La rééducation…

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Dans son livre Le Courage de la nuance, Jean Birnbaum a raison de célébrer « l’héroïsme de la mesure ». Cela en est un à l’heure du « brouhaha des évidences », du slogan contre slogan. Le dialogue défendu par le journaliste du Monde suppose de « faire droit au point de vue d’autrui, admettre qu’il peut avoir raison, ne pas hésiter, non plus, à lui signifier vertement un désaccord ». À l’inverse de la « mentalité de guerre civile » régnant aujourd’hui sur les questions de genre, de races et de passé colonial. 

Birnbaum met ses pas dans ceux de héros de la nuance. Ainsi l’enseignement de Raymond Aron reste d’actualité : « mentionner les faits avec loyauté », ne rien concéder à l’hypocrisie, se montrer « sans pitié pour les croyances faciles », ménager sa place au doute. Le « génie de l’amitié » d’Hannah Arendt doit aussi nous guider : « C’est seulement parce que je peux parler avec les autres que je peux également parler avec moi-même », disait-elle. La « franchise hardie » de Bernanos est nécessaire. 

Muselière. 

Mais ces qualités seront-elles suffisantes pour riposter aux nouveaux fanatiques, qui recherchent non pas des « contradicteurs loyaux » mais un grand ennemi à abattre : ils veulent faire taire les uns et les autres en fonction de leur couleur de peau. Ils n’ont aucun sens de l’humour, aucun fair-play. Et lorsque vous avez l’audace de démonter leurs arguments, ils dégainent la formule clé, à la puissance d’intimidation imparable : « faire le jeu de ». Critiquer Audrey Pulvar, les indigénistes et les racialistes, ce serait « faire le jeu » de la droite et de l’extrême droite.

Audrey Pulvar.

Camus décrit bien cette muselière idéologique : « […] à côté des gens qui ne parlaient pas parce qu’ils le jugeaient inutile s’étalait et s’étale toujours une immense conspiration du silence, acceptée par ceux qui tremblent et qui se donnent de bonnes raisons pour se cacher à eux-mêmes ce tremblement, et suscitée par ceux qui ont intérêt à le faire »

Les nouveaux croisés n’ont aucune envie de discuter. Ils considèrent l’autre comme un individu à rééduquer, dont il faut modifier le langage, la pensée. Ces commissaires politiques voient le monde comme un camp de redressement à ciel ouvert. Les héros de la mesure célébrés par Birnbaum ont lutté contre cette assignation à résidence, cette domestication de l’esprit libre et cette essentialisation de tous. Ce combat les a isolés. Nous devons repeupler d’urgence ce royaume des hommes et femmes de bonne volonté. Leur héritage doit plus que jamais nous inspirer pour affronter ces temps obscurs. Et faire face aux éradicateurs.

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