Cages et élevage…

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Cages et élevage: l’Europe n’est-elle pas en train de se piéger elle-même?

Améliorer le bien-être animal en élevage, tout le monde est d’accord. Mais la radicalité des revendications pourrait déboucher sur des bouleversements économiques, sociaux et écologiques aux impacts mal évalués.

Des poules en cages.

Le Parlement européen a voté ce jeudi une résolution qui fait suite à une pétition lancée par l’association animaliste CIWF, qui avait obtenu 1,4 million de signatures. Ce texte (adopté par 558 voix contre 37 et 110 abstentions) sera transmis à la Commission qui décidera quel usage en faire. Il plaide pour la fin des cages et de la contention dans les élevages de tous types à l’horizon… 2027.

C’est un de ces sujets pièges où les bonnes intentions pavent un chemin qui pourrait se transformer en enfer pour la souveraineté alimentaire européenne. Le Parlement européen a voté ce jeudi une résolution issue d’une initiative citoyenne (« End the cage age ») menée par l’association animaliste CIWF, qui a recueilli 1,4 million de signatures.

Le but : en finir avec les cages et la contention dans l’élevage dès 2027. Le texte ne s’intéresse pas seulement aux poules pondeuses, dont l’avenir est décidé. Depuis 2012, leurs cages sont soit agrandies ou « enrichies », soit interdites — leur fin définitive étant prévue en 2040. Elle pourrait donc être avancée de 13 ans, ce qui change considérablement la donne économique. Cela concerne aussi toutes les autres volailles et inclurait 71 % des truies gestantes et 87 % des mères truies en Europe ainsi que 97 % des lapins d’élevage. Et peut-être même les vaches en stabulation, le texte n’étant pas précis sur ce point. Un bouleversement.

Or, les effets de telles mesures ne sont pas connus puisqu’aucun impact — économique et écologique — n’a été évalué alors que la gestion des effluents et des surfaces nécessaires est aussi à prendre en compte socialement. C’est paradoxal, mais élever les animaux de façon extensive se heurte de plus en plus à la réticence des riverains !

Parlement de Bruxelles.

« Obsession ». 

« On a évité de justesse que cela concerne aussi les oiseaux de volière et les chiens de chenil. Et les lobbies animalistes en ont profité pour remettre sur la table leur obsession, le gavage pour le foie gras. Il serait concerné par une éventuelle interdiction, alors même que les canards et oies ne sont pas en cage !, se désespère la députée Renew Irène Tolleret, membre de la Commission agriculture du Parlement. Tout cela est radical et veut faire faire comme s’il n’y avait aucune dynamique  d’amélioration du bien-être animal. Tout le monde est d’accord et y travaille ! Mais cela prend du temps.  . »

Elle rappelle que les avancées pour les poules, les boxes à veaux (interdits partiellement en 2007), les stalles à truie (2013) sont réelles, mais ont nécessité une adaptation. Une interdiction des cages sous six ans risquerait de se traduire par la disparition de milliers d’élevages. Faudrait-il importer pour compenser ? Le texte plaide pour que les produits importés dans l’UE soient en conformité avec les nouveaux standards. Une « clause miroir » qui aurait sans doute du mal à passer le filtre des lois commerciales internationales.

Pour Guillaume Roué, le président d’Inaporc, l’interprofession porcine, le diable est dans les détails. « C’est typiquement un sujet sur lequel des députés européens s’achètent une bonne conscience à peu de frais. Cela ne tient aucun compte des expériences de terrain. » Il cite pêle-mêle le renchérissement des productions animales expérimenté dans certaines exploitations ou le doublement des surfaces de hangars pour les porcs. « Et surtout, dans cette radicalité, on a perdu de vue la notion de biosécurité. L’élevage de plein air est une idéalisation qui se traduit aussi par des contaminations, on le voit avec la grippe aviaire. »

Il n’y a pas d’opposition de fond à la transposition des modèles, les éleveurs étant les premiers concernés par le bien-être de leurs animaux… Mais cela doit, selon lui, se faire avec discernement. « L’Europe s’en chargera, ironise-t-il. Le temps que le texte franchisse toutes les étapes pour éventuellement devenir directive, la date de 2027 sera sans doute dépassée. »

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