Vive l’assimilation !

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L’intégration est morte ? Vive l’assimilation !

DE FRANZ-OLIVIER GIESBERT

La France est-elle condamnée à devenir un jour le 51 e État des États-Unis ? Alors que les esprits se « wokisent » et s’américanisent à grande vitesse dans notre pays, la question est pertinente et la perspective effrayante.

Le prurit identitaire grattouille plus que jamais l’Amérique, comme l’a démontré, la semaine dernière, l’annonce stupéfiante de Lori Lightfoot, la mairesse noire et démocrate de Chicago : elle n’accorderait plus d’interviews en tête à tête qu’aux journalistes métis ou issus des minorités noire et hispanique. « C’est une honte, s’est-elle indignée, que les journalistes accrédités à la mairie soient très majoritairement blancs. » 

Voici venu le temps de l’apartheid à l’envers. Sur son constat, on ne peut pas donner tort à Mme Lightfoot : les minorités non blanches sont largement sous-représentées dans les médias de Chicago, alors qu’elles sont majoritaires (à 66 %) dans la population de la ville. C’est une aberration qu’il faut rappeler sans cesse si l’on veut espérer la corriger. 

Mais le repli ethnique n’est pas la solution, loin de là. La décision de la mairesse, qui a été condamnée par beaucoup de journalistes noirs ou hispaniques, ouvre le champ à un modèle de société où tout est racialisé, ce qui rappelle, à certains égards, les abjections passées du Troisième Reich ou de l’Afrique du Sud. Sans parler de la ségrégation en terre d’islam au détriment des juifs et des chrétiens.

La logique du communautarisme, idéologie à l’œuvre aux États-Unis, est l’éparpillement de la population, façon puzzle, en fonction de l’origine, de la couleur de peau. Avec Mme Lightfoot, le système est arrivé au bout du bout : c’est la civilisation de l’entre-soi. La légalisation d’un délit de faciès et d’un néo-ségrégationnisme où les mélanges sont interdits. Chacun chez soi. Les Blancs avec les Blancs, les Noirs avec les Noirs. La fin des toilettes ou des places de bus pour tous. 

Pitié pour Rosa Parks, l’héroïne des droits civiques, qui, en 1955, s’était dressée contre la ségrégation sudiste et qui n’a plus qu’à se retourner dans sa tombe ! Suprémacistes noirs contre suprémacistes blancs, et inversement, voilà l’avenir, et tant pis pour les Asiatiques agressés aux États-Unis comme en France, dans l’indifférence générale. Outre qu’elle constitue une régression, la société racialisée à la Lighfoot porte en elle les germes de la décadence, d’un futur grand désastre civilisationnel. 

Mais sommes-nous si bien placés pour faire la leçon aux États-Unis, alors que, chez nous, l’intégration est en perdition ? Quant à l’assimilation, n’en parlons pas. Si vous vous reportez à l’article 21-24 du Code civil, vous vérifierez que ladite assimilation est pourtant toujours en vigueur dans notre pays. Mais ces dernières années, elle est devenue de plus en plus obsolète, y compris aux yeux d’Emmanuel Macron, qui a préconisé, avec les résultats navrants que l’on sait, « une République forte qui sait assumer sa diversité », autrement dit l’intégration. Bouffre ! 

Valeur de gauche s’il en est, l’assimilation n’est plus soutenue aujourd’hui que par M. Valls ou par la droite, alors que, il y a un siècle, elle était continuellement attaquée par l’extrême droite raciste. Elle consiste à absorber l’étranger, alors que l’intégration, apanage des sociétés multiculturelles, se limite à lui donner une place sans qu’il ait pour autant à adopter leur langue, leur culture, leur mode de vie. Il restera un autre parmi d’autres.

« Le Rêve de l’assimilation »* de Raphaël Doan, un essai anticonformiste, prix de la Revue des Deux Mondes, dont nous avons déjà parlé ici, est une lecture qui s’impose, et pas seulement pour Macron : elle remet les pendules à l’heure sur une pratique qui a, entre autres, latinisé l’Europe et arabisé le Moyen-Orient. Il n’y a pas si longtemps, la France, avec son idéal universaliste, savait assimiler ses immigrés en respectant leurs racines. 

L’assimilation est incompatible avec le racisme, observe Raphaël Doan, qui entend la réhabiliter. La preuve, les racistes ont toujours été vent debout contre cette pratique qui, née sous Louis XIV, devint la règle sous la troisième République. Le sociologue Gustave Le Bon, apôtre de « l’inégalité des races », fulminait alors contre la « chimère dangereuse » qui prétendait « assimiler ou franciser » tout peuple « inférieur ».

L’assimilation n’a rien à voir avec sa caricature. Pour qu’un pays fonctionne, il faut que les individus minoritaires qu’il accueille l’aiment et, surtout, que la population majoritaire soit fière de sa culture. Ces conditions remplies, aimons-nous, assimilons ou assimilons-nous, et peut-être la France redeviendra-t-elle la France ! C’est le rêve de Raphaël Doan. Chiche ?

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