Confession d’une repentie.

Confession d’une repentie d’Extinction Rebellion.

L’environnementaliste Zion Lights montre comment l’activisme écologiste dessert la cause qu’il défend, surtout vis-à-vis de la question du nucléaire civil.

Le drapeau du mouvement Extinction Rebellion flotte à Berlin, le 16 juin 2020, à proximité des ministères de l’Économie et des Transports en signe de protestation contre la politique environnementale de l’Allemagne.

Imaginez avoir consacré une bonne partie de votre vie à vouloir sauver la planète pour vous rendre compte qu’en réalité, vous n’avez probablement fait qu’empirer la situation.

C’est une idée qui m’obsède aujourd’hui. J’ai été très active dans diverses organisations écologistes pendant plus de dix ans, de la création de la première association étudiante écolo dans mon université, que j’ai fait passer aux énergies renouvelables il y a quinze ans, jusqu’à Extinction Rebellion, dont j’étais encore l’un des principaux porte-parole l’année dernière.

Grâce à l’écriture, la prise de parole en public et l’action directe (j’ai été arrêtée plusieurs fois pour mon action en faveur du climat au début des années 2000), j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Avant de réaliser que rien de tout cela n’avait fonctionné. Pire encore, que les émissions ont continué à grimper alors que la préoccupation pour l’environnement (du moins au Royaume-Uni) n’a jamais été aussi forte dans l’opinion publique qu’aujourd’hui.

Il y a quelque chose qui cloche.

Perte des fondamentaux

Nombreux sont ceux qui se soucient de la santé de notre planète et souhaitent de la verdure et un air pur, autant pour eux-mêmes que pour leurs enfants. Nombreux sont ceux qui comprennent que le changement climatique est un problème et voudraient que des mesures soient prises pour y remédier. Mais l’action climatique est désormais mêlée à tant d’autres questions que ces fondamentaux se sont perdus. Difficile de parler de l’élaboration de politiques énergétiques pour lutter contre le changement climatique, par exemple, sans s’entendre dire qu’une telle réflexion n’est pas pertinente parce qu’elle n’implique pas un changement de système, ou qu’il est inutile de demander un changement politique parce que « la politique est pourrie », etc. Mais tant qu’à pousser ce raisonnement jusqu’au bout : on ne change pas de système sur une planète morte.

Pendant ce temps, la planète continue de se réchauffer. Après avoir longtemps essayé d’agir sur ces questions – bien avant que « Greta Thunberg » ne passe dans le langage courant –, j’ai réalisé à quel point le problème se résumait à la densité énergétique. Et la solution ne consiste pas à se concentrer sur la réduction de l’énergie en soi, mais à passer de sources d’énergie « sales » à des propres.

Pourquoi je le pense ? Principalement pour trois raisons. Premièrement, parce que notre consommation d’énergie va toujours croissant. En fait, nous sommes très doués pour trouver de nouvelles façons d’utiliser plus d’énergie. Deuxièmement, parce que la plupart des gens ne veulent pas réduire leur consommation d’énergie, et personne n’a trouvé le moyen de changer cela de manière significative au cours de la dernière décennie. Et troisièmement, parce que même si nous nous engagions tous à adopter tout de suite un mode de vie à faible émission de carbone, cela ne réduirait qu’à la marge nos émissions. Nous utilisons beaucoup d’énergie, et nous la prenons pour acquise, que ce soit pour faire la cuisine, allumer les lumières à la tombée de la nuit ou aller se faire soigner dans des hôpitaux où l’éventualité de pannes d’électricité n’est tout simplement pas un problème.

Il convient donc de veiller à ce que nos besoins énergétiques croissants soient satisfaits par des sources propres et fiables, sans coûts supplémentaires inutiles pour les particuliers et susceptibles d’aggraver les inégalités sociales.

Nous avons besoin d’une énergie propre, bon marché et à grande échelle, et nous en avons besoin tout de suite. Voici un autre fait brutal : près des trois quarts de nos émissions proviennent de la consommation d’énergie. Parler du changement climatique sans mentionner les émissions, c’est comme parler de la recette d’un gâteau sans mentionner la farine. C’est pourtant ce que font de nombreuses organisations écologistes traditionnelles, et ce depuis que la pâtisserie existe.

Lorsqu’ils en appellent à agir pour le climat, ces groupes font régulièrement référence aux données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Mais ces mêmes groupes ignorent un passage essentiel du rapport du GIEC – le chapitre sur l’énergie, rédigé par le groupe de travail n° 3. Ici, toutes les voies de décarbonisation prévoient une combinaison d’énergies renouvelables, d’énergie nucléaire, de capture et de stockage du carbone pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Il ne s’agit pas de spéculation ou d’opinion, mais de données dans leur forme la plus sommaire : l’arithmétique.

