Bruxelles…Paris…aussi nul…

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C’est reparti. L’éléphant est à nouveau entré dans le magasin de porcelaine. Au plus mauvais moment, le débat sur le voile recommence à fracturer le monde politique belge, jusqu’au niveau fédéral, et derrière lui, la société.

Comme très souvent, il part d’une école, d’une commune ou, ici, d’une entreprise, où une femme entend se voir reconnaître le droit de porter le voile. Il s’enflamme. Et puis ? Et puis rien. Le monde politique ne décide pas, parce que les différents partis ne s’accordent pas sur une position, si tant est qu’ils en aient une. Et l’institution concernée est priée de se débrouiller toute seule.

Mais promis, on va s’en occuper.

A dans dix ans.

Et c’est comme cela qu’au début de ce mois, le tribunal du travail de Bruxelles a bien dû se résoudre à rendre justice sur la base d’une interprétation créative de principes juridiques, faute, pour le juge, de disposer d’un texte légal que le parlement bruxellois, trente ans après le début des polémiques, n’a pas encore daigné produire.

Il serait trop facile de s’en prendre à la plaignante, qui s’est adressée à la justice avec une question : peut-on m’interdire de porter le voile au travail ? Il serait trop facile de s’en prendre au juge, même si, dans un débat aussi sensible, il aurait pu faire l’économie de ses sarcasmes à l’encontre de la Stib. Il serait trop facile aussi de s’en prendre à la société de transport bruxelloise, qui, faute de texte législatif, a dû laisser s’appliquer un vieux règlement de travail, au risque de se faire condamner pour discrimination sur base de la religion et du genre. Et tout cela en se voyant retirer le droit de faire appel comme le pourrait n’importe quel citoyen ou entreprise.

On trouve en revanche nettement moins de circonstances atténuantes au monde politique francophone, et bruxellois en particulier.

Qui n’a pas pris de texte législatif après trois décennies de débats, assises, conférences, auditions.

Qui promet à chaque campagne électorale de prendre attitude, et qui n’en fait rien. Pas une ligne dans l’accord de gouvernement régional.

Qui, par son inaction, a laissé s’instaurer des pratiques diverses et contradictoires dans les entreprises, les écoles, les communes.

Qui a déjà laissé la justice trancher chez Actiris, l’office bruxellois de l’emploi en 2015, tout en promettant d’agir. Et a laissé la justice se débrouiller une deuxième fois avec la Stib, six ans plus tard.

Qui, aujourd’hui, est forcé d’aborder cette question en pleine pandémie, dans un contexte politique où la parole raciste ou fondamentaliste s’est libérée et avec toute la délicatesse du débat politique de 2021.

La seule bonne nouvelle, s’il faut en trouver une, c’est que le gouvernement bruxellois est saisi, bien malgré lui, du dossier. Le voici en mesure de réparer trente ans d’impéritie, et de trancher, enfin. Comme dans tout État démocratique, où, faut-il le rappeler, ce ne sont pas les juges qui font la loi.

Aussi courageux que les nôtres… Et pourtant ils n’ont pas d » ENA » ni de « Sciences Po » !

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