La tendance dans notre société à « dégenrer » les enfants…

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La confusion du genre : le #metoo de demain ? »

Lilie, anciennement Baptiste.

On confond tout. Certes il y aura toujours des progrès à faire en matière d’éducation et il n’est pas inutile de s’interroger sur certaines traditions et sur certains modèles de transmission. Ce n’est sans doute pas la meilleure façon de faire de son fils un homme, pour ne citer que cet exemple, que de lui apprendre à ne jamais montrer ses émotions ou à ne pas s’excuser au prétexte que ce serait faire preuve de faiblesse.

Pour autant, croire que mettre des robes à nos fils, leur faire porter du rose, « dégenrer » les jouets et s’assurer que nos filles jouent autant aux petites voitures qu’à la poupée va régler les problèmes est un leurre. Si c’est un souhait de la part de l’enfant, il n’y a pas de mal à le laisser faire, bien au contraire, l’enfance doit rester la période du jeu et de l’insouciance. Mais encourager sans cesse un équilibre supposé, y veiller comme si en dépendait l’avenir de leur tolérance et de leurs bonnes intentions peut se révéler contre-productif. C’est mettre en danger l’enfance que de la polluer par des considérations et des questionnements trop précoces.

« S’il est vrai que l’attirance des garçons pour le football et celle des filles pour le rose sont des constructions sociales, en quoi devrait-on accorder une importance démesurée ? »

Là où la confusion atteint son paroxysme, c’est lorsque le moindre signal est considéré comme l’affirmation d’un genre différent. Ceux qui nous expliquent sans cesse qu’il faut arrêter de faire porter du rose aux petites filles et de différencier les enfants en raison de leur sexe n’ont aucun mal à prétendre qu’il faut encourager tel garçon à se « dégenrer » parce qu’il lui arrive de porter des robes ou de jouer à la poupée. Il y a là une contradiction difficile à expliquer. Le « féminin » et le « masculin » n’existeraient pas en tant que tels mais ces catégories sans cesse contestées pourraient quand même justifier un changement de « genre » ?

En outre, s’il est vrai que l’attirance des garçons pour le football et celle des filles pour le rose sont des constructions sociales, en quoi devrait-on s’étonner et accorder une importance démesurée à de tels penchants ? Il peut y avoir mille autres raisons à cela qu’un « trouble du genre  » : l’influence des aînés dans la fratrie, le plaisir du travestissement ou celui d’inventer des histoires, entre autres.

La confusion vient aussi de notre conception très péjorative de ce qui n’est pas totalement naturel, à tout le moins dans ce domaine. On reproche au « genre » d’être une construction sociale. C’est évidemment le cas pour une part, mais est-ce que tout ce qui est construit doit nécessairement être totalement déconstruit ? Pour rebâtir quoi ensuite ? N’est-il pas au contraire souhaitable qu’on soutienne un peu artificiellement ce que la nature a fait de nous ? Le regard des parents participe de cette affirmation en partie arbitraire de notre identité ; ce regard qui nous dit qui nous sommes n’en est pas moins essentiel. Chercher à poser un regard « non genré » sur ses enfants, comme certains nous y encouragent, c’est insinuer le doute identitaire dans leur esprit dès le plus jeune âge au risque que ces préoccupations d’adultes aient sur eux des effets délétères.

Lilie, enfant trans de 8 ans, avec Chrystelle et Guillaume Vincent, ses parents.

« Seraient-ils trop petits pour décider de ce qu’ils peuvent faire avec leurs organes génitaux mais suffisamment mûrs pour en changer à leur guise ? »

Si les gens ont autant envie qu’on les reconnaisse tels qu’ils se définissent, c’est bien que la question de l’identité a du sens, d’autant plus pour un enfant qui se construit en grande partie à travers le regard des autres, celui de ses parents en premier. C’est parce que les autres nous considèrent comme un garçon ou une fille que l’on se vit comme tels. On ne peut nier que certains se posent des questions, que d’autres soient même mal à l’aise dans le « genre » correspondant à leur sexe. Mais faut-il pour autant encourager ce questionnement dès le plus jeune âge ? Quel enfant ne s’est jamais senti différent des autres ?

Le fait que 22 % des 18-30 ans se sentent « non-binaires » est-il seulement l’effet d’une plus grande liberté d’affirmer son « genre » ou est-ce en partie un effet de mode ? Là encore, rien de grave si on prend cette tendance pour ce qu’elle est. Mais acter dès l’âge de sept ou huit ans, comme le font certains, que son fils est en réalité une fille sous les applaudissements des progressistes et face aux caméras des chaînes de télé, ne sera pas sans drame.

À l’heure où l’on mesure toutes les conséquences d’avoir accordé aux enfants une majorité sexuelle fantasmée, va-t-on valider leurs élans « gender fluid » ? Seraient-ils trop petits pour décider de ce qu’ils peuvent faire avec leurs organes génitaux mais suffisamment mûrs pour en changer à leur guise ?

Dernier modèle…

« Nous vivons une époque où des gens se croyant « éveillés » sont convaincus qu’ôter la moustache de Monsieur Patate va rendre la société plus inclusive. »

Il est peut-être temps de s’interroger réellement sur cette tendance de notre société plutôt que de continuer à penser naïvement qu’habiller un garçon en rose ou inciter une fille à jouer aux petites voitures va changer profondément les choses pour le meilleur. Nous vivons une époque où des gens se croyant « éveillés » sont convaincus qu’ôter la moustache de Monsieur Patate va rendre la société plus inclusive et aider à combattre les stéréotypes de genre. Une époque où toutes ces merveilleuses idées sans cesse validées par le marché passent pour subversives. Il est urgent de trier ce qu’il serait bon de garder de ces évolutions de ce qu’il serait préférable de rejeter. De distinguer le bon grain de l’ivresse du siècle.

Bien que la meilleure éducation réside dans l’exemple qu’on incarne au quotidien, dans l’attitude qu’on adopte avec son conjoint, avec ses enfants, il y a parmi les propositions des idées à retenir : discuter avec ses enfants, quand on sent qu’ils ont la maturité nécessaire pour le comprendre, de certains sujets pour prévenir les attouchements subis ou les agressions perpétrées, en fait partie. Il y a sans doute aussi des vieux réflexes à changer, des stéréotypes à remettre en question, des choses à réinventer.

Mais par pitié, ne confondons pas tout, ne jetons pas le bébé des décennies précédentes avec l’eau stagnante de nos excès réels et de nos erreurs passées. Ne créons pas de nouvelles victimes générationnelles qui se demanderont légitimement comment nous avons pu laisser passer ça. Plutôt que d’expier sans arrêt nos fautes du passé pour nous donner bonne conscience, combattons les tares du présent.

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