Une inépuisable fascination.

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Les progrès des neurosciences – appliquées à l’homme ou aux animaux – sont source d’émerveillement perpétuel. À cheval entre la médecine, la biologie et les sciences naturelles, tout ce qui concerne le cerveau est objet d’inépuisable fascination. Ajoutez que, pour notre bonheur, les recherches dans ce domaine ont souvent été racontées par des savants que la nature avait dotés d’un incontestable talent narratif.

De grands divulgateurs scientifiques, dit-on : ils ont été en réalité beaucoup plus que de scrupuleux diffuseurs de connaissances. Leurs œuvres touchent à l’essence même du vivant et leurs observations sur la conscience offrent d’immenses territoires à la curiosité et à la méditation.

Si vous n’avez jamais lu Oliver Sacks, précipitez-vous sur ses livres qui transforment d’authentiques cas cliniques en récits littéraires, drôles ou bouleversants : vous n’oublierez plus l’histoire de l’homme frappé par la foudre qui devint illico un pianiste enragé ou de la nonagénaire contrainte à un inexorable rajeunissement à cause d’une bactérie de syphilis logée dans son cerveau. Si vous avez redécouvert ces temps-ci les joies de la vie à la campagne, faites-vous accompagner dans vos balades par Jean-Henri Fabre et ses souvenirs d’entomologiste : les pages consacrées aux infatigables scarabées des sables de Palavas ou aux ammophiles hérissées du mont Ventoux vous enchanteront. Si vous aimez les mystères de l’évolution, plongez-vous dans l’œuvre de Darwin et ne négligez surtout pas son essai sur les vers de terre. Vous apprendrez ce qu’on leur doit : sans eux, pas de terre agricole, et, même s’ils sont « timides » (dixit Darwin), aveugles et sourds, nous aurons toujours besoin de leur inlassable travail de laboureur. Darwin leur a consacré des années de recherches affectueuses : « Quand on les pose sur une table près du clavier d’un piano joué aussi fort que possible, ils restent tout à fait tranquilles » ; quant à leurs capacités intellectuelles, il est formel : « Nous ne pouvons guère échapper à la conclusion qu’ils déploient une sorte d’intelligence dans la manière de boucher leurs trous. »

En étudiant la puissance relative des « petits cerveaux » par rapport à leurs capacités pratiques, un neuroscientifique italien – Giorgio Vallortigara – a fait un point récent des travaux de ses confrères sur les animaux dotés d’un système nerveux simple. Il est par exemple prouvé que, après un bref entraînement, les abeilles sont en mesure de distinguer entre un Monet et un Picasso. En 2013, un article publié dans une revue scientifique décrit les méthodes d’apprentissage basées sur des reproductions de tableaux montrées aux abeilles deux par deux : avec l’aide de récompenses sucrées, elles apprennent vite à reconnaître un peintre de l’autre. Le plus stupéfiant se vérifie lorsque, après cette éducation artistique, on leur propose d’autres tableaux de Monet (ou de Picasso), qui ne font pas partie des séries sur lesquelles elles ont été entraînées. Eh bien, elles n’ont aucune hésitation : elles reconnaissent la patte de « leur » peintre favori sur une image jamais vue auparavant et elles foncent dessus.

Ceux qui ont le souvenir d’après-midis passés avec des adolescents ennuyés dans un musée d’art moderne ne peuvent qu’éprouver un pincement au cœur devant ces prouesses. Promettre des glaces vanille chocolat après la visite n’a aucun effet stimulant sur le cerveau des jeunes humains. Quand en plus on apprend que le ganglion céphalique de l’abeille n’a que 960 000 neurones alors que nous en possédons 86 milliards, on se demande à quoi peuvent bien servir toutes ces miraculeuses connexions en stock dormant. Quels gaspilleurs, ces humains.

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