Indignations ??

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Guillaume Roquette.

 Cela se passe à Paris. Le week-end dernier.

Plusieurs dizaines de fidèles catholiques, qui commémorent dans le plus grand calme les assassinats de religieux perpétrés durant la Commune, sont violemment agressés par des militants d’extrême gauche. Un pèlerin sexagénaire, frappé par un de ces « antifas » doit même être hospitalisé : cent ans après, l’hostilité envers l’Église est toujours vivace. Mais l’affaire ne fera pas l’ouverture des journaux télévisés et ne provoquera guère de réactions, hormis un tweet gêné du ministre de l’Intérieur. Les professionnels de l’indignation, qui envahissent les plateaux et les réseaux sociaux à la moindre hostilité envers leurs minorités de prédilection, ont préféré regarder ailleurs. Le mot christianophobie ne figure pas dans leur dictionnaire.

Les catholiques français répugnent à passer pour des victimes, soit qu’ils aient encore l’illusion d’être dominants dans le pays, soit que leur idéal de paix les pousse à refuser toute surenchère. « Pour nous chrétiens, le Christ a brisé le cycle infernal de la haine », expliquait ainsi dans Le Figaro l’archevêque de Paris, en réaction aux violences subies par ses ouailles. Mais Mgr Aupetit ajoutait aussitôt que celles-ci étaient « inacceptables dans un État de droit ». Et regrettait le manque de policiers pour les protéger.

Car si les catholiques ne sont pas au-dessus des lois, ils ne sont pas non plus des citoyens de seconde zone, et nombre d’entre eux comprennent mal pourquoi ils sont si souvent traités avec désinvolture. On se souvient de Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, justifiant l’interdiction des messes durant le confinement en expliquant que « la prière n’a pas forcément besoin de lieux de rassemblement ». Il a fallu une rude bataille judiciaire pour rétablir un semblant de liberté de culte pendant la pandémie.

Notre société aime les chrétiens quand ils se portent au secours des démunis mais admet mal qu’ils puissent avoir leurs convictions propres. Quand ils s’opposent, aux côtés de tant d’autres, à la procréation médicalement assistée sans père, on les soupçonne d’homophobie. Quand ils disent leur refus de l’euthanasie, on les traite d’obscurantistes. Et quand ils font mémoire de leurs martyrs, comme à Paris la semaine dernière, ils prennent désormais le risque d’être agressés.

Pourtant, jamais nous n’avons eu autant besoin de nos racines chrétiennes. Indépendamment de la foi qui est une affaire intime, elles sont l’un des derniers ciments d’un pays qui se délite sous la pression des séparatismes. « L’islam est moins fort de sa puissance que de la faiblesse d’un christianisme qui s’excuse d’exister », affirme ainsi le philosophe athée Michel Onfray. Et la journaliste Sonia Mabrouk de renchérir : « Pour nous rassembler en tant que communauté, nous avons besoin de ce sacré, d’un creuser commun. En tant que Francaise musulmane, je ne me suis jamais sentie offensée par cette évocation de l’Histoire. » Seront-ils écoutés ?

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