À Lyon, la mairie prive les écoliers de viande…

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Raison invoquée : les protocoles sanitaires. L’opposition municipale dénonce un prétexte et un passage en force « choquant et sectaire » en période de crise économique, alors que des familles ont besoin d’aide alimentaire.

Une cantine scolaire…

À compter de la rentrée de février, les 31 000 enfants qui fréquentent les cantines scolaires lyonnaises se verront servir, chaque jour, un menu unique et végétarien, pour cause de protocole sanitaire. L’opposition dénonce un « tour de force » vers la fin de la viande, la mairie s’en défend.

Rôti, blanquette de veau ? Rosette de Lyon, pâté en croûte ? Rayés de la carte de la cantine dans la capitale française de la gastronomie. Ainsi en a décidé la mairie écologiste, « suite au protocole sanitaire présenté le 2 février 2021 et qui impose aux collectivités territoriales de nouvelles contraintes en termes d’organisation ».

C’est ce qu’explique, dans un mail daté du 15 février et destiné aux responsables éducation des mairies d’arrondissement, l’adjointe en charge des questions éducatives, Stéphanie Léger, une ex de la FCPE. Dans ce texte, que l’Opinion s’est procuré, on lit qu’à compter du lundi 22 février, « la ville de Lyon proposera un menu unique sans viande pour pouvoir servir plus rapidement les élèves et fluidifier les repas. » L’information, publiée par le site satirique Lyon People, a d’abord suscité l’incrédulité.

« Nous avons bien décidé qu’il y aurait un menu unique à partir de la rentrée des vacances, confirme Leslie Brunner, porte-parole de la mairie. Il y aura désormais, en plus de l’entrée, du laitage et du dessert un plat unique sans viande, mais qui pourra contenir de l’œuf ou du poisson. C’est la solution que la Ville de Lyon a choisie pour adapter le protocole imposé par l’Éducation nationale. On va laisser deux mètres entre les enfants et les faire manger par groupe de classes. Il faut donc aller plus vite : la viande, c’est plus long à cause de la sauce et de la découpe. Et puis, sans viande, c’est aussi ce qui convient à tous les régimes alimentaires, y compris les enfants qui ne mangent pas de porc. »

Selon Stéphanie Léger, citée par Le Progrès, « la mesure sera appliquée seulement jusqu’aux vacances de Pâques ; si la situation sanitaire le permet, la Ville reviendra aux menus tels qu’on les connaît, avec deux menus sans viande par semaine ».

Une explication surprenante. 

En attendant, l’argument de la « rapidité » est une surprenante explication à la suppression de la viande. À Lyon, les repas sont préparés dans une cuisine centrale par le prestataire Elior. Les plats sont transportés et réchauffés dans chacune des 129 cantines (dont 70 sont des selfs). On voit mal quelle peut être la différence entre une brandade de morue et un hachis parmentier, entre un steak et un poisson pané en termes de service et de dégustation, même dans un protocole sanitaire resserré. Lequel n’a évidemment jamais demandé à aucune mairie de supprimer la viande.

Mais voilà : une des mesures du programme électoral du maire Grégory Doucet était bien de développer une alternative végétarienne quotidienne dans les cantines. « Depuis septembre 2020, deux repas végétariens par semaine ont déjà été mis en place, mais à ce jour, le contrat signé lors du précédent mandat avec le prestataire de la cantine, Elior, ne nous permet pas d’aller plus loin sans faire tomber le marché. C’est une contrainte pour faire évoluer les choses », précise la mairie.

La crise sanitaire semble donc tomber à pic pour accélérer le mouvement… Et même aller au-delà, vers les espérances d’éradication de la viande dont certains élus écologistes lyonnais ne se cachent pas. Ainsi, Philippe Guelpa-Bonaro, vice-président de la Métropole déclarait-il, au conseil du 25 janvier dernier, en reprenant les obsessions antispécistes : « La pub invite à manger des burgers, des steaks saignants, de l’animal mort, au détriment du bilan carbone toujours plus grand dans nos assiettes, au mépris du vivant et de la condition animale qui a su nous le faire payer cette année encore comme à chaque émergence d’une grande pandémie. »

Devant le fait accompli. 

La décision de la mairie a suscité une grande colère dans l’opposition municipale. « Cela va bien au-delà des alternatives végétariennes ! A la faveur de la crise, la mairie écologiste acte, en douce, et sans aucune concertation, la fin du choix pour les enfants et les familles, et la fin de la viande. Nous n’avons jamais entendu parler de cela avant ce mail. C’est un passage en force, choquant et sectaire, dénonce Béatrice de Montille, élue Droite centre et indépendants du 3e arrondissement. On ne décide pas d’une telle chose quelques jours avant la rentrée, et cela alors que de très nombreuses familles vivent des situations économiques terribles. La cantine, c’est souvent le seul accès à la viande pour les enfants. Les en priver est une décision grave, qui peut avoir des conséquences pour leur santé ! »

De fait, selon les estimations des Banques alimentaires, cette année, en France, plus de 8 millions de personnes devront avoir recours à leur aide. Or, elles manquent souvent de produits carnés et lactés dans leurs distributions.

Selon cette élue, personne n’a été consulté, pas même les parents d’élèves, mis devant le fait accompli d’un végétarisme forcé qui aura des conséquences sur la façon dont ils devront adapter les repas à la maison. « Nous n’avons pas fait de concertation, assume la mairie. On n’a pas à le faire pour ce qui relève des protocoles sanitaires. Mais ce n’est pas un passage en force ; ceci avait d’ailleurs déjà été expérimenté entre mai et juillet par la précédente municipalité. » Une période peu comparable, la fin de l’année scolaire 2019-2020 s’étant faite, après le déconfinement, en ordre dispersé et sur la base du volontariat, rendant difficiles les organisations.

« Pour des gens qui, à la mairie, n’ont à la bouche que les mots co-construction, co-concertation, qui font des commissions citoyennes pour tout et rien, ironise Béatrice de Montille, c’est un comble. Les préceptes moraux qu’ils entendent imposer passent avant l’intérêt des enfants. Le retour en arrière sera difficile. » Sans compter, ajoute un autre élu, que « ça ne manque pas d’intérêts électoraux de flatter les communautarismes, jamais loin du débat sur la présence de viande de porc dans les cantines scolaires ».

Hors des clous. 

Les écologistes lyonnais pourront-ils maintenir ce Carême opportuniste – puisque c’est la période ? Peut-être pas. La décision municipale contrevient à la législation en vigueur. Les menus des cantines scolaires sont encadrés par le Plan national nutrition santé, qui, s’il préconise de diminuer la viande dans les apports nutritionnels, n’a jamais évoqué sa suppression.

La fréquence de la présence de viande est même strictement réglementée. L’arrêté du 30 septembre 2011 « relatif à la qualité nutritionnelle des repas servis dans le cadre de la restauration scolaire » est très clair. Sur une durée de vingt jours, il impose « au moins 4 repas avec, en plat protidique, des viandes non hachées de bœuf, veau, agneau ou des abats de boucherie » et autant avec du poisson. Faute de viande, les menus lyonnais seront donc en infraction un jour sur cinq.

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