La frousse s’installe…

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La frousse s’installe. Face au Covid, bien sûr. Mais aussi face à l’intimidation exercée par les réseaux sociaux, les caïds de banlieue, les intolérants de tout poil, les managers sans scrupule. Marre de baisser les yeux et de fermer sa gueule.

La Corse et l’omerta. Le cliché a la vie dure. Ne rien dire. Par tradition supposée. Par crainte de froisser un parent, un voisin, une connaissance. Par peur des représailles Dans un livre publié ces jours-ci Résister en Corse (Robert Laffont) le journaliste Jean-Michel Verne donne la parole à quelques insulaires simples citoyens élus ou militants associatifs ayant précisément choisi de rompre avec la loi du silence. Pour dénoncer l’emprise des organisations criminelles, leurs relais, la passivité des élus nationalistes, majoritaires à l’Assemblée de Corse, et les défaillances de l’État. Se taire, insiste-t-il, abîme la Corse. Mais, partout, dans tout le territoire, le silence des institutions, le déni des diverses élites dirigeantes, des corps intermédiaires ou des simples particuliers – bien que de natures différentes – sont en passe de devenir la norme dans un pays ballotté par les crises sociales, fracturé par des identités concurrentes, des « camps » et des « clans ». Il y a près d’un demi-siècle, le 18 février 1976, feu le journaliste Roger Gicquel ouvrait son 13 heures sur TF1 avec une formule qui lui fut beaucoup reprochée et fut beaucoup moquée, « La France a peur », allusion à l’enlèvement et au meurtre d’un enfant à Troyes. Aujourd’hui, ce serait plutôt : « Les Français ont la trouille. » Et ils ont, hélas, quelquefois de bonnes raisons. Au mois d’octobre 2018, une enseignante de Créteil l’éprouve durant de trop longues minutes lorsqu’un élève la menace avec un pistolet factice, lui intimant l’ordre de le noter présent à un cours auquel il ne veut pas assister.

Frilosité

L’incident, qui intervient après bien d’autres, suscite une sorte de #MeToo des enseignants exposés à la violence de certains élèves comme aux pressions et intimidations des parents. Pour exprimer leur colère et leur lassitude, ils choisissent alors le hashtag #PasDeVague, lequel dénonce la frilosité de l’institution éducative face à ces questions. Deux ans plus tard, Samuel Paty sera assassiné. Aucune faille dans la solidarité témoignée par la communauté éducative à son égard, affirmera le rapport de l’inspection. À Sciences-Po Grenoble, quelques mois plus tard, elle prendra en revanche bien des pincettes pour soutenir deux enseignants accusés d’islamophobie. Et quand, pour la énième fois, la jeune Mila fait l’objet d’une campagne de cyberharcèlement – des milliers de nouveaux messages d’insultes et de menaces de mort-, l’essentiel du monde politique et associatif est aux abonnés absents. C’est ainsi : malgré les déclarations martiales et les lois en trompe l’œil, en 2021, railler l’islam (et non ses adeptes en tant que tels) ou dénoncer les compromissions de politiques avec les islamistes ne va toujours pas de soi.

« Clientélisme »

Ancienne conseillère régionale socialiste d’Ile-de-France, Céline Pina s’y est pourtant résolue il y a quatre ans. « Ce n’est pas une affaire de courage mais d’accord avec soi-même et ses valeurs. Et cela a un coût. J’y ai perdu un emploi, des amis, un réseau social. On est littéralement expulsé d’un biotope. Les partis n’ont plus beaucoup d’idées, le clientélisme est devenu un objectif en soi qu’il ne faut pas menacer, et, hélas, bien peu le font. » Ne rien dire, ne rien faire, se préserver autant qu’il est possible, c’est aussi le lot quotidien de millions de Français, de toutes origines (selon l’expression consacrée), tous confrontés à un moment ou à un autre à l’insécurité. Dans les quartiers dits sensibles, dans les agglomérations également, dans les transports en commun.

Mais aussi sur le lieu de travail où, crise économique aidant, le management par l’intimidation coule encore de beaux jours. Et, à en croire un récent rapport, le monde des start-up, havres de « coolitude » et de modernisme autoproclamés, ne fait pas exception, tant s’en faut. Ne manquait qu’une pandémie de longue durée pour faire d’une somme de peurs disparates le théâtre d’une déprime collective. Durement attaqué pour sa gestion, le pouvoir n’aura trouvé que de faibles réponses, s’alignant ainsi aujourd’hui sur un principe de précaution qui dit surtout l’effroi d’un échec.

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