Boite noire…

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Dès l’an prochain, tous les véhicules neufs devront être équipés d’un boîtier qui enregistre la vitesse, le freinage et plusieurs paramètres de sécurité en cas de choc. Les occasions devront y passer en 2024.

Une histoire de puces Quoi qu’on en pense, l’installation de boîtes noires dans les voitures européennes (et donc françaises) semble logique. C’est déjà le cas aux États-Unis. Chez nous, les autres moyens de transport ont déjà adopté de tels dispositifs. Les poids lourds et les autobus sont dotés depuis plusieurs décennies de chronotachygraphes qui enregistrent le kilométrage, la vitesse, les temps de conduite et les temps de repos. C’est un instrument pour inciter au respect de la réglementation du travail et du Code de la route. Il se présentait sous forme de disque avant de devenir électronique. Les avions ont leurs deux boîtes noires qui sont la plupart du temps rouges ou orange pour être plus facilement repérables en cas de crash. Elles ont été inventées il y a presque cent ans par un Français, François Hussenot, pour mieux comprendre les accidents. La généralisation aux véhicules individuels répond à la même préoccupation : l’accidentologie. La tentation est d’autant plus forte que les voitures sont devenues des ordinateurs à roues. Les données sont disponibles. Il suffit de les enregistrer. Dans les années 1970, l’électronique dans une voiture se limitait à la seule injection. Aujourd’hui, les innovations dans l’automobile ne sont plus mécaniques mais concernent l’électronique.

On trouve pas moins d’une centaine de puces en tous genres connectées et communiquant entre elles dans les modèles les plus récents. Il y en a partout pour la clé, la clim, les régulateurs de vitesse, la gestion de l’éclairage ou l’ABS. Dans une voiture électrique ou hybride, les puces gèrent en plus les moteurs, les batteries ou la récupération d’énergie au freinage. Et la tendance ne fera que s’accentuer avec l’arrivée de la voiture autonome. La demande de puces est telle que les usines de production, situées pour la plupart en Asie, n’arrivent plus à fournir. Pas étonnant qu’Apple, Google, Uber ou Amazon s’intéressent à l’automobile. Selon une étude de Deloitte de 2020, l’électronique représente 40 % du prix d’une voiture neuve

C’est un boitier miniature qui a déjà fait son apparition depuis plusieurs années sur les voitures américaines et qui sera demain généralisé sur tous les modèles vendus en Europe. Une petite puce électronique capable d’enregistrer dans les trente secondes qui ont précédé un choc la vitesse de votre véhicule, les paramètres de freinage et même si vous aviez bien bouclé votre ceinture. Le Parlement européen vient de décider que d’ici un an, à compter de mai 2022, cette « boîte noire » serait obligatoire sur toutes les nouvelles voitures, les camions et les bus. En mai 2024, même les véhicules d’occasion devront en être équipés.

« Cette législation va permettre de sauver des milliers de vies dans les années à venir », estime la rapporteuse du Parlement Roza Thun. Aux États-Unis, où ce petit boîtier équipe déjà la plupart des voitures, les autorités américaines estiment qu’il a permis de réduire de 20 % les accidents en l’espace de cinq ans.

C’est que, après une collision, la boîte noire permet de déterminer à coup sûr si un automobiliste roulait trop vite ou n’a pas freiné à temps. Ce qui inciterait beaucoup de conducteurs à lever davantage le pied pour ne pas être tenu responsables en cas d’accident. « C ’est un élément essentiel de prévention et le meilleur moyen de connaître les circonstances exactes d’un sinistre car la boîte noire est en quelque sorte l’ADN de l’accident, souligne la présidente de la Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon. Alors qu’il faut parfois des mois ou des années pour prouver la responsabilité d’un conducteur dans un accident mortel, avec ce boîtier, on saura tout de suite si les phares étaient allumés, le clignotant déclenché, et si l’automobiliste roulait trop vite. »

« Mouchard » inutile ?

