Il est temps de faire voler en éclats le ministère de l’Ecologie…

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« Il faut laisser à l’Écologie le plaisir de l’inauguration des chrysanthèmes bio et récréer, avec des fonctionnaires non militants, un grand ministère de l’Energie qu’on regroupera avec celui de l’Industrie, lui aussi nécessaire lorsque l’on parle de souveraineté »

Éric Le Boucher 

« Y a-t-il un adulte dans la salle ? »

On se souvient de la question cinglante posée par Christine Lagarde en conseil de l’Eurogroupe en 2015, lorsque les discussions s’éternisaient avec le fanfaron ministre grec Yanis Varoufakis. Celle qui était alors ministre française de l’Économie reprenait une expression classique aux Etats-Unis, utilisée pour réclamer un débat argumenté et réaliste. Y a-t-il un adulte en France ? On est affligé de voir dans notre pays qu’à chaque occasion, que ce soit la Covid, les inégalités, l’islamismo-gauchisme ou le climat, s’allument des polémiques émotionnelles où manquent totalement connaissance du sujet, arguments et modération.

Le menu végétarien imposé dans les cantines scolaires à Lyon méritait un examen modéré. Après tout, pourquoi ne pas donner un peu de poisson ou de soja aux enfants ? Il a provoqué une querelle gauloise. La ministre Barbara Pompili a rallié la cause du maire EELV et a parlé d’« un débat archaïque ». Le mot est bien choisi : il est destiné à pourfendre définitivement les adversaires de l’écologie qui défendent encore les modes de vie d’avant-hier. En face, les pro-viande étiquettent d’australopithèques les écolos qui veulent nous faire revenir dans les arbres. En France, qui est « archaïque » ? C’est-celui-qui-dit-qui-y-est.

Bill Gates est un adulte. Adolescent, il était déjà sérieux comme un grand, ce qui lui a sans doute valu d’être milliardaire à 30 ans. Bill Gates, donc, avoue dans son dernier livre qu’il mange de temps en temps des steaks de soja (il a investi dans une société qui fabrique des substituts à la viande) mais qu’il adore les « vrais » hamburgers. On le voit d’ailleurs dans la série Netflix qui lui est consacrée (« Dans la tête de Bill Gates ») en boulotter avec son copain Warren Buffett dans un de ces restaurants traditionnels américains de bord d’autoroute.

Mathématiques. 

Cinq ans – Bill Gates a travaillé cinq ans à essayer de comprendre les enjeux climatiques. Il a lu des montagnes de rapports, sa réputation lui a ouvert toutes les portes, il a vu tous les experts les plus pointus sur tous les sujets. Son livre (Comment éviter un désastre, chez Flammarion) entre dans les détails, il est précis, il est chiffré. Il nous mène dans le monde argumenté et réaliste. La thèse est qu’il est possible d’éviter un réchauffement de la planète inférieur à 2 degrés grâce aux technologies, celles disponibles où il faut investir massivement et celles qui vont le devenir si on y met le paquet. On attend une critique argumentée et réaliste d’EELV de la thèse.

Pour atteindre le zéro carbone, réduire de 20% puis de 20% puis encore de 20% est une impasse. La division ne fonctionne pas, seule «la multiplication par zéro» donne le zéro recherché, multiplication qui passe par les ruptures technologiques

S’il fallait une démonstration à l’impasse de la réduction réglementaire que prônent les partis écologistes, elle a été donnée par la Covid-19 : la chute du PIB mondial en 2020 a été de 4,4% et les émissions de CO2 n’ont reculé que de 7%. Pour arriver à zéro émission en 2050, quelle récession faudra-t-il ? Combien de faillites et combien de misères ? Bill Gates en donne l’explication avec une mathématique efficacité : pour atteindre le zéro carbone en 2050, comme le demande avec raison l’Accord de Paris, réduire de 20% puis de 20% puis encore de 20% est une impasse. Sur cette courbe, il devient de plus en plus coûteux de passer aux 20% suivants et, comme la planète a besoin de plus d’électricité (un milliard de personnes ne l’ont toujours pas) et de plus d’acier, on n’atteindra jamais zéro. La division ne fonctionne pas, seule « la multiplication par zéro » donne le zéro recherché, multiplication qui passe par les ruptures technologiques.

Dans notre France-Varoufakis, il est temps de sortir la politique climatique des fausses pistes et des idéologies. Il est temps, première mesure, de re-séparer le ministère de l’Energie de celui de l’Écologie. Ce ministère, celui occupé par Mme Pompili et d’autres militants verts avant elle, dont Nicolas Hulot a aplati le débat à la politique : l’État doit « forcer » les ménages et les entreprises par des lois et des normes pour réduire les émissions de CO2 et, plus largement, pour respecter l’environnement.

Si cela ne marche pas, c’est parce qu’il n’y a pas assez de règlements. D’où, évidemment, les départs en séries des occupants du ministère qui n’en obtiennent jamais assez aux yeux de leurs électeurs. Émissions, démissions

La solution est réglementaire. Le succès se mesure uniquement au nombre de lois et à l’épaisseur de leurs contraintes. Le ministère est devenu une usine à règlements régie par la discipline implacable de l’idéologie : si cela ne marche pas, si la France ne réduit pas ses émissions de CO2, c’est parce qu’il n’y a pas assez de règlements. D’où, évidemment, les départs en séries des occupants du ministère qui n’en obtiennent jamais assez aux yeux de leurs électeurs, lesquels les accusent de compromis avec l’ennemi pollueur, les mangeurs de viande, les industriels, les lobbys pétroliers et autres archaïques. Émissions, démissions.

Sino-dépendance. 

Ce ministère doit voler en éclats pour adopter une politique nouvelle, franchement tournée vers la technologie. Il faut laisser à l’Écologie le plaisir de l’inauguration des chrysanthèmes bio et récréer, avec des fonctionnaires non militants, un grand ministère de l’Energie qu’on regroupera avec celui de l’Industrie, lui aussi nécessaire lorsque l’on parle de souveraineté. La Chine produit 72% des panneaux solaires mondiaux, 69% des batteries au lithium-ion et 45% des turbines ; elle contrôle 60% des métaux rares. Si la solution climatique passe par les technologies, se défaire de cette sino-dépendance est un impératif du même ordre que lorsque la France a pu, avec le nucléaire, se libérer des serres des pays producteurs de pétrole dans les années 1970.

L’autre conviction du fondateur de Microsoft est que le coût de la transition est abordable. L’électricité à partir de renouvelables est déjà d’un prix inférieur à celle des centrales à charbon. Pour le reste des sources d’émissions (le ciment, l’agriculture, l’acier…), le surcoût (le green premium, selon Gates) reste aujourd’hui trop élevé : il faut relever le prix du carbone et investir massivement dans l’innovation. Bill Gates estime qu’il faut multiplier par cinq les crédits de recherche et développement aux Etats-Unis. Chiffre sans doute valable dans tous les pays dont le nôtre.

Un grand ministère de l’Energie, un choix résolu de relance des technologies et de l’électricité (dont le nucléaire) et un grand programme de recherche. La solution au réchauffement climatique est mondiale et technologique. La France devrait arrêter de penser qu’elle est nationale et politique.

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