Ça va déménager !

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Au fond, c’est rassurant, les ministres sont des gens normaux. Ils ont des chauffeurs, on leur déroule le tapis rouge et on leur tend des micros, mais, passé les plaisirs du protocole, ils s’ennuient comme tout le monde. Le travail, ça va un moment. Personne n’a éternellement du temps à perdre avec les choses sérieuses. Eux pas plus que les autres. Faites-leur confiance: dès qu’une récréation se présente, eux aussi sautent sur elle. On les dirait toujours prêts à partir en promenade pour échapper à leurs dossiers. N’importe quel mur est bon pour les plantes grimpantes. On avait eu le cas l’an dernier avec Agnès Buzyn. On aurait pu croire que le Covid réclamait tous ses soins. La pire épidémie depuis 1918! Le ministère de la Santé ne savait plus où donner de la tête. Pas elle. Du ton le plus velouté, elle nous rassurait. Parfois sa voix un peu voilée se troublait. On aurait dit qu’elle allait pleurer. Mais non, fausse alerte: tout était sous contrôle, les masques étaient inutiles, fermer les frontières ne rimait à rien… À l’entendre, les bonnes nouvelles coulaient comme l’eau de source. Du coup, légère comme l’alouette, avec une grâce de papillon, elle est partie battre des ailes dans les rues voisines et faire campagne pour les municipales. À croire qu’elle craignait d’attraper une appendicite à force de rester assise. À l’arrivée, elle avait un peu l’air d’un carré Hermès froissé. Elle n’a même pas décroché un siège au conseil de Paris.

On pourrait penser que la leçon a porté. Erreur: ces jours-ci, c’est le garde des Sceaux qui part à la chasse. Juste au moment où la France se demande si elle ne souffre pas autant de la justice que des délits. Si vous vous posez la question: patience! La réponse pénale risque de n’être pas au rendez-vous, elle se promène sur les marchés des Hauts-de-France. Là-bas donc, un seul mot d’ordre: prudence. On le connaît, Éric Dupond-Moretti. Des colères mesurables sur l’échelle de Richter, un estomac à digérer un agneau, le genre à assommer un sanglier d’une pichenette. Mieux vaut ne pas le chercher. Sa devise a l’air d’être « retenez-moi ou je casse la vaisselle ». D’un regard, il vous donne vite fait envie de changer de trottoir. C’est Terminator. Dans les cours d’assises, à force de le voir terrasser ses adversaires et sauver la tête de ses clients, on l’avait d’ailleurs surnommé « Acquitator ». Il faut dire que toutes les armes étaient bonnes pour ses plaidoiries. Au procès du frère de Mohamed Merah, une ou deux remarques d’un cynisme à faire tomber les dents avaient remue les consciences. Et puis on était passé à autre chose. Face à ses imprécations, autant prier un orage de se calmer.

Terminator.

De toute manière, tout ce qu’on demande à un avocat, c’est d’être efficace. De ce côté-là, on était servi. À présent, installé place Vendôme, on l’a rebaptisé « Fulminator ». On sent qu’il va faire souffler un vent de tempête sur la baie de Somme. Deux nuages devraient trembler de toutes leurs gouttes: Xavier Bertrand et Marine Le Pen. Un souffle de gaullisme social anime le premier, mais sans ivresse. Il a un peu l’air du « Petit Chose ». Son mécontentement est branché sur pilote automatique mais n’a pas beaucoup plus de souffle qu’un sèche-cheveux. Il parle comme un curé de campagne sur un ton de sermon. Rien à voir avec Marine Le Pen. Son destin est de patienter dans une salle d’attente, mais elle n’en est pas du tout consciente. Elle sourit à tout le monde, même aux murs. Plus qu’en campagne, on la dirait en tournée. Et les sondages la caressent dans le sens du poil. Assemblé avec des pièces de récupération glanées de Vichy à l’extrême gauche, son programme semble emballer les foules. Surtout en matière de justice, d’ailleurs. Avec elle, c’est simple: vous vous garez en double file et elle exige la perpète. Le jour et la nuit avec Fulminator: lui, si vous tuez une vieille dame, il réclame du sursis. Éric Dupond Moretti a appelé son adversaire « Marine Le Peste » avant de se reprendre, désolé de ce lapsus qu’il commet souvent, toujours involontairement. Pour excuser cet abus de langage, il la décrit comme un « ennemi qu’il exècre». Du vrai théâtre. Et faites confiance à sa partenaire du moment: quand elle va dérouler ses reproches comme un serpent ses anneaux, les imprécations risquent d’être longues. La justice est priée de régler les problèmes quand toute la France sait que le problème, c’est elle.

Je vous le répète: ça va déménager dans le Nord. Depuis le temps que les salles de spectacle sont fermées, on ne va pas cracher sur une bonne représentation. Au dernier acte, sur les trois comédiens, deux vont forcément s’écraser sur le pare-brise de la réalité. On verra bien. Espérons pour le gouvernement que la Justice fera mieux que la Santé. Pas sûr: en politique, ces temps-ci, les remontants remontent de moins en moins.

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