Tapez vite et juste…

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Souvenez-vous dans les westerns, ces affiches jaunies exposant le visage patibulaire d’un hors-la-loi en cavale avec ce fameux « Wanted dead or alive ». Faire le parallèle entre le « Recherché mort ou vif » de l’Ouest américain et les sciences participatives est certes un peu osé, mais il s’agit au fond du même principe. À savoir, demander à la population de repérer dans son jardin ou près de chez soi, à partir d’une photographie d’identité, des espèces invasives considérées comme potentiellement dangereuses. Et puis d’alerter ensuite de leur présence les scientifiques.

Le Muséum d’histoire naturelle et l’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) viennent de faire le constat que ce procédé fonctionne à merveille.

Venue d’Asie orientale.

Huit ans après avoir lancé un appel aux Français pour repérer l’inquiétante punaise diabolique, les deux organismes publics ont pu déterminer que cette espèce envahissante a conquis plus de 50 % des départements de métropole. Une donnée que les chercheurs ont pu confirmer grâce aux 4 000 personnes qui leur ont signalé via une application et un site Web* la présence de cette espèce exotique.

Originaire d’Asie orientale, la punaise diabolique est commune dans les régions tempérées de Chine, du Japon et de Corée mais n’a cessé de sauter les frontières ces dernières décennies. Après avoir colonisé l’Amérique du Nord, où elle a causé d’immenses dégâts sur différentes cultures (vergers, vignobles, plantations de tomates…), elle est arrivée en France où elle a été détectée pour la première fois il y a neuf ans. Impossible alors de suivre en temps réel son expansion sans faire appel à Monsieur et Madame Tout-le-Monde. C’est que la bestiole est difficile à observer dans les cultures et a la particularité d’entrer dans les habitations à l’automne à la recherche d’un abri pour passer l’hiver. « En Suisse, elle s’était réfugiée dans un hôtel, et c’est ainsi que les scientifiques l’ont identifiée dans ce pays, raconte Jean-Pierre Rossi, directeur de recherche à l’Inrae. Peu après son arrivée en France, elle a été détectée dans le jardin des Plantes à Paris et j’en ai trouvé dans ma maison à l’automne dernier. » Désormais, l’espèce est pratiquement partout chez elle en France.

Les caractéristiques à connaître

Elle peut donner mauvais goût au vin.

Si le Muséum et l’Inrae sont inquiets de son expansion, c’est parce que Halyomorpha halys (de son nom scientifique) est hautement polyphage (elle s’alimente à partir de diverses sources) et « se nourrit au détriment de plus de 120 espèces de plantes hôtes sauvages ou cultivées ». En vallée du Rhône, sa présence inquiète au plus haut point les producteurs d’arbres fruitiers et elle a de quoi donner des sueurs froides aux viticulteurs car elle peut donner un mauvais goût au vin si elle se retrouve dans une récolte de grains de raisin.

« Grâce à leurs observations et à leurs signalements, les citoyens français ont permis aux scientifiques d’accéder à de précieuses données sur l’expansion de cette espèce envahissante ainsi qu’à des informations clés sur son mode de vie », soulignent les deux organismes publics.

Le principe du « Wanted » fonctionnant plutôt bien, les chercheurs de l’Inrae développent actuellement un nouveau programme de sciences participatives afin de surveiller trois autres espèces pas encore présentes en France mais qui pourraient s’y implanter : le hanneton japonais (Popillia

japonica), le capricorne à col rouge (Aromia bungii) et le fulgore tacheté (Lycorma delica-tula). « Le scarabée japonais est une vraie machine de destruction », avertit Jean-Pierre Rossi. Il peut détruire des centaines de plantes, notamment la vigne, l’adulte grignotant les feuilles et les larves s’attaquant aux racines. Il raffole même du gazon des golfs.

Beauté fatale.

Quant au fulgore tacheté, on peut ici parler de beauté fatale. « Sous ses dehors magnifiques, cette bestiole, aujourd’hui absente d’Europe, provoque des dégâts monstrueux aux États-Unis où elle s’est établie, souligne l’écologue de l’Inrae. Elle est tellement belle que cela attirera forcément le regard des gens. »

Plutôt une bonne nouvelle quand on cherche à détecter le plus précocement possible des insectes, des plantes ou des animaux aux effets potentiellement dévastateurs. « Plus tôt on les repère, plus vite on peut mettre en place des solutions pour tenter de les éliminer ou de contrôler leur expansion, explique Jean-Pierre Rossi. Les observateurs sont donc vraiment une arme pour nous. Car lorsqu’une espèce exotique invasive a réussi à s’implanter et se développe, c’est cuit car il est généralement impossible de l’éradiquer. »

* Https ://www.inrae.fr/actualites/agiir-contre-insectes-invasifs-appli-science-participative.

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