L’or noir à la hausse…

Cargo échoué : le trafic du Canal de Suez coupé pour plusieurs semaines ?

Vu du ciel…

BOUCHON.

Le porte-conteneurs géant qui s’est échoué en heurtant une rive du Canal du Suez pourrait finalement être plus difficile à dégager que prévu. Son poids titanesque rend la manœuvre incertaine. Des centaines de navires attendent pour passer.

L’incident n’a fait aucun blessé et presque aucun dégât. Mais il fait tousser l’ensemble du commerce mondial. L’Ever-Given, porte-conteneurs géant, bloque depuis plus de 24h le canal de Suez après avoir heurté une rive et s’être ensablé. Le monstre de métal paralyse le trafic d’une des principales artères commerciales du monde. Il a fait bondir le cours du pétrole brut de 5% mercredi. Et pour ne rien arranger, les tentatives de renflouage pourraient être plus longues que prévu.

Le cargo a un propriétaire japonais (Shoei Kisen Kaisha), un armateur taïwanais (Evergreen Marine Corp) et arbore un drapeau panaméen. D’une longueur de 400 mètres pour un peu moins de 60 de large, il pèse 220.000 tonnes, transportant plus de 20.000 conteneurs entre l’Asie et l’Europe. Livré en 2018, il appartient à la génération dite « post-panamax« , c’est à dire dont les dimensions ne leur permettraient pas d’emprunter le Canal de Panama, trop étroit pour ces nouveaux géants des mers. 

Seuls de grands vraquiers dépassent les dimensions du Canal de Suez, qu’on appelle alors « Cape Size » : pour eux, la navigation passe soit par le Cap de Bonne Espérance pour contourner l’Afrique, soit par le Cap Horn pour l’Amérique du Sud. L’Ever-Given est proche des dimensions maximales utilisées par les constructeurs, mais loin d’être le seul de ce gabarit à passer régulièrement le Canal de Suez.

Déjà un incident en 2019

En février 2019, le même porte-conteneurs avait fait parler de lui à la sortie du port de Hambourg, où il avait endommagé un ferry amarré sur l’Elbe, en ne faisant pourtant que l’effleurer. Des vents forts, là aussi, pourraient avoir eu un rôle, la navigation sur l’Elbe ayant été interdite pour cette raison, peu après cet accrochage.

Après une escale de deux jours dans le port de Suez, l’Ever-Given est entré mardi soir à pleine charge, par l’entrée sud du  Canal, pour s’échouer après seulement une dizaine de kilomètres, selon le communiqué de l’armateur, vraisemblablement poussé contre la rive par les effets d’une tempête de sable. Aucun des vingt-cinq membres de l’équipage n’a été blessé, et le bâtiment lui-même ne semble pas endommagé.

Mais cet accident à première vue anecdotique a des conséquences planétaires. Car en étendant ses 400 mètres de long au travers du Canal, l’Ever-Given empêche désormais tout passage dans une des voies maritimes les plus empruntées au monde. 

Le Canal de Suez a connu dans le passé des problèmes d’engorgement, dus principalement aux problèmes de la circulation alternée entre les convois faisant route vers le sud et ceux remontant vers le nord. L’ouverture en 2015 d’un second canal, long de 72 kilomètres (sur les 162 que comporte l’ouvrage), a permis de ramener le temps d’attente maximal de 11 heures à 3 seulement. Manque de chance, la portion où l’Ever-Given s’est échoué, ne comporte qu’une voie, ne permettant aucun contournement. Les quinze bâtiments qui le suivaient en direction du nord ont dû faire demi-tour pour attendre dans des lacs plus au sud, tandis qu’une centaine d’autres sont agglutinés aux entrées du Canal.

Si des accidents ont parfois coupé la circulation sur le Canal de Suez, depuis sa réouverture en 1975 après l’interruption dûe à la guerre des Six Jours, ils n’ont jamais atteint l’ampleur de la situation actuelle. Le dernier en date, un accrochage entre deux porte-conteneurs en 2014, n’avait stoppé le trafic que pendant trois heures.

Autorité du Canal de Suez.

Une flottille de huit remorqueurs a très vite convergé autour du géant échoué, dépêchée par les autorités du Canal de Suez, mais l’opération de renflouage n’avait pas encore abouti jeudi matin. En cause : le poids et la hauteur du navire. La cathédrale de conteneurs qu’il transporte en direction de Rotterdam fragilise son équilibre. Si des bulldozers s’activent à dégager la proue du navire, ensablée sur la rive, leurs efforts semblent pour l’instant dérisoires, tant la masse du porte-conteneurs impressionne. 

20.000 conteneurs à décharger en plein désert ?

Une baleine très lourde échouée sur la plage- Peter Berdowski, PDG de Boskalis

C’est le premier diagnostic du patron de la société de dragage Boskalis, mandatée pour intervenir, qui inquiète. En effet, selon les déclarations que Peter Berdowski a faites à la télévision néerlandaise, le navire se présente un peu comme « une baleine très lourde échouée sur la plage ». Le tirer en arrière ne sera pas forcément possible, à cause des niveaux de profondeur du Canal, très inégaux entre le centre et les bords, et de la masse gigantesque qui repose désormais sur les bancs de sable. Ce qu’il faut parvenir à faire par tous les moyens, c’est alléger le cargo, à commencer par l’eau et le carburant qu’il transporte. 

Mais si cela s’avérait insuffisant, il pourrait être nécessaire de décharger des milliers de conteneurs : une tâche considérable, « qui pourrait prendre des jours, voire des semaines ».  Il rappelle qu’une telle opération, ainsi que le déplacement du matériel idoine, représentent une logistique considérable : « Pensez également au transport sur place de tout l’équipement dont nous aurons besoin, et ce n’est pas au bout de la rue. »

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