La grande pourvoyeuse de contrevérités…

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L’écologie contemporaine est une grande pourvoyeuse de contrevérités où l’ignorance du plus grand nombre rencontre les visées idéologiques de quelques-uns. Par chance, la raison, l’honnêteté (et l’humour) en viennent assez facilement à bout, rappelle Jean de Kervasdoué.

De KERVASDOUE Jean – 20 01 2021

Si vous vous sentez vaguement coupable de ne pas croire aux prédictions apocalyptiques qui constituent le moteur essentiel de l’écologie politique, le livre de Jean de Kervasdoué est pour vous. Si vous êtes fatigué de répéter tout le temps que, “si, si”, la nature vous importe, mais pas celle invoquée par les Verts, et qui tient largement du fantasme, lisez sans tarder Les écolos nous mentent ! (Albin Michel). Si vous êtes convaincu que nos sociétés modernes font face à un grand nombre de défs environnementaux, mais que l’homme n’en fait pas partie, ou plus exactement qu’il est plus une solution qu’un problème, vous trouverez dans ces pages, écrites en collaboration avec Henri Voron, toute la matière nécessaire à nourrir vos intuitions et à conforter vos vues.

Chaque chapitre (il y en a une vingtaine) est l’occasion d’une petite mise au point, précise, factuelle, toujours teintée d’ironie. L’auteur semble vouloir rappeler en permanence que l’écologie est une science, et une science plutôt complexe, que les questions d’environnement requièrent non seulement des connaissances pluridisciplinaires, mais aussi beaucoup de temps et un minimum d’honnêteté, toutes choses dont les débats contemporains sont cruellement dépourvus.

Prenons quelques exemples simples. Vous aimez les bains mais n’osez plus en prendre car, consommant un gros volume d’eau, ils ne seraient pas écologiques ? « L’eau ne fait que passer, rappelle l’auteur. Si le Français moyen utilise 50 mètres cubes pour l’eau domestique et environ 100 mètres cubes par an (tous usages confondus), cette eau retournera à la rivière, si bien que le débit de la Seine à Mantes-la-Jolie serait le même si Paris n’existait pas. » L’eau ne manquera pas car elle ne disparaît pas. Elle se transforme, se recycle, se traite. En nous acquittant de notre facture d’eau, ce n’est pas le liquide lui-même que nous payons mais le service qui nous le porte, et potable de surcroît, à domicile. « En France, conclut Jean de Kervasdoué, réduire sa consommation d’eau est bien entendu économiquement justifié mais n’a aucune utilité écologique. »

Les publicités mettent désormais toujours en avant des véhicules électriques, aux moteurs hybrides ou roulant à l’hydrogène. Vous vous agacez du message sous-jacent visant à parer ces voitures de toutes les qualités quand la vôtre, carburant au diesel, constituerait un reliquat polluant du monde d’avant ? « Si des voitures japonaises propulsées par des moteurs à hydrogène liquide circulent dans les rues de Tokyo, note l’auteur, c’est parce que leur combustible a pu être fabriqué grâce à l’énergie des centrales à charbon australiennes ! » L’énergie ne tombe pas du ciel (ni même des éoliennes) et ce qui peut paraître) n’est en réalité bien souvent qu’une “fausse bonne idée”. En l’occurrence, le bilan carbone global des véhicules électriques est mauvais (et même très mauvais, en l’état actuel des processus technologiques, pour l’hydrogène), mais les écologistes se gardent bien de le rappeler tant ils restent obnubilés par l’idée d’en finir avec les énergies (pétrole, charbon, gaz ou nucléaire) ayant porté la croissance de l’Occident. Or celles-ci sont encore essentielles, elles le sont pour longtemps, et nulle “transition” ne verra le jour sans elles et encore moins contre elles. Sauf, bien entendu, une transition vers l’obscurité, la pénurie et la misère.

Quoi d’autre ? Vous n’y connaissez pas grand-chose en incendies, mais vous avez l’impression confuse qu’ils ont préexisté au réchauffement climatique et que leur déclenchement – ou même leur ampleur – peut avoir d’autres causes que la sécheresse ? « En 1974-1975, période où l’on craignait que le globe ne se refroidisse, précise Kervasdoué, 117 millions d’hectares sont partis en fumée en Australie, presque sept fois plus que les incendies récents de2019-2020 et quasiment deux fois la surface totale de la France. » L’importance des incendies dépend évidemment des saisons, des hommes, de la manière dont la forêt est (ou n’est pas) gérée, du maintien de la technique ancestrale de l’écobuage notamment, etc. « La forêt brûle parce que, dans l’immense majorité des cas, des hommes ont allumé des feux ; on doit s’intéresser aux raisons pour lesquelles ils le font et tenter, le cas échéant, d’y porter remède. » Telle serait, en effet, une attitude scientifique, responsable, réaliste. Mais quel écologiste se soucie du réel ?

