Le serpent de mer de la mairie de Paris.

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Une Arlésienne ? Un souvenir de nostalgiques du vieux Paname ? Ou les retrouvailles d’une ville avec sa rivière oubliée et la panacée au réchauffement climatique et aux canicules à répétition ?

Photo de la Bièvre dans le XIIIe tirée de la collection de Thierry Depeyrot, un habitant du quartier également féru d’histoire.

Anne Hidalgo et ses équipes ont (re) mis en route un drôle de chantier. Un comité de pilotage, constitué d’urbanistes de l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme de la ville de Paris), d’élus, dont Dan Lert, l’adjoint en charge de la transition écologique, du Plan climat, les maires du Ve et du XIIIe, Florence Berthout (DVD) et Jérôme Coumet (DVG), l’écologiste David Belliard (EELV), les représentants de la Métropole du Grand Paris et de l’Agence de l’Eau Seine Normandie se sont retrouvés autour d’une table il y a quelques jours.

Un projet qui prendrait « plus de dix ans »

À l’automne prochain, ce comité – pour lequel le Conseil de Paris a débloqué 300 000 € – devrait rendre ses conclusions. Et répondre à la question : la Bièvre, qui serpentait dans Paris jusqu’en 1935, peut-elle techniquement resurgir ? Sur quel tracé ? Et à quel coût ? « Pour l’instant, on regarde la faisabilité », recadre prudent Dan Lert. Et prévient : « C’est un projet qui, si on peut le mener jusqu’au bout, devrait prendre plus de dix ans. »

Aujourd’hui, de cette Bièvre historique, il ne reste rien dans Paris. Tout a été recouvert. Et elle ne coule pratiquement plus à part au parc Kellermann (XIIIe) à un ou deux mètres de profondeur. À l’origine, cette rivière, longue de 36 km dont cinq à Paris, prenait sa source à Guyancourt (Yvelines), courait sous terre et en surface entre quatre départements et arrivait du Val-de-Marne à Paris, rive gauche, sur les Ve et XIIIe arrondissements.

Ces derniers mois, le Val-de- Marne qui a, depuis plusieurs années, relevé le défi de faire resurgir sa rivière sur plusieurs tronçons (Fresnes, Cachan L’Haÿ-les-Roses) a lancé son dernier chantier entre Arcueil et Gentilly. La livraison ? Fin 2021, début 2022. Budget ? Dix millions d’euros pour 600 m de rivière.

Sur l’ancien tracé, rues Brillat-Savarin, Croulebarde, square René-Le Gall (XIIIe), le sujet n’inspirait pas beaucoup… « Je ne savais même pas qu’il y avait eu une rivière », s’étonne cette riveraine, ici depuis dix ans. Henri, septuagénaire, un brin désabusé, désigne des médaillons de fonte apposés au sol par la mairie il y a plus de dix ans. On y lit « Ancien lit de la Bièvre, bras unique/bras mort/bras vif ». « Il y a eu des réunions publiques sur le sujet, se souvient Henri, il y a plus de dix ans. C’est une bonne idée mais ça fait si longtemps qu’on en parle… »

« La Bièvre donnait un autre visage du XIIIe, avec ses rives grouillantes, artisanales », raconte Thierry Depeyrot. Cet habitant du XIIIe, ancien informaticien, féru d’histoire et qui a publié un livre à compte d’auteur « De Guyancourt à Paris » souligne « les bouchers qui s’y étaient installés au Moyen-âge. Au XIXe et début XXe, dans une ère plus industrielle, il y a eu les tanneries, les teintureries ( NDLR : dont l’ancienne teinturerie des Gobelins, devenue manufacture royale), les moulins et les meuniers, les blanchisseuses… »

L’opposition dénonce un « projet irréalisable »

 Ce petit monde des faubourgs était très olfactif ! Les Parisiens avaient surnommé la rue Croulebarbe, Croule-Peste ! L’écrivain Huysmans enfonçait le clou au XIXe siècle : « La Bièvre n’est qu’un fumier qui bouge ! » « Tout ce projet de Bièvre est très joli, tacle Florence Berthout, maire (DVD) du Ve, c’est un bout de notre histoire mais c’est partiellement irréalisable. On va faire comment ? Trouer les rues ? » L’élue pointe également les « coûts pharaoniques ».

« Est-ce judicieux par rapport au risque de crues à Paris ? s’interroge de son côté Thierry Depeyrot. Il y a eu dans le passé des inondations monstrueuses de la Bièvre.»

Côté mairie, Dan Lert veut croire que la Bièvre pourrait in fine couler au parc Kellermann, « sur 400 m à ciel ouvert », au square René-Le Gall et au Jardin des plantes. Rien que la portion Kellermann, où des canalisations existent déjà, on est sur un budget de 14 millions d’euros, prévient l’élu mais un cofinancement à hauteur de 50 % avec la Métropole du Grand Paris est possible.»

Jérôme Coumet est plus nuancé : « il faudra arbitrer entre le coût de ce projet et ce que ça peut apporter vraiment aux habitants. » Le maire du XIIIe arrondissement penche pour un compromis « un mix entre percée, ou techniquement c’est faisable, et évocation, où cela ne l’est pas ».

Enfant, Jérôme Coumet habitait rue Brillat-Savarin (XIIIe). « Je me souviens de mon père qui me parlait de cette rivière disparue. La Bièvre, pour moi, c’est un peu un rêve d’enfant. »

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