Antiprocès = danger…

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La loi du silence a enfin été transgressée. Alors la part d’ombre des secrets est dévoilée. Et c’est reconstructeur, donc c’est bien. Même si c’est affreusement douloureux. Car ce qui était jusqu’alors un « cercle de famille » honorable, intouchable, même sacré, devient un théâtre public de honte et de ressentiment. Ainsi l’exercice de catharsis ressemble-t-il à un effondrement: pour ceux qui racontent pour ceux qui sont désignés, et, peut-être pire, pour ceux qui ont fermé les yeux.

Au-delà du cercle de famille, voici qu’un « deuxième cercle » va se désintégrer. Les amis, les collègues, les avocats, tour à tour pointés du doigt. C’est à nouveau une honte diffuse qui engage voire qui accuse. Nous sommes tous concernés! Savions- nous ? Devions-nous dénoncer? Allons-nous lui (ou leur) conserver notre amitié ? Et tandis que nous nous posons ces questions dérangeantes, qui renvoient à une culpabilité personnelle sur notre positionnement (passif) concernant l’un des interdits fondamentaux, nous évaluons la permissivité post-soixante-huitarde qui interdisait d’interdire.

Puis un « troisième cercle » va céder : celui du pouvoir et des réseaux. Mais pourquoi démissionnent-ils? Eux n’ont pas eu de comportements sexuels scandaleux ! Peut-être leur a-t-on désigné tel ou tel, qui aurait franchi la ligne de l’interdit il y a longtemps. Mais le temps justement, qui a passé, fait que, au moment où ils auraient compris, le délit de «non-dénonciation de crime» ne leur était absolument pas applicable, tandis que bien sûr ils auraient réagi autrement si l’abus sexuel était en train de se commettre. Au contraire, n’ont-ils pas à se féliciter d’avoir été prudents avec les on-dit, les rumeurs, les accusations à l’emporte-pièce, qui rôdent dans les jeux de pouvoir ? Et si le président Emmanuel Macron s’adresse aux plaignants, pour leur signifier qu’il les croit (« On vous écoute, on vous croit… »), d’autres n’ont-ils pas eu pour devoir de tout passer au crible du doute, c’est-à-dire de la présomption d’innocence et des droits de la défense ? Mais comment faire, quand tout est prescrit?

Faut-il céder au lynchage hâtif sur des considérations morales a priori? Jamais ! Pourtant on assiste à l’effondrement du troisième cercle, celui du pouvoir. Et Sciences-Po. Et le Conseil d’État. Et le dîner du Siècle. Et le milieu du cinéma. Ils sont devenus fous…

Quid du « quatrième cercle » ? Celui des commentateurs, tel Alain Finkielkraut congédié de LCI pour avoir soutenu, lors d’un débat en direct, que les crimes sexuels d’atteinte à l’enfance (la qualification «crime», qui est de lui, marque l’absence absolue de complaisance) posent la question du « consentement ». La preuve qu’il a raison, c’est le titre du livre qui accuse Matzneff, et c’est le projet de loi en discussion sur la présomption irréfragable d’absence de consentement en matière sexuelle pour les mineurs de moins de 15 ans. Mais l’académicien a été viré de LCI. Et quand on consulte Google pour savoir pourquoi, on trouve en première occurrence la mention suivante : « pour avoir défendu Olivier Duhamel » ! Comment dans notre pays, la France, qui défend la liberté de penser et d’écrire et de dessiner – jusqu’au prix d’un risque mortel -, en est-on arrivé là ?

Si dans les affaires d’inceste et de viols sur mineurs les causes de réactions sont justes, les conséquences sont inacceptables et honteuses pour notre société. Car dans ces procès sans procès, qui ne suivent aucune règle de droit, voire qui les méprisent puisqu’il n’y a pas de droits de la défense et que les parquets ouvrent désormais des enquêtes préliminaires concernant des faits manifestement prescrits, voici que, à partir d’un caillou jeté dans la mare, les cercles concentriques de la famille, de la société et du pouvoir s’effondrent. Et ce n’est pas tout, il y a tout autour la toile des réseaux sociaux qui jugent et qui condamnent – toujours sans procès, ou dans le cadre d’un antiprocès.

À quelle sanction? Ni une amende, ni des dommages-intérêts, ni la prison à perpétuité! Mais à une peine atroce et sans appel, qui est à l’inverse de toutes les fonctions sociales de la justice: la condamnation au suicide public.

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