Un profond malaise.

le

Les absents ont-ils toujours tort? Depuis dimanche, les deux tiers des Français qui ont fait la grève démocratique ont le choix entre la culpabilisation et l’infantilisation. Un jour c’est Marine Le Pen qui leur reproche de ne pas s’être « bougés », un autre c’est Richard Ferrand qui pointe du doigt l’isoloir, cet objet anachronique, pour promouvoir le vote par correspondance et le vote par l’Internet. Voter de chez soi, sur une application, entre deux achats et trois écrans, voilà qui amoindrirait un peu plus encore la vie civique.

Il ne suffit pas d’énoncer la paresse, l’indifférence ou l’individualisme des abstentionnistes, d’invoquer des motifs techniques pour expliquer notre malaise démocratique profond. Ce serait oublier l’éléphant au milieu de la pièce : les acteurs de la vie politique eux-mêmes. Les élus, d’abord, qui pratiquent une langue que personne ne parle. Qui, dans la conversation commune, évoque les territoires », les « mobilités douces », les « projets citoyens », les « actions inclusives et résilientes » ?

Qui, à part eux, rejoue interminablement le célèbre sketch de Pierre Palmade? « Toi tu préfères avoir des dents en bois ou des jambes en mousse ? » demandait le comique. « Tu préfères un communiste ou un identitaire ? », s’interrogeant gravement Xavier Bertrand et Sébastien Chenu. Les sondages, ensuite. Indispensables pour tendre de saisir les sentiments qui traversent le corps social, ils nous ont rappelé dimanche dernier -ce n’est pas la première fois – qu’il fallait leur accorder une confiance très relative. Le système d’information, enfin, quand il se fait univoque et bavard. La crise de la représentation s’étend désormais au champ médiatique.

La politique, dès lors, Dominique Reynié l’a bien montré, se réfugie dans les manifestations de minorités actives. Le rapport de force économique, social et numérique décide de la vie de la cité. Au risque d’aboutir à l’affrontement de tous contre tous.

Le vote ne résoudra pas, seul, la crise démocratique, mais il reste un précieux moyen, à portée de toutes les mains, d’expression publique. Un instrument modeste mais décisif.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.