Le délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes est d’un tout autre avis. Lui considère la boîte noire comme « un mouchard » inutile. « Cela n’empêchera pas l’accident et ne permettra pas de savoir si le conducteur était ivre ou roulait en téléphonant, par exemple. Et puis, qui paiera pour installer ce boîtier dans les voitures d’occasion ? » Alors que le coût d’une boîte noire pourrait avoisiner les 100 € (hors prix de l’installation), les regards se tournent vers les assureurs, certains estimant qu’il leur reviendrait de participer au montage de ce dispositif censé réduire l’accidentalité sur la route.

Du côté des constructeurs, on se dit prêt à faire face à cette nouvelle obligation. Déjà concerné par le dispositif outre-Atlantique, l’américain Ford affirme qu’il le mettra en place « dès qu’il sera obligatoire en Europe. Son coût sera ajouté au coût de revient du véhicule, comme précédemment pour les coussins gonflables de sécurité, le système de blocage de freins ABS, le contrôle de stabilité ESP ou les systèmes de dépollution. » Le français Renault n’installera pas de boîtier mais il utilisera les systèmes de données qui équipent déjà ses véhicules. « Nous le ferons sans aucune difficulté technique ou financière. Il suffit de modifier les logiciels. Il n’y a pas besoin d’installer des capteurs spécifiques. Cela n’aura aucun impact sur le prix pour le client. »

Pour les associations de victimes de la route, cette petite puce sera surtout l’occasion de réduire les délais de justice qui peuvent être très longs. « Une boîte noire aurait raccourci de plusieurs mois très douloureux le dossier d’instruction après la mort de mon neveu, renversé sur un trottoir par un chauffard ivre fin 2019, explique Karine. La défense du prévenu (NDLR : poursuivi pour homicide involontaire) a réclamé une expertise de l’automobile pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un problème mécanique qui aurait entraîné la perte de contrôle. Elle a ainsi tenté de minimiser le comportement à risque du conducteur. »

Plus que pour la boîte noire, Karine milite pour que tous les véhicules soient à terme équipés d’un éthylotest antidémarrage. Ce qui aurait empêché le chauffard de faire démarrer sa voiture alors que son alcoolémie était de 2 g/l (la limite légale étant de 0,5). Le Parlement européen souhaite justement que les constructeurs de véhicules neufs « facilitent dès le mois de mai prochain » l’installation d’un tel dispositif.

Les autres équipements qui seront obligatoires.

Octobre 1978. Le constructeur allemand Mercedes propose en option sur un de ses modèles haut de gamme un nouveau dispositif de sécurité censé révolutionner le freinage : le système de freins antiblocage. Ce fameux ABS aujourd’hui disponible en série sur la majorité des véhicules et qui a sans doute permis de sauver des millions de vies. Le Parlement européen veut s’inspirer de cet exemple pour généraliser sur les véhicules neufs toute une série de dispositifs de sécurité actuellement proposés en série ou en option sur les voitures « premium ».

Système d’adaptation intelligente à la vitesse.

Outre la boîte noire, les véhicules neufs vendus en mai 2022 devront notamment proposer cet équipement (qui fournira au conducteur des informations basées sur les cartes et les panneaux de signalisation lorsque la vitesse autorisée sera dépassée). Le Parlement estime que ce seul dispositif permettrait de réduire le nombre de décès sur les routes de l’UE de 20 %.

Avertisseur de somnolence.

L’UE souhaite que les voitures en soient équipées pour éviter les accidents liés à l’endormissement au volant (très fréquents sur autoroute).

Freinage et maintien de la trajectoire.

« Les voitures particulières et les véhicules utilitaires légers devront également être équipés d’un système de freinage d’urgence (déjà obligatoire dans les camions et les bus) ainsi que d’un système d’urgence de maintien de la trajectoire », explique-t-on au Parlement européen.

Avec ces dispositifs, l’Europe espère faire drastiquement baisser le nombre de tués sur les routes de l’Union. En 2018, 25 100 personnes ont perdu la vie sur la route dans l’UE et environ 135 000 ont été grièvement blessées.

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