La gauche qui ferme les frontières…

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Au Danemark, c’est la gauche qui ferme les frontières.

L’un des derniers gouvernements sociaux-démocrates d’Europe mène l’une des politiques les plus restrictives du continent sur l’immigration. Dans un double but : sauver l’État providence et empêcher la droite radicale d’arriver au pouvoir.

Devant un Parlement d’abord indifférent, le Premier ministre présente le rachat par l’État d’animaux d’un cirque. En l’occurrence, quatre éléphants, mais aussi un chameau qui s’était manifestement lié d’amitié avec les pachydermes et qu’il était trop cruel de séparer du lot. Décrivant les détails de l’opération et dans un fou rire général qui balaie les clivages politiques entre les bancs, elle remercie au passage les élus de la droite radicale du Parti populaire danois qui ne se sont pas opposés au sauvetage du chameau pourtant prénommé… Ali. Nous étions en 2019 et Mette Frederiksen venait d’être élue avec un programme déjà destiné à couper l’herbe sous le pied de la droite, sur un dossier bien plus central que l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques, celui de l’immigration.

Immigrés contre classes populaires.

Pourtant issue de la gauche, la chef de file des sociaux-démocrates (SD) danois a fait son aggiornamento : « Pour moi, il devient de plus en plus clair que le prix de la mondialisation incontrôlée, de l’immigration massive et de la libre circulation des travailleurs est payé par les classes populaires. » Un constat que les communistes français de Georges Marchais avaient établi au tournant des années 1980, mais qui a été occulté par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui s’est ainsi aliéné les classes populaires en question. Mette Frederiksen a donc décidé de sauver le modèle d’État providence déjà menacé chez son voisin suédois, de tradition sociale-démocrate lui aussi et confronté à une immigration nettement plus importante.

Le gouvernement précédent de Lars Løkke Rasmussen, de centre droit, avait déjà considérablement durci la législation, garantissant notamment la solvabilité des migrants en confisquant leurs biens à leur arrivée au pays de la Petite Sirène. Dès 2015, les Danois avaient fortement rejeté (53,1 %), par référendum, un renforcement de l’intégration européenne en termes de police et de sécurité, marquant un désaveu massif pour la classe politique. Au-delà de ce vote, le Danemark a connu le traumatisme de la double attaque islamiste à Copenhague, les 14 et 15 février 2015, juste un mois après les attentats de Paris ( Charlie Hebdo et magasin Hyper Cacher). Autant d’éléments qui ont nourri le travail de la droite pour renforcer l’arsenal judiciaire. En termes de sécurité, les peines pour les délinquants issus des “ghettos” ont été doublées. Tout au long de son mandat, Rasmussen tenta également de convaincre ses partenaires européens de renforcer les frontières extérieures de l’Union.

C’est en visite dans ce même Danemark, où l’opinion avait déjà changé d’avis sur sa “transformation”, qu’Emmanuel Macron s’était risqué, le 29 août 2018, à comparer Danois et Français : « Il ne s’agit pas d’être naïf, ce qui est possible est lié à une culture, un peuple marqué par son histoire. Ce peuple luthérien, qui a vécu les transformations de ces dernières décennies, n’est pas exactement le Gaulois réfractaire au changement ! Mais ! encore que… nous avons en commun cette part d’Européen qui nous unit », déclarait-il également en répondant à une étudiante : « Le vrai Danois n’existe pas, il est déjà européen. Même votre langue n’est pas seulement le danois, elle est part de la langue européenne. » « C’est vrai aussi pour les Français » 

Les conservateurs danois n’avaient sans doute pas tout compris de la pensée du président français. Quelques mois plus tard, ils ouvraient un camp pour migrants délinquants sur l’île de Lindholm, inspiré des propositions du Parti populaire danois, principal soutien des gouvernements de droite qui ont dirigé le pays durant quatorze des vingt dernières années.

Migrants Danemark AFP

Refus de la législation européenne.

