PNF : le document qui accuse…

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La bombe dort dans un carton à la chancellerie.

Alors que l’Inspection générale de la justice, saisie le 18 septembre 2020 par le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, devrait rendre cette semaine au Premier ministre ses conclusions sur les dysfonctionnements » au sein du parquet national financier (PNF), un document révèle à lui seul le climat délétère, le parti pris et les fraudes qui ont entouré le traitement d’affaires sensibles.

C’est une lettre adressée par l’un des dirigeants du PNF, le vice-procureur Patrice Amar, à la procureure générale de Paris, Catherine Champrenault, le 17 janvier 2019. Ce courrier (dont Le Point a dévoilé des extraits le 25 février) dénonce au sein du PNF «une dérive déontologique dont certains aspects pourraient recevoir une qualification pénale»; mais le signataire – l’un des trois magistrats visés par l’enquête administrative-y énumère surtout les audaces qu’il semble s’être autorisées avec les règles et la déontologie, dans des proportions inédites.

Le vice-procureur Patrice Amar. La procureure générale Catherine Champrenault.

La lecture de ce message plein d’amertume, long de 16 pages et saisi au PNF par les inspecteurs du ministère, ressemble à une visite furtive dans les coulisses de la justice financière. Le vice-procureur Amar, qui suspecte ouvertement sa supérieure, Eliane Houlette alors à la tête du PNF), de vouloir enterrer des affaires en pratiquant «l’obstruction systématique», explique avoir procédé lui-même à des vérifications discrètes, voire à de véritables investigations hors de tout cadre procédural, dont il tirait des conclusions expéditives.

Ainsi, il reproche à Eliane Houlette d’avoir tardé à ouvrir une information judiciaire lorsque, « le vendredi 14 février 2014 au soir », le juge Serge Tournaire, chargé de l’enquête sur le prétendu financement libyen de Nicolas Sarkozy, avait informé le PNF d’écoutes téléphoniques laissaient entrevoir «la possibilité d’un trafic d’influence » entre l’ancien président, son avocat et un magistrat de la Cour de cassation. « Contre toute attente, Mme Houlette, loin de saisir immédiatement un juge d’instruction, entreprenait de consulter tous les membres du PNF, ajournant sa décision dans une discussion stérile sur la légalité des écoutes », écrit Amar. Et si une instruction a bien été ouverte (ce qui allait devenir « l’affaire des écoutes », ce ne fut qu’après «neuf jours de tergiversations » déplore-t-il – sans préciser qu’à cette date le PNF était à peine créé (il ne sera officiellement inauguré que le 16 mars 2014).

Madame Eliane Houlette alors à la tête du PNF.

Dans l’intervalle, le contenu des conversations interceptées entre Nicolas Sarkozy et son avocat, Thierry Herzog, laissait supposer aux enquêteurs qu’ils avaient été prévenus de leur mise sur écoute. C’est alors que le PNF ouvrait une enquête parallèle pour identifier une « taupe ». La lettre de Patrice Amar montre qu’il soupçonnait Eliane Houlette elle-même d’être à l’origine de la fuite. Sur quelle base? La réponse semble sortie d’une version paranoïde de Sherlock Holmes: en croisant les numéros de téléphone relevés dans le dossier judiciaire avec son propre carnet d’adresses (y compris ses collègues du PNF!), le vice-procureur a constaté que la fille d’Eliane Houlette travaillait auprès d’un avocat d’affaires, Patrick J., dont l’ancien associé, Pierre-François Veil, avait envoyé un SMS le 25 février à Thierry Herzog, juste avant que ce dernier fonce rejoindre Nicolas Sarkozy à Monaco.

Dans son courrier, Amar relate avoir en personne « entrepris de nouvelles recherches sur la facturation détaillée du téléphone de Pierre-Francois Veil » mais n’avoir trouvé qu’un seul « contact direct » entre lui et son ex-associé, « toutefois trop tardif » pour correspondre à la fuite. Qu’importe, il s’accroche à son scénario : « Je ne peux exclure que Patrick J., ayant pu être informé de notre enquête, ait communique verbalement cette information à Pierre-Francois Veil. J’insiste sur le fait qu’il ne s’agit là, bien sûr, que d’une supposition, même si j’ai la conviction qu’elle est hautement probable et la plus vraisemblable. »Visant Mme Houlette, il ajoute: « Je veux d’ailleurs croire que cette hypothèse n’aurait pas d’autre cause que l’incompétence, la panique et l’inexpérience. »

