1961 – 21 avril

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Il y a 60 ans, le putsch d’Alger

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, quatre généraux de l’armée française engagent un coup de force contre Paris et le général de Gaulle.

Un motard et un blindé précèdent, le 6 mai 1961 à Alger, le camion transportant le général André Zeller, lors de son arrestation pour sa participation au putsch des Généraux le 22 avril.

Quand on évoque avec le très prolifique historien Maurice Vaïsse la troisième édition de son incontournable Le Putsch d’Alger*, on ne peut qu’être saisi à la fois par sa proximité avec son sujet et par son érudition encyclopédique. Publié pour la première fois en 1983, cet ouvrage a été enrichi depuis 38 ans par la découverte de nouvelles archives publiques et privées (dont un texte de Pierre Racine, alors directeur de cabinet du Premier ministre Michel Debré). Et aussi par les courriers que les lecteurs lui ont adressés, apportant ici un éclairage, contestant ailleurs un point. Jamais il ne cesse de développer sa connaissance de cet extraordinaire coup fomenté par les généraux Maurice Challe, André Zeller et Edmond Jouhaud, « en liaison » avec le général Raoul Salan. Si des Mémoires, comme ceux du général Jean Simon, lui semblent prendre trop de liberté avec les faits, il s’étrangle. Dans un entretien le 19 avril, il s’enthousiasme pour un courrier reçu le matin même qui lui apporte un nouveau détail précis. Entre la première et la troisième édition de son ouvrage, il juge que les différences sont aussi fortes qu’entre un film muet en noir et blanc et une œuvre moderne sonorisée et en couleur…

« Ce que la France veut »

Lui-même algérois, l’historien nous apprend qu’il a vécu le putsch sur place, alors qu’il était élève en hypokhâgne au lycée Bugeaud. À ses yeux, il s’agit d’un « conflit franco-français, qui se greffe sur un conflit de décolonisation long, intense, sanglant ». À l’époque, écrit-il, « je savais bien que le slogan “Algérie française” était voué à l’échec et que le stade de l’intégration était dépassé ; mais comment le dire publiquement tant la pression était forte ? » Dans son entourage, l’attachement à l’Algérie est intense, pas homogène : « Dans notre milieu urbain de commerçants, médecins, fonctionnaires, les discussions étaient animées ; je me souviens des déjeuners familiaux où les mêmes arguments étaient répétés de semaine en semaine, les événements commentés, les décisions de Paris décortiquées et les perspectives toujours plus sombres ; on évoquait « l’exode » comme une éventualité, aussitôt rejetée comme impensable ». Mais de Gaulle, lui, n’est pas de cet avis : « On ne fait pas la paix en Algérie pour les Français d’Algérie. S’ils ne font pas ce que la France veut, ils ne sont pas des Français. Au surplus, on leur offre la possibilité de rentrer. »

Interruption des opérations offensives

L’une des nouveautés de cet ouvrage concerne certains des généraux opposés au putsch, qui n’en contestaient pas moins la politique du président de la République. Notamment cette fameuse « interruption des opérations offensives », qui est censée permettre l’ouverture des négociations avec le FLN, mais qui consiste aux yeux de nombre d’officiers à « donner la victoire aux vaincus ». Pour autant, ils ne basculeront pas dans la rébellion, à l’instar du général Jean Crépin, compagnon de la Libération. Ce dernier commandait en Algérie avant de prendre la tête des Forces françaises en Allemagne (FFA) et de garantir au pouvoir, qui rappelle des troupes pour protéger Paris, qu’elles sont « disciplinées et obéissent aux ordres du gouvernement. » Même attitude chez le général Adolphe Vézinet, lui aussi compagnon de la Libération, commandant du corps d’armée d’Alger qui restera fidèle au gouvernement et au président de la République, malgré un désaccord profond sur la gestion politique de la guerre d’Algérie.

L’engagement des colonels

Mal préparé par des généraux convaincus d’avoir été trahis, rejeté par le contingent informé par les radios nationales sur leurs transistors, le putsch a aussi été le fruit de l’engagement de colonels revenus d’Indochine, « baroudeurs et dynamiques, croisés contre le communisme, militants de l’action psychologique, exaltés du nationalisme. » Ils ont pour nom Antoine Argoud, Yves Godard, Jean Gardes, Charles Lacheroy, Joseph Broizat. Ils trouveront des appuis puissants auprès de plusieurs chefs de corps, acquis dès la fin mars au projet séditieux : Herbert Puga (27e Dragons), Charles-Gilbert de La Chapelle (1er REC – régiment étranger de cavalerie), Charles de Coatgoureden (2e REC), Georges Masselot (18e régiment de chasseurs parachutistes – RCP), Pierre Lecomte (14e RCP). Le commandant Hélie Denoix de Saint Marc, commandant par intérim le 1er régiment étranger de parachutistes, ralliera plus tardivement le mouvement, mais son unité sera l’un des fers de lance de la manœuvre.

Reprise en mains

De cette affaire aujourd’hui oubliée – sauf dans quelques milieux politiques où l’on s’amuse parfois à douter de la loyauté des armées à la République – on a conservé le souvenir des propos de Charles de Gaulle dans un discours mémorable prononcé à la radio et à la télévision le dimanche 23 avril, à 20 heures. Un discours durant lequel il annoncera le recours à l’article 16 de la nouvelle Constitution, non sans crucifier le « pronunciamento » : « Il a une apparence, un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques. » Le chef de l’État a déjà remporté la bataille quand il lance : « Voici l’État bafoué, la nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Et par qui ? Hélas ! Hélas ! Hélas ! Par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être, de servir et d’obéir. » On notera enfin que pas une seule seconde, Maurice Vaïsse ne considère que le putsch aurait pu être suscité en sous-main par le pouvoir gaulliste, quoique prétendent parfois certains auteurs : « Que de Gaulle en ait profité, sans aucun doute. Mais il me paraît douteux que – s’il avait connu ce projet – le ministre des Armées, Pierre Messmer soit parti à ce moment-là pour plusieurs jours à Rabat. On laissera le mot de la fin à de Gaulle : « Ce qui est grave en cette affaire, Messieurs, c’est qu’elle n’est pas sérieuse. »

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