La bombe à retardement …

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Des blessures béantes labourent les chaussées du quartier de Montmartre. Les pavés de la rue des Abbesses, de la rue Joseph-de-Maistre ou encore de la rue d’Orsel laissent la place à une saillie d’une dizaine de mètres de longueur. Apparait à l’air libre une vieille galerie. De chaque côté de ce tunnel, s’étalent d’énormes canalisations. Sur le bord de la chaussée, trônent des tubes bleus de plusieurs mètres chacun. Ils côtoient agrafes, consoles, joints, vannes papillon ou vannes à opercules. Sur le chantier, s’activent des ouvriers en combinaison blanche. Équipés d’une lampe frontale, d’un détecteur de gaz, d’un masque à oxygène en cas d’urgence, ils descendent dans cette galerie qui n’est rien d’autre qu’un égout du quartier. « L’égout Montmartre est un des plus dédaléens du vieux réseau » disait de lui Victor Hugo. Comme un panneau d’information l’indique en surface, « Eau de Paris remplace le réseau d’eau potable ». Les égouts de la capitale recèlent quelque 1.800 kilomètres du réseau parisien de distribution d’eau sur un total de 2.000.

Première entreprise publique d’eau en France, Eau de Paris délivre chaque jour environ 450.000 mètres cubes d’eau aux 3 millions de Parisiens. « Rien qu’à Montmartre, ou une pompe, au pied de la butte, envoie l’eau vers le réservoir côtoyant la basilique puis un peu plus loin, dans les cuves du château d’eau, ce sont quelque 15.000 mètres cubes qui sont fournis quotidiennement aux habitants », témoigne Frédéric Laurent, directeur de l’ingénierie et du patrimoine d’Eau de Paris. L’actuel chantier, prévu jusqu’en juin, va remplacer les canalisations vieillissantes et accroître la capacité de distribution. « Nous remplaçons les tuyaux de 200 millimètres de diamètre pour passer à 300, afin de sécuriser l’alimentation », explique-t-il. Les travaux s’inscrivent dans la politique de renouvellement du réseau parisien datant du Second Empire. À Paris, l’alimentation en eau est étroitement liée au baron Haussmann, qui confie en 1854 à l’ingénieur Eugène Belgrand la responsabilité du service des eaux. « Construit en fonte, le réseau du centre parisien date des années 1860-1870, celui des arrondissements périphériques ayant été installé dans les années 1900-1930 », commente Benjamin Gestin, directeur général d’Eau de Paris.

Portrait d’Eugène Belgrand.

Eugène Belgrand, est un ingénieur français connu pour sa participation aux travaux de rénovation de Paris dans la deuxième moitié du XIXᵉ siècle.

Depuis, quasiment aucun renouvellement ou replacement n’a été opéré. Les premiers travaux sont entrepris dans les années 1980. Sur la butte Montmartre, « nous sommes actuellement à la moitié de la seconde phase de rénovation-renouvellement des canalisations », indique Frédéric Laurent. À Paris, « en moyenne, nous rénovons 16 kilomètres de réseau chaque année pour un coût moyen de 1.500 euros le mètre. Mais il nous faut jongler avec les périodes de moratoire, notamment avant les échéances électorales, où aucun chantier sur la voie publique n’est per mis. L’an dernier, avec les municipales et le confinement généré par la crise du Covid, nous avons seulement change 8 kilomètres de réseau. Cette année, il va falloir mettre les bouchées doubles et atteindre un taux de renouvellement d’environ 1,2% », commente Benjamin Gestin.

Pour la période 2021-2026, le plan pluriannuel d’investissement s’élève à 488 millions d’euros, dont 188 seront consacrés entièrement à la rénovation du réseau de canalisation. D’une manière générale, l’entretien du réseau parisien est facilité par sa physionomie. D’abord, il est constitué à 95% en fonte, plus résistante. Ensuite, il est plus accessible. Une fuite, à Paris, sera plus facilement repérable. À la différence des autres régions, les canalisations ne sont pas enterrées. Résultat : Eau de Paris affiche un taux de rendement de plus de 90%, ce qui signifie que la quasi-totalité de l’eau sortant de réservoirs autour de Paris est consommée. Les fuites d’eau sont faibles. Ce qui est loin d’être le cas au niveau des autres territoires de la république.

