Le paradis vert.

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J’adore le vert. La couleur de l’espoir, du gazon, des tilleuls, des tapis de jeu… Même en politique, cette teinte me plaît. Juchés sur les cimes de leur élévation morale, les écolos se prennent un peu pour notre conscience, mais je leur pardonne : le cerveau irrigué au jus de carotte, ils regardent la France avec des yeux de missionnaires. Un métier dangereux ! On n’a jamais vu un loup se transformer en chien après de beaux discours au Parlement.

Convaincre les pollueurs, c’est comme caresser le nez d’un lion : les résultats sont longs à venir. Pas facile de remiser ses mauvaises habitudes comme des draps dans une armoire. Et la tâche est immense. D’autant qu’ils sont un peu contre tout. Les éoliennes et les barrages, les OGM et le gluten, le chauffage des terrasses et les vacances aux Maldives, la pâte à papier canadienne et le nucléaire, patati et patata… Parfois, leur paradis ressemble au mariage de la faim et de la soif. Une fois soulevé le couvercle des catastrophes environnementales, ils n’en finissent jamais de vider le réservoir. Juger et interdire, leur programme tient parfois en deux mots. Ils se croient infaillibles parce qu’ils sont honnêtes. Attention, je répète que je ne leur en veux pas. Au contraire. Moi aussi, j’ai envie de rendre ses couleurs à la planète. Il y a vingt-cinq ans que je cotise chaque mois à Greenpeace. Mais quand même.

À Lyon, le maire médit du Tour de France, qu’il juge machiste. À Bordeaux, il supprime le sapin de Noël municipal. À Colombes, il compare la police aux forces de l’ordre de Vichy. Il faudrait se calmer. J’aimerais mieux des réformateurs qui ne nous réforment pas, moi et mes vieilles fantaisies. Incroyable d’extraire autant de cailloux d’un filon aussi prometteur. Les verts pâturages de l’écologie se transforment en prairie grisonnante.

Le pompon, c’est à Poitiers. Asservie jusqu’à l’ivresse par sa passion pour la couche d’ozone, la maire a décidé que « l’aérien ne devait plus faire partie des rêves d’enfant ». Allons bon ! Quel plaisir peut-on trouver à priver de plaisir un enfant ? Les rêves donnent à la vie un air de fête. C’est du bonheur garanti. Jusqu’à nouvel ordre, les espoirs ne polluent pas et l’imagination donne des ailes. L’existence du petit garçon qui voulait s’inscrire à un aéroclub se chargera vite de ne pas remplir ses promesses. Inutile que la maire s’en mêle. Elle ferait mieux de commander pour les bibliothèques municipales le premier roman de Saint-Exupéry, « Courrier Sud ».

Les éditions des Saints Pères publient le fac-similé du manuscrit offert en 1929 à Louise de Vilmorin, la première fiancée de l’écrivain. Il l’a rédigé à Cap-Juby, un vieux fort perdu dans le Sahara espagnol, où il était chef de station sur la ligne de l’Aéropostale Toulouse-Dakar. Ses seules compagnes étaient la solitude et ces 171 feuillets parfois sur papier pelure, parfois sur des lettres à l’enseigne d’un hôtel ou de la Compagnie Latécoère. Dans la cellule vide peinte à la chaux de sa cahute récupérée à Verdun, il écrit à l’encre bleue, à la noire, au crayon ou à la machine. C’est plein de ratures, de biffures, de commentaires, de jolis dessins et de croquis. Un vrai fouillis. Là où, sur les manuscrits de Camus, l’intelligence mène les paragraphes au doigt et à la plume sans correction ou presque, c’est l’émotion qui dicte ses phrases à Saint-Ex.

Malheureux en amour et triste à mourir, il ne retrouve qu’en vol la nostalgie du bonheur et de l’enfance. Ce qui donne une ode à l’aviation pleine de miracles et de drames. La nuit a peut-être des profondeurs de gouffre scintillant au-dessus des tentes de caravanes mais, de jour, le ciel est en embuscade. Sous le soleil brûlant, le sable monte en tourbillons, les soupapes grillent, le radiateur vaporise, le compte-tours déraille. Il faut piquer, se cabrer, trembler… Quand le désert se déplie dune par dune, là-haut avec chandail, foulards, combinaison de cuir et bottes fourrées, c’est un Esquimau transi de froid qui consulte ses cartes avec des gants épais et surveille la boussole avec les yeux mouillés. Enfin l’avion se pose, la terre se rhabille et retrouve des couleurs d’étoffe. Saint-Ex, lui, replonge dans son spleen et se vautre dans le souvenir de son amour perdu. Ne reste qu’à redécoller pour quitter le tumulte du monde et sa mélancolie. Et à retrouver le ciel qui fait l’étoffe de ses rêves. Un peu la même que celle des petits garçons mal vus par les autorités de Poitiers.

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