Comme quoi…

François Bayrou s’engage pour le nucléaire.

Dans une note publiée le 24 mars, le haut-commissaire au Plan exhorte Emmanuel Macron à sortir de l’ambiguïté sur l’avenir énergétique de la France.

François Bayrou le 22 septembre 2020 devant le Conseil économique, social et environnemental. 

François Bayrou avait prévenu : il ne s’interdirait aucun sujet, y compris les plus polémiques, et n’hésiterait pas à lancer quelques pavés dans la mare tranquille de la majorité. Le pari est tenu avec sa troisième note, publiée ce mercredi, consacrée à l’avenir énergétique du pays : la France, tranche-t-il, ne pourra en aucune façon se passer du nucléaire si son objectif reste de lutter contre le réchauffement climatique. Et il est urgent, s’alarme-t-il, de le dire aux Français, trompés par des débats publics occultant systématiquement les « contraintes naturelles, physiques, scientifiques, budgétaires » considérables nécessaires pour atteindre les objectifs promis. « Le débat sur l’énergie tel qu’il se développe est un lieu de non-dits ou d’a priori, jamais dévoilés, dont la persistance empêche la tenue d’une discussion publique, sincère et efficace », dénonce le haut-commissaire au Plan, qui s’attache, en une trentaine de pages synthétiques, à établir les faits nécessaires au débat.

Les objectifs contradictoires du gouvernement

Des faits, précisément, que le gouvernement a lui aussi occultés, construisant sa politique énergétique sur un « en même temps » irréalisable, que François Bayrou pose d’emblée. L’électricité ne représente aujourd’hui que 25 % de la consommation d’énergie française, notre économie restant très dépendante des énergies fossiles. Pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, elle devra massivement électrifier son parc automobile, ses usines, le chauffage des logements… « Tous les scénarios s’accordent sur une augmentation massive de la part d’électricité dans le mix énergétique », écrit le haut-commissaire au Plan, cette part devant atteindre au moins 50 %. En conséquence, la consommation d’électricité ne va pas diminuer dans les prochaines décennies, même si des efforts de sobriété sont indispensables, mais au contraire considérablement augmenter : « Elle devrait atteindre 630 TWh à l’horizon 2050 (contre 473 TWh en 2019, NDLR), soit une augmentation de quelque 40 à 45 %. »

Cet objectif d’électrification, dicté par l’urgence climatique, entre pourtant en conflit direct avec un autre objectif, lui aussi porté par le gouvernement dans sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Alors que l’électricité française est déjà à 93 % bas carbone, principalement grâce au nucléaire qui fournit près de 72 % de l’électricité, le gouvernement entend réduire la part de l’atome dans le mix électrique à 50 % d’ici à 2050. Outre les deux réacteurs de Fessenheim stoppés il y a un an, douze autres réacteurs seront fermés d’ici à 2035. « Cela signifie une amputation d’ici 2035 de notre capacité de production électronucléaire de l’ordre de 30 % et une augmentation probable de la part d’électricité d’origine fossile au-delà des 8 % actuels », analyse François Bayrou. Qui conclut : « Augmentation massive de la consommation d’un côté, diminution massive de nos capacités de production de l’autre, le simple rapprochement de ces deux orientations montre qu’il existe un gouffre entre l’évolution annoncée de notre consommation électrique et celle de notre production. Il est inéluctable que nous allons droit à des difficultés considérables et même à une impasse, nous empêchant techniquement de remplir en même temps les objectifs que nous prétendons solennellement avoir fixés. » Et en 2021, nous serions dangereusement près du mur, déjà engagés dans l’impasse.

Au-delà de 2028, rien n’a été pensé

Car François Bayrou, depuis qu’il s’est saisi du sujet en octobre, a fait une découverte qui l’a « affolé », ainsi qu’il le confiait au Point au mois de janvier : au-delà des objectifs solennellement affirmés, rien n’a été pensé pour garantir l’avenir énergétique de la France au-delà de 2028, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ne fixant la trajectoire à suivre que jusqu’à cette échéance. Aucune commande de nouveaux réacteurs nucléaires, aucun schéma de réseau, aucune étude de coûts (« plusieurs centaines de milliards » seront nécessaires pour développer massivement la part du solaire et de l’éolien, estime François Bayrou) n’ont été entrepris. Et si « un certain nombre d’études », examinant sous l’angle purement théorique des scénarios limites, laissent croire « qu’un scénario se passant de nucléaire est réalisable », il ne l’est en réalité qu’à condition que plusieurs impasses techniques soient surmontées. Hypothèse, souligne François Bayrou, « que tous les spécialistes analysent comme hautement improbable ».

Alors, le haut-commissaire s’agace. Le débat est biaisé. Or le temps presse : d’ici 2040, des dizaines de réacteurs nucléaires mis en service de manière simultanée dans les années 1980 arriveront au même moment en fin de vie. Et un possible « effet falaise » menace sérieusement la France de black-out. Emmanuel Macron, s’il a récemment affirmé son soutien au nucléaire, n’a pris aucune initiative, renvoyant la définition de sa stratégie après la prochaine élection présidentielle. Une « ambiguïté », un « flou » qui mettent la sécurité d’approvisionnement du pays en péril, car compte tenu des cycles d’investissement et de construction, estime le haut-commissaire au Plan, « il devient urgent de planifier des investissements nouveaux dans notre réseau de centrales nucléaires ».

Les scénarios excluant la construction de nouveaux réacteurs nécessitent, par rapport à fin 2020, une multiplication par 9 à 18 de la capacité solaire installée, par 3 à 5 de l’éolien terrestre, et l’entrée en fonctionnement de 40 à 68 GW d’éolien en mer (0 GW à ce jour, 3 GW prévus d’ici à 2023).

Des bouleversements sociétaux « considérables » occultés

Le débat occupera une place centrale dans l’année qui précède l’élection présidentielle. Certains membres d’EELV, ainsi que Jean-Luc Mélenchon, ont fait de la sortie totale du nucléaire à échéance courte un marqueur de leurs programmes respectifs. Mais le débat, en occultant les faits fondamentaux, manque de « sincérité », s’alarme François Bayrou, tant sont importants les bouleversements sociétaux qu’implique le choix d’une réduction du nucléaire dans notre mix électrique. « Quelle que soit la part d’électricité d’origine nucléaire choisie, celle des énergies renouvelables et notamment celles non pilotables (éolien et solaire) va augmenter. Or, si elles peuvent contribuer au passage des pointes de consommation lorsque les conditions météorologiques le permettent, les énergies renouvelables éoliennes et photovoltaïques ne peuvent pas garantir la sécurité d’approvisionnement, puisqu’elles ne sont pas ajustables en fonction de la demande », rappelle François Bayrou.

« Cela signifie que désormais, la consommation va devoir s’ajuster à la production. Il s’agit d’un changement majeur de paradigme », dont les Français, qui devront trancher le débat par leur vote, n’ont aucunement conscience, estime-t-il. « Cela signifie qu’il faudra faire fonctionner certains appareils électriques (machine à laver, lave-vaisselle, par exemple), ou recharger son véhicule électrique sur des plages horaires correspondant aux besoins du système, qui ne sont pas forcément celles que choisissent spontanément les consommateurs », insiste l’auteur de la note, qui déplore le peu de cas accordé à ces conséquences « sociales, sociétales et politiques considérables ». Il reste tout juste un an à l’exécutif pour relever le défi.

Comme quoi il ne faut jamais désespérer !!!

F.Bayrou commence à comprendre … ou juste mettre un caillou dans la chaussure du président…

A moins comme le bon vin…Tout le monde peut encore rêver.

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