À Polytechnique, un concours d’élite presque ordinaire…

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Lors des épreuves communes à trois prestigieuses grandes écoles, le Covid-19 était le cadet des soucis des candidats.

Des candidats ont composé, jeudi, dans l’un des gymnases de l’École polytechnique.

« Il vous reste cinq minutes. N’oubliez pas de numéroter vos copies », indique au micro la voix d’un surveillant en uniforme militaire. Les 350 candidats qui composent, ce jeudi 15 avril, dans l’un des trois gymnases de l’École polytechnique, procèdent calmement aux derniers ajustements. Sur leurs tables numérotées, séparées d’un mètre cinquante « nez à nez », des stylos, des compas, du chocolat, des bouteilles d’eau et de jus de fruits. Cela fait près de six heures qu’ils planchent sur une épreuve de mathématiques. Derrière leurs masques. « Posez vos stylos », reprend la voix. Protocole sanitaire oblige, c’est progressivement, par rangées, que ces candidats au concours commun à l’X, aux écoles normales supérieures (ENS) et à l’École de physique et de chimie de Paris (ESPCI), se dirigent progressivement vers la sortie. Le marathon des épreuves d’accès aux écoles d’ingénieur a commencé le lundi 12 avril, avec ce premier concours, qui permet d’intégrer les plus prestigieuses.

Comme chaque année, quelque 4 500 candidats venus des classes préparatoires scientifiques les plus réputées ont passé, du lundi au vendredi, des épreuves de maths, physique, chimie, informatique, français et langues étrangères. Sur le campus de l’X, mais aussi à la porte de Versailles et dans des centres d’examens de province. À l’arrivée, 430 seront retenus à Polytechnique (parmi eux, 15 % de filles seulement), une centaine dans les ENS.

Pas de rattrapage.

Rien de bien nouveau pour l’élite de l’élite, si ce n’est le protocole sanitaire drastique mis en place cette année. Le prix à payer pour que se tiennent ces épreuves organisées simultanément en France, dans 30 centres, mais aussi outre-mer et au Maroc. « Le charme des écrits. Il ne faut pas qu’il y ait un problème quelque part, résume Michel Gonin, directeur du concours à l’X. C’est « oneshot » ». Pas de session de rattrapage prévue, même par temps de Covid.

« On vient des meilleures prépas. Ça fait deux ans qu’on bosse. Si on était cas contact, évidemment qu’on ne le dirait pas. De toute façon, avec les révisions, on n’est pas vraiment sortis », explique Sébastien, qui vient de sortir du gymnase. « Les masques, le gel, la distanciation, c’est pas le truc le plus pénible. On a fait ça toute l’année. En prépa, les cours ont continué comme si de rien n’était ». « Ce qui est étrange, c’est plutôt quand on retire le masque », sourit Lisa, qui arbore un pull aux couleurs du lycée Louis-le-Grand.

Pour ces jeunes gens qui se pressent vers le restaurant universitaire, en quête d’un repas à emporter, « le plus pénible », c’est bien cette épreuve de mathématiques de six heures qu’ils viennent de vivre. L’épreuve la plus longue de la semaine, spécifique à l’École normale de la rue d’Ulm, ce temple de la recherche mathématique, qui propose 38 places. « C’est tout sauf le cours. Les énoncés, très longs, partent très loin », explique Sébastien. Sur la vingtaine de questions, les candidats avouent « ne pas en avoir fait la moitié ». « Pour élaborer cette épreuve, ils la font passer au champion de l’ENS. S’il arrive au bout, ils rajoutent des questions », sourit Lisa, qui a composé « sans aucun stress car elle est inaccessible. » Elle s’imaginerait pourtant bien à Normale, « être prof, faire de la recherche », contrairement à Sébastien : «Polytechnique ouvre plus de portes», estime le jeune homme qui compte dans sa famille quatre personnes passées par l’X.

La crise du Covid n’a pas vraiment bouleversé l’organisation du concours sur ce campus un peu vide où quelques élèves polytechniciens, soumis comme partout aux cours en distanciel, flânent ou font du sport. Les gymnases disponibles et les grands espaces du plateau de Saclay se prêtent à la situation. L’idée de faire passer des tests Covid aux candidats, avant qu’ils n’entrent sur le campus, a vite été écartée. « Oui, il y a une zone grise, mais nous ne sommes pas des gendarmes. Et qu’aurions-nous fait en cas de tests positifs ? Nous n’avons pas d’autorité là-dessus », explique le directeur du concours. « Ces élèves travaillent d’arrache-pied depuis deux, voire trois ans », ajoute-t-il. Parmi les candidats inscrits au concours, 15 % ne se sont finalement pas présentés. Comme chaque année.

« Il est fondamental de maintenir ce concours, y compris les oraux, qui vont commencer à la mi-avril », martèle Michel Gonin. En 2020, alors que l’épidémie de Covid avait pris tout le monde de court, l’X et les ENS avaient été les seules grandes écoles à maintenir ces oraux. « 30 % des candidats intègrent Polytechnique grâce à eux », explique ce physicien qui pilote le concours depuis dix ans. Dix années au cours desquelles « la philosophie n’a pas changé » : « Des sujets sophistiqués, ouverts sur la recherche qui vont au-delà du programme de prépa, notamment en physique ». À 14 h 30, le ballet des voitures sur le parking de l’X reprend, comme à 6 h 30 du matin. Les parents viennent récupérer leurs enfants, qui plancheront à nouveau le lendemain.

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