Reste que l’énergie nucléaire est rejetée depuis longtemps par la plupart des grands groupes écolos internationaux, à l’instar de Greenpeace et des Amis de la Terre, ou nationaux, comme la RSPB au Royaume-Uni (qui a autorisé une centrale au gaz dans l’une de ses réserves, mais s’oppose à une centrale nucléaire dans une autre) et le Sierra Club aux États-Unis. Certains scientifiques et militants se sont joints à eux pour réclamer des réseaux 100 % renouvelables sans énergie nucléaire, bien que cela ne soit pas réalisable – en fait, seuls cinq pays dotés de grands réseaux électriques ont de faibles émissions de carbone et ils s’appuient sur l’énergie hydraulique et nucléaire à grande échelle, avec en plus un peu d’énergie solaire et éolienne intermittente.

Que les technologies éolienne et solaire nécessitent du soutien n’est pas ignoré par tout le monde, comme le montrent les commentaires sous un récent tweet du Natural Resources Defense Council (NRDC), qui célèbre comme une victoire la fermeture d’une centrale nucléaire américaine, Indian Point.

En effet, quasiment toutes les réponses statuent que l’élimination progressive de l’énergie nucléaire en cas d’urgence climatique est une mauvaise nouvelle pour l’environnement, car cela aura pour conséquence de continuer à dépendre des combustibles fossiles. Le NRDC est étrangement silencieux dans les commentaires, s’en tenant à sa victoire et à son idéologie antinucléaire. Un même scénario s’est répété à maintes reprises sur les réseaux sociaux, avec des posts de Greenpeace notamment. Il traduit le fossé qui sépare les citoyens ordinaires concernés des ONG déconnectées de la réalité.

Le mix énergétique le plus sale d’Europe

Historiquement, à chaque fois que des centrales nucléaires sont fermées, elles sont remplacées par des combustibles fossiles. L’exemple le plus frappant est celui de l’Allemagne, qui a décidé de supprimer complètement l’énergie nucléaire autant par réaction excessive que par un défaut patent de compréhension après l’accident de Fukushima. L’Allemagne a maintenant le mix énergétique le plus sale d’Europe, car les centrales nucléaires fermées ont été remplacées par du charbon importé.

C’est là que le bât blesse. Les mêmes groupes qui prétendent se battre pour le bien-être de notre planète – le NRDC se surnomme lui-même « la meilleure défense de la Terre » – font pression pour que soient mises en œuvre des politiques en réalité à l’opposé d’une action climatique efficace. Et parce qu’ils sont bien établis en tant que groupes « verts », cela passe « crème ». Ils ne sont pas critiqués. Ils sont financés. Tout roule pour eux. Ce qu’ils appellent de leurs vœux – de la pensée magique avec des technologies renouvelables qui doivent être assistées par d’autres sources d’énergie qui finissent presque toujours par provenir de combustibles fossiles – n’est pas considéré comme du « greenwashing », même si ce n’est pas autre chose.

Personne ne veut être le méchant qui s’attaque à des groupes qui se sont longtemps positionnés comme les gentils. Mais la fermeture d’Indian Point, par exemple, n’est pas une bonne nouvelle. Elle signifie la perte d’une énergie propre et stable pour plus d’un million de foyers, et la perte de plus d’un millier d’emplois. Je ne vois aucune raison de sabrer le champagne.

Je comprends la position du NRDC – sur le nucléaire, j’ai moi-même gobé l’alarmisme et les théories du complot. J’ai même manifesté contre. Je pensais que les déchets nucléaires étaient ingérables et constituaient une menace pour le vivant, et que les radiations justifiaient la fermeture des centrales nucléaires. Toutes ces convictions étaient fausses. Pendant de nombreuses années, j’ai critiqué les anti-vaxx pour leurs positions allant à l’encontre du consensus scientifique, mais j’étais moi-même antinucléaire, ce qui allait également à l’encontre du consensus scientifique.

Je frémis à l’idée des dommages que cela a pu causer à notre planète. Les croyances erronées ont des conséquences.

La magie du dieu Soleil

La France a fait les choses différemment dans les années 1970, lorsqu’elle s’est décarbonée en moins de douze ans en construisant des centrales nucléaires, ce qui signifie qu’elle possède aujourd’hui l’un des mix énergétiques les plus propres d’Europe.

Pourtant, l’idéologie qui vénère les énergies renouvelables et rien d’autre est omniprésente. Tel est désormais le dernier dieu vert en date : le soleil, littéralement. Un écologiste boomer jadis à la page a récemment fait la une d’un journal britannique : « N’écoutez pas les sirènes de l’hydrogène et du nucléaire – ils ne peuvent pas nous amener à la neutralité carbone d’ici 2050. Les grands acteurs industriels qui proposent des solutions techniques ignorent la seule solution réaliste à la crise climatique : les énergies renouvelables. » Vous voyez l’entourloupe ? Apparemment, le nucléaire et l’hydrogène sont considérés comme des technologies, mais pas les énergies renouvelables. Comme si elles étaient construites avec de la magie – celle des dieux solaires.