Un réseau français vieillissant.

 Le rapport, publié en juin 2020, de l’Observatoire Eaufrance indiquait un taux de rendement moyen national de 79,8 %. Sur 5 litres d’eau potable injectés dans le réseau français, un litre se perd dans la nature. En la matière, la Corse (75,1 %), l’Occitanie (75,7 %), Provence-Alpes-Côte d’Azur (76,4 %) et Auvergne-Rhône-Alpes (77 %) sont les moins performants.

Pour schématiser à l’extrême, le réseau de distribution d’eau français fuit. « C’est simple, la France perd chaque année l’équivalent du lac d’Annecy », illustre Alain Grizaud, président des Canalisateurs. Est-ce à dire que le réseau est inadapté ? « Ce qui est sûr, c’est que nous sommes en train de dilapider le capital », tonne Bernard Barraque, directeur de recherche émérite au CNRS. « En France, le taux de renouvellement des canalisations est nettement insuffisant pour un fonctionnement durable, dit-il. Il est de 0,6 %. Ce qui signifie que le renouvellement des canalisations prendra en moyenne 150 ans. Ce taux est en dessous de ce qui semble raisonnable », observe Xavier Leflaive, administrateur principal à la Direction de l’environnement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Il faudrait le doubler pour atteindre 1,2% », recommande Tristan Mathieu, délégué général de la Fédération professionnelle des entreprises de l’eau.

Des matériaux parfois inadéquats.

Plus facile à dire qu’à faire au regard de l’importance du réseau, qui déroule 1 million de kilomètres de canalisations en fonte, en PVC et en béton. Soit plus de deux fois la distance entre la Terre et la Lune.

À ce jour, les problèmes surgissent principalement du côté des régions et surtout en milieu rural. « Une grande partie des difficultés vient du fait que l’essentiel de la pose de canalisation, en milieu rural, s’est effectué après-guerre, dans les années 1960 et 1970. Beaucoup de tuyaux sont en PVC, dont la qualité est bien moindre que la fonte ou que les PVC actuels. Si, à Paris, les pertes sont faibles, le taux de fuite peut atteindre jusqu’à 40 % en milieu rural. En Guadeloupe, la situation est catastrophique. On flirte avec les 60% », explique Yves Le Gat, ingénieur en chef des ponts des eaux et des forêts, chercheur à l’Inrae Nouvelle-Aquitaine. À ce jour, le PVC représente environ 46% du réseau français avec une grande disparité entre les régions de l’Est (de 11 % à 25%) et de l’Ouest (de 57 % en Adour-Garonne à 64 % en Loire-Bretagne).

Surtout, les connaissances précises du réseau sont défaillantes. « Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, on ne sait en effet pas tout, aujourd’hui encore non seulement de l’état des réseaux, mais également de leur emplacement et de leur composition », écrivaient, en 2019, Daniel Florentin et Jérôme Denis dans un rapport sur la « Gestion patrimoniale des réseaux d’eau et d’assainissement en France ». Du fait de l’histoire, les communes ont longtemps géré leur propre réseau. Elles l’ont installé sans trop se préoccuper de leur entretien. Ce qui n’est plus un gage d’efficacité.

« L’échelon communal est moins performant. Il existe clairement un manque de compétence et le personnel n’est pas forcément à la hauteur des enjeux » témoigne Christophe Wittner, ingénieur environnement à l’Inrae de Strasbourg. Avec l’adoption de la loi NOTRe (portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République), les communes vont laisser la place aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). « En 2016, il existait près de 12.000 collectivités compétentes en eau. D’ici à 2026, la loi NOTRe va transférer ces compétences aux EPCI et le nombre d’intervenants devrait diminuer aux environs de 2.100, ce qui rationalisera la gestion des réseaux d’eau », ajoute-t-il.

L’énormité de l’enjeu soulève la question du coût du financement du renouvellement des canalisations. Pour l’heure, « l’eau paie l’eau ». Autrement dit, c’est le consommateur final, via la tarification de l’eau qu’il consomme chaque année, qui finance l’entretien. Une étude publiée par le ministère de la Transition écologique en décembre 2020 révélait que « les recettes moyennes annuelles hors taxes issues de la facturation ont progressé de 13 % entre 2009 (12,07 milliards d’euros) et la période 2013-2016 (13,60 milliards) ». Si elles ont permis de couvrir les dépenses de fonctionnement de ces services, elles ont été insuffisantes pour couvrir la totalité des dépenses, et en particulier les quelque 6 milliards d’euros d’investissements.

