Amsterdam, désormais la première Bourse d’Europe…

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Amsterdam, la plus ancienne et désormais la première Bourse d’Europe.

Le Brexit profite à Amsterdam, qui s’impose comme la première place pour l’échange d’actions, au détriment de la City londonienne.

Amsterdam la nouvelle bourse.

Amsterdam n’est plus seulement la plus ancienne Bourse du monde – on y négocie des titres depuis la fondation de la Compagnie des Indes orientales en 1602. La ville portuaire hollandaise est désormais, s’agissant du trading en actions, la première place européenne.

En janvier, des échanges d’actions y ont été enregistrés quotidiennement pour un montant global moyen de 9,2 milliards d’euros, soit quatre fois plus que le mois précédent. À l’inverse, la City londonienne a perdu sa « pole position », avec un montant journalier moyen de 8,6 milliards d’euros, contre… 14,6 milliards en décembre.

Ces données, précisons-le, intègrent l’ensemble des transactions, qu’elles aient été effectuées sur les Bourses d’Amsterdam ou de Londres proprement dites (respectivement, Euronext Amsterdam et London Stock Echange) ou sur des plateformes alternatives – dont CBOE, basée à Chicago, et Turquoise, détenue majoritairement par le London Stock Exchange, qui ont délocalisé de Londres à Amsterdam une partie de leur trading en actions.

Amsterdam a maintenant le vent en poupe.

La faute en revient au Brexit.

« Désormais, plus de 98 % des volumes sur valeurs européennes sont effectués sur des plateformes européennes, marchés primaires ou plateformes alternatives », précise-t-on chez Euronext, qui regroupe les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Oslo et Dublin.

Si la City n’est plus la première place boursière du Vieux Monde, la faute en revient au Brexit – autrement dit : à la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne et du marché unique, au 31 décembre dernier.

Sans doute Londres et Bruxelles ont elles signé un traité de libre-échange, mais celui-ci ne couvre pas les services financiers.

L’accès au marché unique pour les services financiers britanniques doit être réglé via des « décisions d’équivalence », des mesures unilatérales par lesquelles la Commission juge que la législation en vigueur dans un pays tiers peut être considérée comme équivalente à la législation de l’UE.

Or, pour le moment, l’UE n’a adopté que deux décisions d’équivalence, pour les chambres de compensation et pour les dépositaires centraux de titre – deux activités essentielles pour le fonctionnement des marchés financiers largement localisés à Londres.

Et c’est pourquoi le trading d’actions a été rapatrié sur le continent. Un mouvement similaire a commencé à se produire sur les produits dérivés, où Amsterdam à nouveau, mais aussi Paris ont vu leur part de marché s’accroître en janvier, comme le soulignaient il y a quelques jours nos confrères du Figaro.

De même, la plateforme américaine ICE (Intercontinental Exchange), basée à Atlanta, vient de délocaliser de Londres à Amsterdam son marché de « droits à polluer » européens.

Il est certes trop tôt pour annoncer l’effondrement imminent de la City, qui a bien d’autres cordes à son arc.

Amsterdam : the place to be ?

N’empêche : on aimerait comprendre pourquoi Amsterdam rafle la mise – et non Paris ou Francfort, deux places financières dont on aurait pu naïvement penser qu’elles tenaient la corde, installées dans les deux plus grandes économies de la zone euro; et, s’agissant de la ville allemande, abritant la Banque centrale européenne (BCE).

D’autant que les entreprises se bousculent également pour être cotées sur la place hollandaise – à l’exemple de Vivendi qui a décidé d’introduire sa filiale Universal Music sur Euronext Amsterdam.

« La liquidité appelle la liquidité », résume Bruno Colmant. « Outre une grande proximité avec le monde anglosaxon, il existe, à Amsterdam, tout un “écosystème” de juristes et de financiers spécialisés dans l’accompagnement des IPO (NDLR : Initial public offerings ou introductions en Bourse). Ce n’est pas nouveau. Quand j’étais chez Euronext Bruxelles, Amsterdam tentait de capter les IPO en Angleterre », se souvient le patron de la banque Degroof Pertercam, qui dirigea Euronext Bruxelles de 2007 à 2009.

Autrement dit : Amsterdam a développé cette compétence, « un peu comme la place de Luxembourg s’est dotée d’une expertise et, ainsi, d’une place de choix dans les sicav ».

« Au sein d’Euronext, la place hollandaise est également très forte sur les produits dérivés, et depuis longtemps. Ce qui demande de pouvoir disposer des actions sous-jacentes ».

« Le profil des investisseurs présents à Amsterdam joue également un rôle », ajoute Pascal Brabant, porte-parole d’Euronext Bruxelles, qui pointe en particulier « l’activité importante des fonds de pension », qui placent une partie de leurs réserves en Bourse – une caractéristique liée au système de retraites hollandais : outre-Moerdijk, tout le monde a une pension complémentaire.

Bruxelles n’a pas ces atouts. Les Belges sont peu friands d’actions : les actions cotées, détenues directement, représentent à peine 5 % du patrimoine financier (brut) des ménages. « La Bourse de Bruxelles est également trop petite en volume. Elle accueille certes des sociétés immobilières et biotech, qui savent qu’elles trouveront en Belgique des analystes spécialisés, mais abrite peu de très grandes sociétés », renchérit Bruno Colmant.

« On en trouve beaucoup plus aux Pays-Bas, comme Unilever, Royal Dutch, Philips, ING ou ASML…, confirme Etienne de Callataÿ, cofondateur de la société de gestion de patrimoine Orcadia. Pourquoi ? Peut-être parce que, comme le disait un jour Jean-Luc Dehaene (NDLR : l’ancien Premier ministre, décédé en 2014), aux Pays-Bas, quand un entrepreneur réussit, il cherche à racheter son concurrent ; et en Belgique, à devenir bourgmestre.»

Amsterdam l’ancienne bourse.

+ 10%

Euronext, qui regroupe les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Oslo et Dublin, a enregistré une augmentation des volumes de 10 % en janvier, relativement à décembre 2020. « Cette augmentation des volumes est générale et affecte tous nos marchés », y compris Bruxelles, où « la hausse est légère », explique Pascal Brabant, porte-parole d’Euronext Bruxelles. Mais « elle n’est pas uniquement liée à l’effet Brexit ; elle provient également de l’environnement macroéconomique, l’augmentation de la volatilité et une augmentation des flux en provenance des particuliers ».

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