Vous avez dit justice ???

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On connaissait depuis longtemps des journalistes qui se prenaient pour des (mauvais) juges. L’exemple le plus net étant les accusations de proxénétisme, de viol, de meurtre et d’actes de barbarie contre Dominique Baudis colportées notamment par Le Monde (sous la houlette d’Edwy Plenel). Tout était faux, mais la sentence – médiatique – était prononcée en même temps que l’accusation.

Nous avons désormais des magistrats qui se prennent pour des (mauvais) journalistes : vindicte, mauvaise foi et, à l’occasion, biais politique. Ainsi, le Parquet national financier, qui a annoncé la couleur en début de procédure dite « Bismuth » en assimilant, dans son réquisitoire de renvoi, Nicolas Sarkozy et son avocat à des « délinquants chevronnés ». Ah bon, il était déjà condamné ? 

S’ajoute à cela, et c’est bien le problème, le piétinement de l’État de droit, car les magistrats sont dotés de pouvoirs coercitifs, contrairement à la presse. Les révélations de Marc Leplongeon et Aziz Zemouri cette semaine sont stupéfiantes.  Elles s’ajoutent à d’autres dérives déjà connues. 

Barbouzerie. En juin 2020, Le Point dévoilait les techniques ahurissantes employées par le Parquet national financier pour « se payer » Nicolas Sarkozy dans l’affaire dite « Bismuth ». Le PNF n’a pas hésité à se procurer les factures de téléphone détaillées (fadettes) des cabinets d’avocats Dupond-Moretti, Temime, Lussan, Canu-Bernard, Haïk ou encore Veil-Jourde, et même à recourir à la géolocalisation des portables de certains d’entre eux. Tout cela pour identifier une supposée « taupe » qui aurait renseigné Sarkozy. Une atteinte délirante aux droits de la défense, que ces magistrats sans-gêne ont longtemps camouflée en évitant de verser au dossier les résultats (nuls) de leurs recherches, à la limite de la barbouzerie. Des méthodes qui n’ont pas été jugées illégales par l’Inspection générale de la justice, mais on est sur le fil. Trois magistrats du PNF sont visés par une enquête administrative dont on attend les conclusions. 

Acharnement. Le traitement de (dé)faveur réservé à Nicolas Sarkozy par le PNF est apparu au grand jour lors du procès « Bismuth », en janvier. Résumons : une conversation téléphonique interceptée a poussé le Parquet à lancer des quantités phénoménales de procédures, de vérifications, d’auditions. Lesquelles n’ont rien donné. Ce qui n’a pas empêché le Parquet de requérir sévèrement contre l’ancien président, sur le fondement des seules écoutes. Il faudrait savoir : soit la conversation téléphonique était suffisante pour le confondre, soit elle ne l’était pas ! Mais visiblement, lorsque des investigations ne donnent rien, il est coupable quand même… L’acharnement peut-il masquer les faiblesses de l’accusation ? « L’odieux est la porte de sortie du ridicule », prévenait Victor Hugo. 

Inquisiteurs. Mais ce n’est pas tout. Notre enquête de cette semaine nous apprend qu’un magistrat, trouvant peut-être que tout cela n’allait pas assez loin, pas assez vite, pas assez fort, s’est forgé la conviction selon laquelle Éliane Houlette, alors patronne du PNF, qui avait pourtant déjà flirté avec la ligne jaune dans l’affaire des « fadettes », était elle-même une taupe sarkozyste… Vous ne rêvez pas. Ce magistrat s’est donc autorisé, tout seul, à mener des investigations sur elle. Pourquoi s’embarrasser de procédures ?

La malédiction des inquisiteurs est désormais bien connue : il s’en trouve toujours un pour estimer les autres trop mous, et les suspecter en conséquence de collusion avec « l’ennemi ». À Torquemada, Torquemada et demi… 

Équilibres subtils. Au Point, on a souvent et vertement critiqué l’ancien président, sur sa politique économique comme sur beaucoup d’autres sujets, allant même jusqu’à lui demander de se retirer de la vie politique dans un éditorial ! Son entourage, aussi, a fréquemment été malmené dans nos colonnes. Cela ne nous empêche pas de noter que le traitement de Sarkozy par le PNF est honteux. Est-ce si compliqué de faire la part des choses ? Faut-il tout voir avec des lunettes politiques ? La faillite morale du Parquet national financier pose désormais la question de sa suppression. Difficile d’y répondre. Les affaires financières nécessitent un savoir-faire particulier, comme l’explique le juge Renaud Van Ruymbeke. Les équilibres, en la matière, sont subtils et le système parfait n’existe sans doute pas. « La justice immanente est rarement imminente », s’amusait Pierre Dac. En revanche, une chose est sûre : on ne peut pas laisser quelques magistrats se croire au-dessus de la loi et donner libre cours à leur hubris.

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