PIA à répétition. 

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Quand on aime la France, on ne compte pas.

Lancés en 2010 par Sarkozy, les programmes d’investissements d’avenir, qui consistent à injecter des milliards d’euros pour relancer l’économie, ne font qu’accroître la dette.

PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS .

Alors que le grand plan de relance européen de 750 milliards d’euros n’a même pas commencé à être déployé, de nombreuses voix s’élèvent déjà en France pour en réclamer un second. Chacun y va de son programme, détaille dans des tribunes de journaux le calendrier, la nature et le montant des mesures supplémentaires que le gouvernement devrait prendre pour non seulement permettre à l’économie française de tourner définitivement la page de la crise mais aussi pour qu’elle en ressorte plus forte, plus compétitive, plus verte, plus juste, plus tout ce qu’on veut. 

En France, on n’a pas de vaccin, mais on ne manque pas d’idées pour relancer l’économie, pour stimuler avec de l’argent public la demande ou l’offre, voire les deux en même temps. Et ce « quoi qu’il en coûte ». Sur le modèle du chèque de 1 400 dollars reçu par les Américains, et afin de doper la consommation, des économistes préconisent des aides financières d’État en direction des jeunes et des ménages les plus modestes. D’autres prônent au contraire des mesures en faveur des entreprises pour effacer une partie de leurs dettes ou les inciter à investir. 

 250 milliards d’euros sur la table. 

Tous s’accordent à dire qu’il ne faut pas mégoter sur les moyens et qu’il conviendrait de mobiliser au minimum plusieurs dizaines de milliards d’euros pour avoir un second plan de relance digne de ce nom. Le haut-commissaire au plan François Bayrou, qu’on avait connu dans le passé très soucieux de la gestion des deniers publics, se montre en la matière le plus ambitieux, le plus dépensier aussi, et propose de mettre carrément sur la table 250 milliards d’euros pour « des investissements de reconquête » dans « tous les secteurs stratégiques d’avenir ». Quand on aime la France, on ne compte pas.

« Investir pour l’avenir », c’était déjà le titre du rapport remis au président Nicolas Sarkozy en novembre 2009, au lendemain de la crise des subprimes, par Alain Juppé et Michel Rocard. « Investir pour l’avenir. Parce qu’il faut en finir avec la litanie des mauvaises nouvelles, avec cette vilaine paresse qu’est l’acceptation du déclin, écrivaient avec force et lyrisme les deux anciens Premiers ministres. Investir pour l’avenir. Parce que nous avons confiance. Et parce qu’il faut réapprendre à voir large et loin. » Une fois n’est pas coutume, les recommandations formulées dans ce rapport avaient été rapidement mises en œuvre. Dès mars 2010, le Parlement adoptait un premier PIA (programme d’investissements d’avenir) de 35 milliards d’euros, consacrés prioritairement à la formation, à l’enseignement supérieur, à la recherche et aux filières industrielles. Il fut suivi en juillet 2013 d’un PIA2 de 12 milliards d’euros, puis en juin 2016 d’un PIA3 de 10 milliards d’euros et, en septembre 2017, d’un « GPI » (grand plan d’investissement) d’un montant de 57 milliards d’euros sur cinq ans.

PIA à répétition. 

Le moins qu’on puisse dire est que ces PIA à répétition et tout l’argent public mobilisé dans ces investissements d’avenir n’ont pas produit les effets escomptés. Ils n’ont pas empêché la poursuite de la désindustrialisation du pays ni permis aux entreprises de regagner des parts de marché. Ils n’ont pas non plus fait remonter les universités françaises dans les classements internationaux ni réussi à stopper l’exil de nos meilleurs chercheurs aux États-Unis. Et l’échec de la France dans la course aux vaccins contre le Covid vient d’apporter une nouvelle preuve de leur inefficacité. Et de l’incapacité de l’État à corriger les défauts structurels de l’économie à coups de dizaines de milliards d’euros qu’il n’a pas et est contraint d’emprunter, ainsi qu’à changer grâce à eux cet écosystème qui bride depuis si longtemps l’innovation et la croissance. Ce que seules seraient en mesure de faire des réformes d’envergure et en profondeur, qui ne coûteraient rien aux finances publiques mais exigeraient en revanche beaucoup de courage politique.

Au moment même où, enfin libérée des contraintes sanitaires, l’économie peut redémarrer spontanément, où l’envie des ménages de consommer et la volonté d’investir des entreprises reviennent naturellement, il est inquiétant de constater cet engouement général pour de nouveaux plans de relance financés à crédit dont le seul effet garanti sera d’accroître encore la dette. Cela montre que le pays continue de vivre dans cette illusion collective mortifère qui voit dans la dépense publique la solution aux difficultés de l’économie alors qu’elle en constitue le principal problème.

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