Blanche-Neige et le nouveau féminisme…

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Le Disneyland de Californie avait fermé ses portes pendant quatre cents jours : une fermeture pour cause de Covid mise à profit pour une rénovation des attractions les plus connues.

Parmi elles, le parcours consacré à Blanche-Neige et les sept nains. Walt Disney avait transposé le récit des frères Grimm en l’édulcorant : la méchante reine mère passait de quatre tentatives d’assassinats sur sa belle-fille à deux seulement. Il avait aussi écourté l’histoire en terminant par la scène du baiser. Le jeune prince se penchait sur la belle endormie, elle se réveillait en douceur et ainsi commençait une radieuse vie conjugale.

On fait ce qu’on veut des contes. Les Grimm avaient mélangé les récits traditionnels allemands avec ceux de Charles Perrault, qui, lui-même, avait puisé dans le foisonnant patrimoine populaire français avec quelques emprunts à des légendes italiennes cent fois remaniées. Quant à Disney, il avait resserré et enjolivé les histoires les plus célèbres. Ses attractions proposaient de suggestifs effets audio : les spectateurs frissonnaient en écoutant les bruits de la forêt ou les cris de la reine cruelle que le destin punissait et précipitait du haut d’une falaise ; la rénovation les a, paraît-il, éliminés parce que plusieurs enfants terminaient le parcours en pleurs.

Deux journalistes du San Francisco Gate ont été dépêchées pour rendre compte de la réouverture du parc. Elles ont beaucoup apprécié le résultat : les musiques, les jeux savants de lumières, le goût exquis des effets spéciaux – selon elles, tout est divinement somptueux (gorgeous). Seul problème, ce baiser de la fin (rebaptisé « le baiser de l’amour véritable »), qui est inconvenant : « N’étions-nous pas d’accord pour dire que le consentement est un problème majeur ? Et qu’il faut apprendre aux enfants qu’on ne s’embrasse que si les deux partenaires ont exprimé la volonté de s’engager ? » Le raisonnement ne fait pas un pli : la malheureuse Blanche-Neige, droguée et plongée dans un coma profond, n’était sûrement pas en mesure de dire « je le veux » à un passant inconnu.

Il est inutile ici de convoquer la cancel culture ou le nouveau féminisme. Il s’agit de niaiserie ordinaire, exprimée sur un ton calmement pédagogique. Depuis le temps, nous aurions dû le savoir : c’est à cause de ces visions malsaines de baisers volés que, dès l’enfance, les grands prédateurs sexuels ont basculé dans le crime. Il faut donc changer cette fin inappropriée. Un consentement pré-écrit et signé devant notaire pourrait convenir.

Cette minuscule affaire, qui rebondit de la côte ouest américaine à nos gazettes, suscite des réflexions sur l’évolution de nos sensibilités. Qu’est-il arrivé à nos enfants pour que l’on craigne pour eux au moindre souffle de vent ? Ou plutôt : comment cette époque, qui a vu se succéder les pires atrocités, est-elle devenue aussi délicate sur ces sujets de société ? Les enfants d’antan ingurgitaient sans ciller d’atroces histoires qui ne les empêchaient pas de dormir.

C’étaient des récits d’initiation, bourrés de symboles et d’injonctions morales. Perrault en particulier ne prenait pas de gants : il faut relire la dernière partie de La Belle au bois dormant où, après le réveil avec baiser (décidément c’est une manie), le prince part à la guerre en laissant femme et enfants au palais avec sa mère. Sans perdre de temps, l’ogresse cannibale demande à son maître d’hôtel de lui préparer de bons repas avec la chair tendre des petits et de sa belle-fille. Des péripéties qui suivent, plus échevelées les unes que les autres, paraît se dégager une morale : la vie de famille est difficile, certes, mais celle des familles recomposées est franchement dangereuse.

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