Dette, impôts: au secours, l’ancien monde revient!

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Vous avez aimé le débat sur l’annulation de la dette ? Vous adorerez le grand retour de l’inventivité fiscale made in France pour l’après-Covid. ISF, droits sur les successions, assurance vie, plus-value…

Dette, impôts: au secours, l’ancien monde revient!© Kak

Auditionné mardi au Sénat, Bruno Le Maire a estimé le montant actuel de la dette-Covid à 215 milliards d’euros. « Il n’y a aucune inquiétude à avoir concernant la capacité de notre pays à financer sa dette », a affirmé le ministre, la charge d’intérêt étant passée de 39 milliards en 2019 à moins de 30 milliards en 2020. Alors que le débat sur la création de nouveaux impôts refait surface pour rembourser cette dette, le ministre des Finances a rappelé que ce serait « une erreur politique et une faute économique ». Le ministre délégué au Budget indique à l’Opinion que le déficit 2020 sera de 10 % et que les baisses d’impôts atteindront 50 milliards en 2022.

Bruno Le Maire aime rappeler qu’il ne sert à rien d’appuyer en même temps sur le frein et sur l’accélérateur. Il n’est donc pas question pour le ministre des Finances de tirer sur le frein de la rigueur alors que le gouvernement reste le pied enfoncé sur la pédale du soutien budgétaire. En 2021, la France goûte toujours aux paradis artificiels du « quoi qu’il en coûte ».

Il va pourtant falloir redescendre. C’est la difficile tâche d’Olivier Dussopt. Le ministre délégué au Budget annonce à l’Opinion un déficit historique de près de 10 % pour 2020. Le « quoi qu’il en coûte » doit cesser « dès que possible », prévient-il. Pas facile avec une économie toujours droguée à la morphine monétaire.

Pour l’aider, la Commission sur l’avenir des finances publiques présidée par Jean Arthuis rendra mi-mars ses propositions pour éclairer la trajectoire des finances publiques. « Ce qui est en cause, c’est la gouvernance », prévient d’ores et déjà l’ancien ministre des Finances à l’Opinion. Ce rapport sera suivi deux semaines plus tard par un autre rapport sur les perspectives des finances publiques, signé cette fois-ci de la Cour des comptes. Un an avant la présidentielle, le débat sur les voies et moyens d’un retour à la réalité est sur la rampe de lancement, prêt au décollage.

Passion française. 

C’est là que la passion française pour la fiscalité reprend le dessus. A gauche, Thomas Piketty a pris la tête des troupes. Au-delà du débat sur l’opportunité d’annuler la dette-Covid détenue par la Banque centrale européenne (BCE), l’économiste appelle à taxer les plus riches. Il cite l’exemple de l’Allemagne qui, en 1952, a instauré un prélèvement jusqu’à 50 % sur les plus hauts avoirs financiers et immobiliers. « Ce système rapportait 60 % du PIB à l’Etat, à une époque où les milliardaires étaient beaucoup moins prospères qu’aujourd’hui », affirme Piketty, ajoutant que « combiné à la réforme monétaire de 1948 et à l’annulation de la dette extérieure en 1953, ce système a permis à l’Allemagne de se débarrasser de sa dette publique sans recourir à l’inflation (qui avait fait tant de mal au pays dans les années 1920) et en s’appuyant sur un objectif crédible de justice sociale. »

D’autres lorgnent déjà les 200 milliards d’euros d’épargne accumulés par les Français entre 2020 et 2021, selon les prévisions de la Banque de France. A l’Assemblée nationale, les députés PS et La France insoumise appellent depuis des mois à rétablir l’ISF, à taxer l’assurance-vie ou les grandes entreprises dont le chiffre d’affaires aurait augmenté de plus de 5 % pendant la crise. Aux nouveaux maux les anciens remèdes.

« Financer la dette par l’impôt serait une erreur politique et une faute économique, a répondu mardi Bruno Le Maire lors d’une audition au Sénat. Une erreur politique parce que la France a le taux d’imposition le plus élevé des pays développés. Une faute économique parce que cela briserait net l’élan de la relance  ». Surtout, rembourser quelque 450 milliards d’euros de dette-Covid avec de nouvelles recettes fiscales reviendrait à écoper l’océan à la petite cuillère. 450 milliards d’euros, c’est 6,25 fois les recettes nettes de l’impôt sur le revenu en 2019, 13,5 fois les recettes de l’impôt sur les sociétés et 2,5 fois les recettes de TVA. Rétablir l’ISF ? Avec les 3 milliards d’euros de recettes supplémentaires, il faudrait 150 ans pour rembourser la dette-Covid. Un leurre.

« Augmenter les impôts pour rembourser la dette, cela ne sert à rien », confirme Philippe Aghion, professeur au Collège de France. Pour lui, « la réponse devra passer par une augmentation de la croissance potentielle du pays, la réforme de l’Etat et probablement par une mesure d’âge sur la réforme des retraites pour être crédible auprès des marchés et de nos voisins européens ».

Précision intéressante, celui qui conseilla Emmanuel Macron en 2017 préconise aujourd’hui l’abandon de la réforme par point. « Trop compliquée », constate l’économiste. Quoi qu’il en soit, pas question de durcir la fiscalité sur l’épargne – «  je suis contre », rappelle-t-il fermement – ni d’une ponction ponctuelle au niveau européen comme il a pu l’évoquer récemment – « impossible à mettre en place ».

Débats. 

Deux débats vont quand même se poser selon Patrick Artus : que faire avec l’épargne accumulée par les Français et comment traiter les inégalités de patrimoine engendrées par la politique monétaire ? Sur le premier point, le chef économiste de Natixis ne croit pas à un rebond de la consommation. « Garder une voiture un an de plus ne signifie pas que l’on va conserver la suivante un an de moins  », explique-t-il. Dès lors, il faudra orienter cette épargne vers les entreprises de la manière la plus efficace possible. Les Français ayant horreur du risque, il faudra passer par l’intermédiation de l’assurance-vie. Pas question de taxer davantage, donc.

C’est différent pour la question des inégalités de patrimoine, accrue par la politique monétaire expansionniste des banques centrales qui se retrouvent dans le gonflement des actifs boursiers et immobiliers. « Est-ce normal qu’une personne ayant acheté du Nasdaq en février 2020 ait doublé son gain en un an parce que la Réserve fédérale à des taux à 0 % ? », s’interroge Patrick Artus. Si l’économiste rejette vigoureusement un retour de l’ISF, il ne serait pas contre une taxation renforcée des plus-values réalisées sur le court terme.

Un autre débat pour la présidentielle, mais qui s’éloigne de celui de la dette. Une dette qui va continuer à gonfler tout en coûtant toujours moins cher. Selon les projections de l’Agence France Trésor, même en cas d’une remontée des taux de 50 points de base et par an, le coût de la dette serait stabilisé à 1,3 % du PIB jusqu’en 2024. De quoi voir venir…

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