Au total, cette enquête aura duré quatre ans dans le plus grand secret; la surveillance des factures téléphoniques de très nombreux avocats s’est soldée par un échec, aucune preuve n’ayant pu être apportée d’une éventuelle fuite. Pour éviter un classement sans suite, le vice-procureur écrit avoir « reçu l’instruction de la faire repartir en faisant quelques vérifications formelles »; mais de qui émaneraient de telles « instructions »? Mystère. S’il confie que les recherches sont « au point mort », il conclut, contre toute évidence: «Compte tenu des éléments dont j’ai connaissance, le déroulement normal de cette enquête serait de poursuivre les investigations en direction de Pierre-François Veil et surtout de Patrick J.»

Interrogé hier, Patrick J. qualifiait ces soupçons de « délirants et effrayants », et confiait au JDD qu’il « réfléchit à une plainte pour dénonciation calomnieuse » contre le magistrat du PNF,« même si tout cela relève sans doute plus de la médecine que de la justice ».

Monsieur Dupond-Moretti le ministre.

Autre révélation étonnante: focalisé sur Patrick J., le magistrat dit avoir « eu l’idée de passer son numéro de portable dans les facturations détaillées obtenues dans le dossier du financement libyen». Or ces recherches n’ont jamais été versées à la procédure – elles incombaient de toute façon aux seuls juges d’instruction.

Dans la même affaire, Amar raconte aussi qu’en 2017 les juges avaient demandé au PNF d’élargir leur enquête à des faits de « financement illicite de campagne électorale »  après la découverte de fonds en espèces distribués au QG de campagne par Éric Woerth. « Cette infraction n’étant pas clairement qualifiée par le parquet dans le réquisitoire introductif, les juges souhaitaient être confortés au préalable par un réquisitoire supplétif », écrit-il. L’extension n’est jamais intervenue et les juges en ont été « fort mécontents ». Un an plus tard, comme si de rien n’était, les mêmes juges mettaient pourtant en examen Woerth et Sarkozy pour « financement illicite ». Mais quand les deux hommes ont soulevé l’irrégularité de cette mesure, le parquet général a argué qu’un réquisitoire supplétif ne s’imposait pas et la cour d’appel a validé le dossier…

Tout à ses échafaudages emberlificotés, le vice-procureur expose encore avoir vérifié – sans préciser pourquoi – que Patrick J. a travaillé dans le même cabinet que l’un des avocats de Bernard Tapie et dit avoir ressenti un « trouble » dû au fait qu’Eliane Houlette avait rédigé une note pour recommander une solution négociée entre l’ex-président de l’OM et ses banquiers dans le dossier Adidas… quinze ans auparavant. Or ladite note aurait été commandée par Claude Guéant, alors directeur du cabinet de Nicolas Sarkozy à Bercy; et quand le même Guéant s’est retrouvé, en 2014, dans le viseur du PNF pour avoir détourné des fonds spéciaux du ministère de l’Intérieur, il assure que «la poursuite avait été littéralement arrachée à Mme Houlette ». Avec ce commentaire révélateur: «C’est grâce à notre insistance opiniâtre que le PNF a pu, malgré tout, s’enorgueillir de la condamnation d’un ancien ministre de l’Intérieur… »

Quelles suites la procureure générale de Paris a-t-elle donné à ce courrier? Loin de s’étonner de telles acrobaties, elle a nommé son auteur auprès d’elle, en 2019 – il a réintégré le PNF après le départ à la retraite d’Eliane Houlette. En juillet 2020, devant une commission parlementaire, Catherine Champrenault a surtout nié avoir été prévenue de l’enquête secrète du PNF en marge de l’affaire Sarkozy. « Nous n’avons jamais eu de remontées sur le contenu et les modalités d’investigation de cette enquête », affirmait-elle sous serment. A la même période, une première inspection avait été diligentée sur les investigations clandestines du vice-procureur; elle avait pointé l’absence d’information du parquet général dans une affaire pourtant hautement sensible. La lettre du vice-procureur Amar prouve que c’était faux.

Pas beau tout ça…Comment faire confiance à des « phénomènes « pareils…

Le ministre va-t-il oser ouvrir le carton ?? Pas sûr… Et si oui…qui va juger qui, et comment ??

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