Problème d’horloger…

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Le président est le « maître des horloges ». L’expression est souvent utilisée pour dire que le chef de l’État, par ses décisions ou par ses expressions, donne le tempo de la vie politique. Il annonce, il décide et les autres commentent, critiquent ou réagissent. Dans la République macroniste, faut-il considérer qu’il est aussi le gendarme du chronomètre ? Et qu’il lui revient de fixer les temps de parole de ses opposants ?

Un entretien à L’Opinion de Stéphane Séjourné, député européen et conseiller politique d’Emmanuel Macron, le donne à penser. Il faut « compter dans le temps de parole des politiques les éditorialistes les plus engagés », dit-il dans le quotidien libéral, en citant Éric Zemmour, en ciblant la chaîne CNews et en réclamant une révision de la loi pour « aider l’audiovisuel à respecter la plupart des opinions ». Ces propos sont étonnants, sinon inquiétants, sur le fond. Qu’est-ce qu’un éditorialiste « engagé » ? Y a-t-il forcément un parti auquel l’identifiant ? Qui est à même de dire quelle est la limite autorisée ? S’agit-il d’écarter un homme et un seul ? Le supposé militantisme serait-il condamnable parce que de droite et acceptable parce que de gauche ou au service du pouvoir en place ? Le pluralisme serait-il à prescrire sur des chaînes privées vivant de la publicité et à proscrire dans l’audiovisuel public vivant de l’impôt ? Faudrait-il dénoncé des journalistes jugés trop politiques mais tolérer des politiques venant jouer les éditorialistes à la télé ? Si clarification il doit y avoir, elle ne peut être ni à sens unique ni au nom d’une distinction aussi autoritaire qu’arbitraire entre les « bonnes » et les « mauvaises » opinions.

Reconnaissons à Stéphane Séjourné d’avoir enchâssé cette sortie pour le moins maladroit dans le débat plus vaste de la régulation des temps de parole. Mais la question de l’émetteur d’une proposition n’est pas neutre. Séjourné n’est pas un observateur médiatique, mais un acteur politique ; un des principaux artisans de la stratégie politique du président de la République. Et quand on se soucie au sommet de l’exécutif de la régulation de l’expression politique, ce n’est jamais bon signe.

Faut-il rappeler la tentative du gouvernement, au début de la crise du Covid, de mettre en place un site renvoyant aux « bons » articles ? Il était audacieux de voir l’exécutif prétendre débusquer les « fake news » au moment où il expliquait lui-même que le port du masque était inutile sinon dangereux… De même, il faut un certain aplomb pour s’alarmer d’un équilibre des temps de parole, de la part d’un proche du président de la République, le jour où celui-ci se lance dans un tour de France qui va lui garantir un temps d’antenne, en pleine campagne électorale, qui n’entrera dans aucun décompte. S’il y-a quelque chose d’archaïque, c’est plutôt le carcan d’une réglementation obsolète face à une offre audiovisuelle qui n’a jamais été aussi plurielle.

Et c’est un paradoxe de voir le macronisme, qui vantait les vertus de la liberté.

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