islamistes ne peuvent qu’être encouragés par la résilience des talibans.

Il y a cinquante ans, la défaite au Vietnam avait ébranlé pour longtemps l’image de la puissance américaine. Une victoire des talibans à Kaboul enverrait une onde de choc similaire. Le plus ironique serait qu’il revienne à la Chine, considérée par Joe Biden comme l’adversaire numéro un des États-Unis, de ramener la stabilité en Afghanistan. Il serait difficile de ne pas y voir un indice supplémentaire du déclin de l’Occident

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