Les enseignants vivent dans l’angoisse…

le

«Les enseignants vivent dans l’angoisse d’être traités de racistes antimusulmans».

« La polémique sur l’islamo-gauchisme montre à quel point, au sein de l’université, le poids de la science s’est réduit au profit de l’administration et du politique ​», estime Gilles Denis, fondateur et coordinateur de Vigilance Universités.

Gilles Denis, fondateur de Vigilance Universités.

Maître de conférences à Lille en histoire et épistémologie de la biologie, Gilles Denis est à l’origine du réseau Vigilance Universités qui regroupe environ 250 membres dans une soixantaine d’universités, défend la laïcité et entend lutter contre le racialisme et le communautarisme. Le collectif avait été le premier à réagir après la déprogrammation de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, à la Sorbonne.

Frédérique Vidal est très critiquée pour avoir dénoncé l’islamo-gauchisme qui « gangrène » l’ensemble de la société et, donc, l’université. N’a-t-elle pas raison sur le fond ?

Ce terme est inadapté, et celui d’islamo-gauchisme très trompeur, car une bonne partie du problème à l’université concerne les courants identitaristes qui refusent le débat scientifique et qui ne sont en rien islamistes. La pression confessionnelle, islamiste ou autre, peut exister mais provient alors essentiellement des étudiants. Le problème qui se pose du côté des enseignants et chercheurs n’a par contre pas de lien avec la question religieuse : il est celui de la diffusion de thèmes de recherches à la mode, inspirés des « studies » américains, comme le décolonialisme, certaines études sur le genre ou la race dont de très larges pans n’ont rien de scientifique, étant d’abord l’expression d’idéologies identitaires intolérantes.

Par ailleurs, l’ensemble de ces courants identitaristes trouve à s’épanouir dans le soutien de certaines institutions françaises ou européennes. L’Agence nationale de la recherche vient de donner une somme gigantesque au sein de l’EHESS à un projet de « gender studies », l’imposant ainsi comme axe prioritaire de recherche sociale au détriment de recherches nettement plus scientifiques.

Ces « dérives identitaires » ne sont-elles pas justement le terreau sur lequel se développe l’islamo-gauchisme ? Après l’assassinat de Samuel Paty, Vigilance Universités avait relevé que la plupart des syndicats de l’enseignement supérieur et de nombreux présidents d’université refusaient de dénoncer un acte islamiste…

Il peut y avoir une forme de complaisance, consciente ou non, à l’égard de l’islam radical, ou une tendance à ne pas vouloir le voir. Mais il y a surtout une forme d’aveuglement par rapport à ces courants identitaires et, chez les enseignants, une angoisse importante d’être traité de raciste antimusulman, ou même juste d’être soupçonné de l’être, exprimant une certaine confusion entre critique de l’islamisme et racisme antimusulman.

Dans certains cas, on peut s’interroger effectivement, sur une proximité entre extrême gauche et islamisme. A l’université de Lille, un professeur de boxe ayant refusé l’accès à son cours à des étudiantes voilées pour des raisons de sécurité a été qualifié notamment par certains enseignants d’« islamophobe », passant sous silence le fait que ces étudiantes, accompagnées dans leur démarche par un avocat du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France, qui vient d’être dissous), semblaient animées par une idéologie précise.

« Certains disent que l’entrisme identitaire et confessionnel est très important, d’autres que c’est un pur fantasme. Laissons nous arbitrer nos désaccords et protégeons la liberté académique »

L’« état des lieux sur ces radicalités » que veut lancer Frédérique Vidal, n’est-il pas souhaitable ?

Une telle enquête ne peut être menée que par des instances internes à la communauté universitaire. Par exemple par la Commission permanente du Conseil national des universités (représentant les enseignants et enseignants-chercheurs et les disciplines), éventuellement associée à la Conférence des présidents d’université (représentants les établissements). Aujourd’hui, le monde universitaire est vent debout contre la ministre qui, semble-t-il peu convaincue elle-même de sa dénonciation de l’islamo-gauchisme, paraît donc peu convaincante.

Plus globalement, cette polémique montre à quel point, au sein de l’université, le poids de la science s’est réduit au profit de l’administration et du politique. Un peu comme à l’hôpital où les médecins ont perdu le pouvoir. Une des causes de l’entrisme idéologique auquel nous assistons est la perte de la primauté du scientifique dans l’université. Il vaudrait mieux faire confiance au monde universitaire qui a intellectuellement le moyen de résister aux pressions des courants à la mode ou les plus actifs.

Mais cette prise de conscience n’est-elle pas trop tardive ? Les enseignants lucides sur ces dérives ne sont-ils pas minoritaires ? Dans une tribune parue dans Le Monde, 600 universitaires réclament la démission de Frédérique Vidal, accusée de faire le jeu de l’extrême droite.

Cette tribune est déraisonnable. Dans leur majorité, les enseignants font preuve de plus de modération et d’une réflexion plus fine. La plupart d’entre eux ont trouvé que les attaques pour racisme contre la représentation de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, étaient totalement absurdes. Bien sûr, et c’est normal, des débats existent au sein du corps universitaire : certains disent que l’entrisme identitaire et confessionnel est très important, d’autres que c’est un pur fantasme. Laissons nous arbitrer nos désaccords et protégeons la liberté académique.

Dans l’enseignement secondaire vient de se créer Vigilance Collèges Lycées. Pourquoi ?

Lorsque nous écoutons nos collègues du secondaire, ils nous disent que la pression islamiste fait partie de leur quotidien. Bien davantage qu’à l’université. Confrontés notamment à l’attitude des parents d’élèves et de leurs représentants, ils sont plus angoissés que nous par cet intégrisme islamique.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.