Ainsi, la nouvelle Première ministre n’a pas renié ses promesses de campagne en disant qu’elle serait à gauche pour le social et qu’elle poursuivrait la politique de son prédécesseur pour la sécurité et l’immigration. Dès octobre 2019, le Danemark a signifié à ses partenaires européens qu’il ne rejoindrait pas l’accord temporaire de l’Union européenne de répartition des migrants, signé à La Valette trois semaines plus tôt. Sur le plan intérieur, tout demandeur d’asile réussissant à entrer au Danemark fera l’objet d’une procédure inédite entérinée dans un nouveau texte de loi, promulgué ce 3 juin. Une empreinte digitale sera prise et le candidat sera envoyé dans un centre à l’extérieur du Danemark, selon une procédure déjà employée par l’Australie. Copenhague négocie ainsi avec plusieurs pays qui pourraient les accueillir. Il s’agit du Rwanda, mais aussi de la Tunisie, de l’Égypte ou encore de l’Érythrée. Pour les Danois, la compensation pourra s’effectuer en investissements dans l’économie locale, notamment dans le domaine du développement et de la transition écologique. Un réfugié coûte aujourd’hui quelque 40 000 euros par an au contribuable. Ces mesures s’accompagnent d’expulsions de plus en plus nombreuses, notamment de Syriens : 248 d’entre eux viennent de perdre leur titre de séjour. Copenhague (suivi tout récemment par Stockholm) considère en effet que la Syrie offre désormais suffisamment de garanties pour ne plus bénéficier d’un statut de réfugié de guerre. Il reste que pour certains Syriens, considérés chez eux comme déserteurs, le retour peut s’avérer plus que problématique… Pas de quoi choquer les Danois, qui sont de plus en plus hostiles à la présence même de l’islam dans leur pays. Selon une étude de l’université d’Aalborg d’octobre 2019, 39 % d’entre eux sont pour leur expulsion si les immigrés musulmans ne travaillent pas, et 28 % même s’ils travaillent.

Parallèlement, les conditions de la naturalisation vont également être durcies par la nouvelle législation : les candidats devront n’avoir été l’objet d’aucune condamnation pénale, avoir assuré leur autonomie financière pendant au moins trois ans et demi sur les quatre années précédant la demande. Il s’agit aussi de réussir un examen de langue (oral et écrit) et un autre sur les “valeurs danoises”. Le texte prévoit également de réduire la part des “non-Occidentaux” dans les quartiers pauvres, qui ne devra pas dépasser les 30 % dans les dix ans à venir (le plafond de la majorité précédente était de 50 %).

« Réduire à zéro » le nombre de demandeurs d’asile.

À la manœuvre pour appliquer ce programme et pour faire face aux attaques de l’extrême gauche et des ONG, la Première ministre n’a pas placé n’importe qui : Mattias Tesfaye, 40 ans, lui-même issu de l’immigration éthiopienne. Le ministre de l’Immigration a fait ses classes en politique d’abord au Parti communiste, puis à l’Alliance rouge-verte (qui accuse aujourd’hui le gouvernement de conduire une politique raciste), ensuite au Parti populaire socialiste, avant de rejoindre le gouvernement des sociaux- démocrates. Pour lui, il y a un problème spécifique avec les jeunes issus de l’immigration arabo-musulmane : « Les statistiques sur les jeunes issus du Moyen-Orient ne mentent pas. Nous avons un problème et nous devons le résoudre et non, ce n’est pas la faute de la société » , déclarait-il en octobre 2020 en présentant son plan pour lutter contre la criminalité juvénile spécialement destiné aux personnes issues de l’immigration. La Première ministre avait, elle-même, mis le problème sur le devant de la scène. Dans son premier discours au Parlement, elle avait parlé de ces jeunes comme étant les auteurs les plus courants de comportements antisociaux dans les lieux publics, notamment les transports en commun et les gares. Mette Frederiksen a par ailleurs pris des positions très claires contre l’installation d’une société parallèle musulmane dans le royaume (270 000 musulmans pour 5 millions d’habitants), affirmant que « la charria n’a pas sa place au Danemark, car elle opprime les femmes. Elle n’est pas danoise. Et elle ne doit jamais, jamais devenir danoise ». Le Danemark entend également mieux encadrer le financement des mosquées, ayant détecté « des forces extrémistes qui tentent de monter nos citoyens musulmans contre le Danemark ». La Turquie et le Qatar sont parmi les principaux généreux donateurs. Malgré les critiques européennes contre sa politique, Mette Frederiksen n’entend rendre des comptes qu’aux Danois à qui elle a encore promis en début d’année de “réduire à zéro” le nombre de demandeurs d’asile.

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