Le problème c’est…

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Le slogan a fait mouche, n’en déplaise au garde des Sceaux. « Le problème de la police, c’est la justice », a lancé le patron du syndicat Alliance sous les applaudissements des milliers de policiers massés devant l’Assemblée nationale. Une première depuis 1958. Signe supplémentaire du désarroi d’une profession confrontée à une délinquance qui aurait de moins en moins peur de la justice. Pris entre deux feux, le ministre de l’intérieur a tenté de réduire ce coup de chaud á la « faiblesse des moyens de la justice »

Cible des policiers, Eric Dupond-Moretti a balayé d’un revers de main tout laxisme et détourné le tir sur le terrain politique en évoquant les «mensonges » des syndicalistes et des oppositions politiques. Le garde des Sceaux a riposté à coups de statistiques, mettant en avant deux chiffres: le taux de réponse pénale (90%) et celui de l’exécution des peines (90%). Evidemment, dit comme ça, ses chiffres ont belle allure.

Dans le détail, la réalité est plus complexe et nourrit le ras-le-bol des forces de l’ordre. Prenons d’abord le taux d’exécution des peines: seulement 32 % des peines de prison ferme sont exécutées immédiatement, 55% le sont à six mois et 90% au bout de quatre ans. Un sacré bémol à la belle statistique du ministre, qui reconnaît toutefois la lenteur de la justice. Depuis quinze ans, toutes les lois concourent à l’émergence de ce droit à l’inexécution de la peine sous le terme d ‘«aménagement » : un nouveau magistrat, le juge d’application des peines, peut défaire, après le jugement, ce qu’ont fait précédemment ses collègues.

Autre bémol avec la statistique sur la réponse pénale: le score de 90% est certes exact. Mais il était, jusqu’à présent, largement couvert par les « rappels à la loi », qui représentaient 21% de la réponse pénale. Dans le collimateur des policiers, qui la jugent inutile et inefficace contre la délinquance, la mesure a été supprimée toute affaire cessante jeudi 20 mai par le garde des Sceaux dans le cadre de son projet de loi pour la confiance dans l’institution judiciaire. Sans qu’on sache par quoi ce dispositif sera remplacé. La preuve qu’il est grand temps de revoir le logiciel de la justice si l’on veut vraiment retisser le lien entre l’institution et les Français.

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