Un corps utilitaire.

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Maud Ventura (*)

J’ai tendance à oublier que je suis un corps. Je suis beaucoup dans ma tête : je contrains mon corps à rester assis des heures pour écrire, je fais peu attention aux vêtements que je porte, le saute des repas et mange des céréales pour le diner Mes plaisirs sont finalement très peu corporels : je lis, j’écoute la radio je télécharge un podcast, je lance des discussions sur le sens de la vie. Je m’aperçois souvent que je n’ai pas besoin de mon corps pour faire ce que j’aime Mais tous les deux ou trois mois, je sens bien que quelque chose ne va pas.

Quand mon malaise persiste plusieurs jours d’affilée, je me réfugie chez mon amie Zoe Quand j’arrive, elle me tend un verre de vin, me cuisine un risotto me sort une BD à lire lovée sur son canapé. Elle est aussi passée chez le pâtissier acheter une tarte à la pistache. Immédiatement, je me rends compte que mon mal être diffus n’était pas un mal métaphysique : c’est juste que je n’avais pas avalé de vrai repas depuis quatre jours, pas assez dormi, et que mes cheveux étaient sales. J’avais abandonné mon corps pour me jeter à corps perdu dans mes projets.

Mon erreur, c’est que je considère mon corps de manière utilitaire : je le vois trop souvent comme une machine qui me permet d’accomplir tout ce que j’ai à accomplir dans ma journée, alors je m’en préoccupe dans la seule mesure ou j’en ai besoin. J’oublie que je peux en prendre soin et en profiter. Et qu’il me donne accès à des plaisirs que lui seul peut me donner. Sentir sur mon corps un gel douche à la violette, remonter la rue de Rivoli à vélo quand la lumière est orangée, dormir les deux fenêtres ouvertes. M’offrir une manucure en sortant du ciné, un après-midi à prendre le temps de cuisiner un plat qui me plait. Me sentir belle dans un nouveau chemisier.

Ce n’est pas que je trouve ces activités futiles, mais en partant de chez Zoe je me replonge dans mes projets et mes pensées et j’oublie vite de faire de mon corps l’une de mes priorités il faudrait que j’arrive retenir cette idée : personne n’est un pur esprit.

J’ai encore besoin d’une amie pour m’accueillir un soir d’été, me tendre un verre de vin, et me le rappeler.

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