La fabrique de l’évènement…

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« Ton papier est prêt ? On va pusher, là. »

Cette phrase, quiconque a déjà travaillé dans une rédaction web l’a déjà entendue au moins une fois lorsque l’actualité s’emballe autour d’un fait divers : elle résume une phase d’ébullition, un moment où la tension entre la fiabilité d’une information et la vitesse à laquelle cette dernière est délivrée se trouve à son paroxysme. Parallèlement, sur les plateaux des chaînes d’information en continu, on embraie. C’est ce qu’on appelle le breaking news ou l’« édition spéciale », dans la version BFMTV.

Qu’il s’agisse de la mort d’un policier en service – ou, moins dramatique, d’un remaniement ministériel -, l’enjeu est d’occuper le terrain. La difficulté réside dans le fait de meubler en attendant que les informations remontent – de I’AFP, d’autres médias, notamment locaux, ou tout simplement des reporteurs envoyés sur le terrain ou que quelque chose de nouveau se produise, comme la déclaration du parquet, le déplacement d’un ministre sur place, etc.

C’est là que le « plateau » entre en jeu : alors que les animateurs s’en tiennent dans un premier temps à un compte rendu factuel des événements – le fameux « ce que l’on sait » -, les invités des chaînes d’information en continu sont chargés de commenter ce fait d’actualité – « ce que l’on ne sait pas » -, l’inscrivent dans un contexte et en font une interprétation. C’est là que nait le « récit médiatique » entourant le fait divers. Le fait particulier est inscrit dans un propos général : de « divers », il devient « de société ».

Un reporteur de l’Agence France presse lors d’une intervention d’Agnès Buzyn, alors ministre des Solidarités et de la Santé, en septembre 2019.

De sorte qu’il se politise. Dès lors qu’on l’estime représentatif d’un phénomène plus large que lui-même, le fait divers appelle à ce qu’on analyse ses causes, et qu’on se positionne sur la manière d’« éviter que ce genre de drame ne se reproduise », selon la formule consacrée. Éditorialistes et spécialistes – criminologues, sociologues, psychologues… – sont ainsi chargés de décrypter un événement, tandis que les contenus produits par un média s’enrichissent.

À l’antenne, on distribue la parole à des témoins, on suscite la réaction de syndicats, de politiques invités à développer leur point de vue, tandis que des papiers « anglés » – se détachant du simple compte rendu factuel – sont peu à peu mis en ligne sur Internet. Autant parce qu’il s’agit bien d’une actualité entrant dans le champ de compétence des journalistes que par une forme de suivisme intéressé – le fait divers fonctionne en matière d’audience -, l’ensemble des médias se mettent à parler du même fait divers. Avec, dans le pire des cas, le commentaire du commentaire : untel se trompe en interprétant ce fait divers de telle manière.

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