Australie en feu.

Par petites questions suivies de brefs exposés, l’ouvrage démontre la vacuité intellectuelle des actuels totems écologistes. La biodiversité, par exemple, concept compliqué qui se prête mal à cette “défense” permanente que l’actualité nous inflige, et dont on comprend bien vite qu’elle vise moins à défendre la nature qu’à attaquer l’homme. Le virus responsable de la pandémie ne fait-il pas partie intégrante de cette biodiversité ? En créant des variétés nouvelles, les OGM tant honnis ne l’enrichissent-ils pas ? Lapyrale du buis, qui ravage nos jardins, doit-elle être protégée ou combattue ? Quand la faune sauvage (chevreuils, renards, sangliers) est trop protégée (ou pas suffisamment chassée), elle se transforme en nuisance. Où est la véritable conduite écologiste, en la matière ?

L’exercice de cette pensée rationnelle et compétente se porte aussi sur les abeilles, sur la pêche, la forêt, sur l’agriculture biologique. Vous pensez encore qu’on en fait un peu trop sur les pesticides, les produits de synthèse,la chimie ? Apprenez que « 99, 99 % des pesticides que nous ingérons dans notre alimentation sont produits par les plantes elles-mêmes ». Chaque plante – car la vie dans la nature n’est pas de tout repos – synthétise quelques dizaines de toxines dont certaines sont, à dose élevée, dangereuses pour l’homme. Nous mangeons donc bien “de la merde” pour reprendre le vocabulaire fleuri et si scientifique des écologistes, mais en l’occurrence celle-ci nous est donnée par la nature elle-même. Une étude de Bruce Ames parue en 1990 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences montrait déjà que l’Américain moyen ingérait 1,5 gramme de pesticides naturels par jour, soit environ 10 000 fois plus que les résidus de pesticides de synthèse.

La focalisation sur le synthétique, nouvelle variation d’une technophobie aussi fatigante que vaine, se sert du développement incroyable de nos moyens de détection pour faire peur à des populations ignorantes et crédules. Qui n’est pas tombé par hasard sur l’annonce suivante : “des traces (de ceci ou cela) trouvées dans le sang, les urines, les cheveux” ? Mais aujourd’hui il suffit de chercher une trace de quelque chose pour la trouver ! Bruce Ames et ses collègues rappelaient d’ailleurs malicieusement qu’aux conditions auxquelles certaines substances sont considérées comme cancérigènes, alors « l’abricot, l’ananas, l’aubergine, le basilic, le brocoli, le cacao, le café, la carotte, le champignon » – en vérité à peu près tous les aliments -seraient eux aussi à proscrire. Le chou, champion toutes catégories, produit jusqu’à 49 pesticides !

Le producteur de pesticides…

Comment sommes-nous arrivés à une telle confusion ? Plongés depuis plusieurs décennies dans une abondance alimentaire qui leur a fait oublier les famines du passé, les Occidentaux se sont créé de nouvelles petites peurs dont ils remplissent leurs assiettes ou leurs sacs de courses (en papier), bien aidés en cela par quantité de sociétés commerciales, comme Yuka, « dont l’expertise en santé publique est moins notoire que ses intérêts à vendre de la publicité », ironise Kervasdoué. Notre alimentation est globalement bonne: le reste n’est qu’idéologie et business juteux. « D’un côté on mythifie une nature qui n’a jamais existé, conclut l’auteur, de l’autre les agriculteurs subissent des règles insensées, bâties par des politiciens sophistes, voguant sur une mer(d’opinion) aux courants nombreux et changeants. Les responsables politiques se moquent de la production, de la vérité, des faits. » Comme le notait Spinoza, «il n’y a pas de force intrinsèque de l’idée vraie ». La lumière ne vient pas toute seule, surtout quand trop de personnes ont intérêt à ce que l’obscurité ou le flou demeurent. Il faut donc travailler, répéter, insister. Telle est l’œuvre, profondément utile, à laquelle s’attache le livre de Jean de Kervasdoué et Henri Voron.

Les écolos nous mentent ! , de Jean de Kervasdoué, Albin Michel, 208 pages,18,90 €.

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