Négative.

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Guillaume Roquette.

Avis de tempête pour les filières d’excellence. Il y a vingt ans, Sciences Po avait ouvert la voie en instaurant, contre tous les principes de l’élitisme républicain, une discrimination positive pour les lycéens venant de banlieue. L’ENA avait suivi timidement le mouvement mais ce n’était pas encore assez : le président de la République vient de supprimer l’école au profit d’un nouvel institut qui devra, en tout cas c’est le souhait d’Emmanuel Macron, « Sélectionner des profils moins déterminés socialement ». En clair : diminuer le nombre d’enfants de bourgeois et de profs au profit des étudiants de milieu modeste, de préférence issues de l’immigration.

Ce que les sociologues de l’éducation appellent dans leur sabir « le manque de mixité sociale » ou «la démocratisation ségréguée » (sic) est une réalité dans l’enseignement supérieur sélectif, depuis Normale sup à écoles de commerce. Mais la réponse que les pouvoirs publics attribuent au problème n’est pas juste : au nom de l’égalité sociale, on crée de nouvelles inégalités au détriment des élèves les plus méritants. Ainsi, dans une dérive qui semble ne pas avoir de fin, Sciences Po, après avoir établi des quotas d’étudiants de ZEP, vient de supprimer son examen d’entrée. Terminées les dissertations (écrites donc anonymes), lieu « à la discussion autour d’une image, au choix, qui sera susceptible d’inspirer aux candidats des observations de toutes sortes », selon les mots mêmes de la nouvelle présidente de l’établissement. De quoi permettre une sélection sur des critères « de toutes sortes », même les plus subjectifs… Dans l’ancien monde, on appelait cela la note de gueule.

Et si on regardait la réalité en face ? À force de démocratisation, notre système scolaire est devenu infiniment moins sélectif et ne parvient plus à hisser les enfants des classes populaires, ceux qui ne sont pas aidés par leurs parents, au niveau des formations les plus exigeantes. Seule une minorité d’établissements, souvent privés, ont résisté à cet effondrement du niveau que confirme année après année le recul de la France dans les classements Pise. Les familles se battent, et on les comprend, pour faire entrer leur progéniture dans ces lycées d’excellence. Y compris chez les membres du gouvernement qui se lamentent en même temps devant les caméras du manque de diversité.

La mise en place d’une discrimination positive est aussi le reflet de l’échec patent de notre politique d’assimilation. Aucun quota de boursiers, aucun dispositif « égalité des chances », aucune « convention d’éducation prioritaire » ne pourra effacer les conséquences d’un demi-siècle d’immigration incontrôlée, amenant massivement en France des populations qui n’ont pas pu, ou pas voulu, se fondre dans notre culture.

Face à un problème d’une telle ampleur, il n’y a pas de solution miracle mais certaines sont plus équitables que d’autres. Plutôt que de leur ménager des passe-droits, on ferait mieux de préparer aux concours les lycéens défavorisés mais prometteurs par un encadrement spécifique. Cela suppose de remettre l’excellence, le mérite et le travail au cœur des principes éducatifs. S’il en est encore temps.

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