Le problème de ce raisonnement chimérique est qu’il nous enferme dans un réchauffement planétaire encore plus important et dans une pollution atmosphérique continue. La pollution atmosphérique due aux énergies fossiles tue plus de 8 millions de personnes par an – et il s’agit d’une estimation prudente. Nous devrions nous rallier aux sources d’énergie propres afin de décarboner, et non aux énergies renouvelables à 100 % parce que le soleil, c’est plus sympa.

 » Dites la vérité… »

Nous décarboner le plus vite possible

Le changement climatique est dû à l’homme – c’est un fait. L’énergie nucléaire est nécessaire à grande échelle pour pouvoir le contrer – c’est également un fait. Si nous sommes condamnés, ce sont les groupes écolos traditionnels qui risquent de nous condamner tous. L’énergie est la source de la plupart de nos émissions. Si nous voulons enrayer le changement climatique, nous devons donc décarboner le plus vite possible. Il en résultera un air plus pur et moins de décès dus à la pollution atmosphérique, des espèces et des habitats florissants à la place du déclin et de l’extinction, et un climat plus stable tel que celui dont les humains ont bénéficié pendant la majeure partie de leur évolution sur cette planète.

Il n’est pas facile de défendre une cause à laquelle s’oppose une « tribu » vaste et puissante. Vous serez probablement attaqué, moqué et méprisé. Vous risquez de perdre des amis. Si vous changez d’avis et allez à l’encontre du statu quo, les financements seront également plus difficiles à trouver. Vous pouvez être cancellé, mis à l’index, censuré et publiquement critiqué. Mais savoir que vous faites le bon choix en vaut la peine.

Le changement climatique est, sans doute, le seul moment de l’histoire où la véracité de nos diverses idéologies est constamment jaugée à l’aune d’une mesure matérielle irréfutable : les émissions de carbone. Impossible de cacher combien l’idéologie des baby-boomers était catégoriquement fausse. De même, pour moi, il n’y a pas eu d’échappatoire. J’ai dû me plier aux faits et changer d’avis.

Les problèmes de l’énergie nucléaire ne sont pas d’ordre technologique, mais politique. Pendant trop longtemps, la tribu écologiste de la vieille école, à laquelle j’ai moi-même appartenu, a dominé le récit de ce qui constitue une énergie propre, de ce qui est subventionné, et de ce qui est construit ou non. Ils ont occupé le devant de la scène pendant des décennies, et nous avons vu les émissions augmenter. Il est temps que d’autres prennent le relais.

C’est pourquoi j’ai fondé Emergency Reactor, une nouvelle campagne verte pour un environnementalisme fondé sur des preuves. Dans la lutte contre la désinformation, chaque petit geste peut faire la différence. Nous devons réagir maintenant aux problèmes auxquels le monde est confronté – pollution de l’air, pauvreté, changement climatique – mais nous devons aussi réagir de manière rationnelle.

Pendant trop longtemps, l’environnementalisme traditionnel a mené la danse avec des croyances et des idéologies non scientifiques, attaquant quiconque a des opinions contraires, tout en exigeant que le plus gros gâteau du monde soit préparé sans farine. Cette idéologie nous a empêchés d’avancer. Il faut en finir avec ces chiens de garde de l’écologie, car dans de trop nombreux cas, ces groupes font plus de mal que de bien à la planète qu’ils prétendent défendre.

Zion Lights est une auteure britannique connue pour son activisme environnemental notamment en tant que porte-parole de Extinction Rebellion.

Elle a écrit : The Ultimate Guide to Green Parenting et Only a Moment, a participé à des conférences Tedx Talk et a écrit des articles pour le HuffPost.

Elle est née en 1984 et est titulaire d’une maîtrise en communication scientifique de l’Université de l’Ouest de l’Angleterre. Elle a commencé ses premières campagnes de défense de l’environnement dans les années 2000.

Elle vit aujourd’hui dans le Devon avec sa famille.

En tant que porte parole de Extinction Rebellion elle a supervisé la création de The Hourglass (journal d’information de Extinction Rebellion) et est apparue dans plusieurs émissions de grande écoute comme BBC World News, «The Andrew Neil Show», «Politics Live», «Good Morning Britain, »« Reasons to be Cheerful » d’Ed Miliband5.

Après plusieurs années aux côtés de Extinction Rebellion, en juin 2020 elle quitte l’organisation notamment pour défendre l’énergie nucléaire qu’elle considère comme « la seule chose qui puisse vraiment nous sauver de notre crise énergétique et climatique ».

Peu de temps après elle rejoint Environmental Progress UK qui milite entre autres pour la création de la centrale nucléaire de Sizewell C dans le Suffolk.

Jamais trop tard…maintenant il faut convaincre ses anciens « potes »…Pas fait !

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