Sur la période 2013-2016, les besoins annuels de renouvellement des canalisations étaient estimés entre 6,4 et 10.9 milliards d’euros, dont de 2.9 à 4,9 milliards par an pour l’eau potable. Le renouvellement effectif annuel ne s’est élevé qua 2,5 milliards. « Pour assurer un renouvellement durable du patrimoine, il faudrait donc investir entre 0,3 et 4,8 milliards d’euros supplémentaires par an », indique le ministère. Alain Grizaud abonde dans le même sens : « Il faudrait investir chaque année entre 5 et 7 milliards d’euros dans les réseaux d’eau, alors que nous en consacrons moins de 4 milliards actuellement. C’est trop peu vu les besoins. Nous prenons du retard ».

Vers une hausse du prix de l’eau.

« Le coût total du réseau s’élève à 135 milliards d’euros auxquels se rajoutent 30 milliards pour le renouvellement des branchements qui relient le réseau aux habitations de chacun », observe Christophe Wittner. En moyenne, cela représente 2.600 euros par habitant. Dans le détail, toutefois, le coût en milieu rural est bien plus élevé (3.300 euros) qu’en milieu urbain (2.100 euros). En 2018 et 2019, les Assises de l’eau avaient clairement identifié les problèmes. Acteurs publics et privés devaient se mobiliser pour relancer l’investissement dans les territoires et diviser par deux le cycle du renouvellement des canalisations.

De 2019 à 2024, plus de 41 milliards d’euros sont promis à cet effet. Sauf que la machine a du mal à s’enclencher. Et la crise sanitaire n’a rien arrangé. Au regard des retards, l’État, dans son plan de relance, a remis l’eau au goût du jour. Pour renforcer la résilience de l’alimentation en eau potable, il prévoit une aide à l’investissement pour la modernisation des réseaux de l’eau potable et d’assainissement. L’enveloppe consacrée est de 220 millions et 280 kilomètres de réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement devraient être réhabilités. «Si l’État croit qu’il va créer nombre d’emplois avec la rénovation des réseaux, il est à côté de la plaque » remarque Yves Le Gat.

Ce qui est sûr, c’est qu’au regard du renouvellement à entreprendre dans les prochaines années, se posera rapidement la question du prix de l’eau. « Soit nous allons assister à une augmentation du prix du mètre cube, soit il va falloir mobiliser de l’argent public. Et, à force de repousser les décisions dans le temps, la facture va gonfler. Il ne serait pas absurde qu’une partie du coût soit financée par l’impôt », explique Xavier Leflaive. « Il est raisonnable de penser que le prix de l’eau va grimper. La hausse ne pourra être que modérée, et progressive dans le temps ». Yves Le Gat se veut prudent. « À 4 euros le mètre cube, l’eau coute bien moins cher que bien des services dans le budget des ménages, moins essentiels. Le prix est souvent trop faible sur certains territoires pour faire face aux enjeux » plaide Alain Grizaud, qui rappelle qu’«une solidarité interrégionale est dans tous les cas indispensable ».

À Paris, Benjamin Gestin assure, lui, qu’aucune augmentation du prix de l’eau n’est envisagée. « Avec la crise sanitaire qui a entrainé un certain exode des Parisiens et la baisse de consommation liée à la chute du tourisme et au développement du télétravail, nos recettes ont baissé de 15 millions d’euros l’an dernier. Le coût de notre réseau s’est renchéri. Mais, pour l’heure, le prix du mètre cube est maintenu jusqu’en 2023. La Mairie décidera, dans deux ans, s’il y a lieu de modifier le tarif ».

C’est un des problèmes que notre commune a à gérer…

Quand j’ai posé la question à notre maire…sa réponse a été simple et précise :

« Je ne suis pas madame Soleil. »

C’était avant son élection.

J’espère que depuis il s’est penché sur le dossier et qu’avec l’aide des « Dieux » il aura enfin été éclairé…

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