Sciences-Po: les « papys » font de la résistance !!

le

Emmenés par Louis Schweitzer et Michel Pébereau, les membres historiques de la Fondation nationale des sciences politiques, entendent bien garder la main sur la succession de Frédéric Mion à la tête de l’école.

Les murs de l’ancien hôtel de Mortemart, rue Saint Guillaume, ne cessent de trembler. L’affaire Olivier Duhamel s’est bel et bien transformée en scandale Sciences-Po, après les mensonges successifs et la démission du directeur Frédéric Mion. Mais il en faut bien plus pour ébranler la confiance de Louis Schweitzer, l’inamovible pilier de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), dont il assure la présidence par intérim. « La stabilité des membres « fondateurs » de la FNSP joue un rôle important dans la capacité de l’école à mener des réformes innovantes », assure d’un ton monocorde l’ancien patron de Renault, âgé de 78 ans. Avec ses acolytes, il compte bien peser encore sur les choix à venir de l’école, qui repose sur une gouvernance complètement tarabiscotée.

Louis Schweitzer a pris la présidence par intérim de la Fondation nationale des sciences politiques, qui chapeaute Science-Po.

Deux organes se partagent, en théorie, le pouvoir et auront à choisir le futur directeur de Sciences-Po: le conseil de l’institut d’études politiques, qui fixe la politique de formation, et la FNSP, qui supervise la gestion. Cette dernière est de loin la plus influente. Créée en 1945, elle est censée incarner l’indépendance de l’école par rapport à l’État, qui lui verse quand même généreusement 70 millions d’euros par an. Son conseil d’administration de 25 membres s’est certes ouvert, en 2016, à des représentants des étudiants et des enseignants. Mais il comporte toujours un obscur collège de dix « fondateurs », qui se cooptent pour un mandat de dix ans, renouvelable une fois. Précision importante: le président de la FNSP est forcément choisi parmi eux.

Olivier Duhamel et Richard Descoings en 2010

Record de longévité au « collège des fondateurs »

Depuis des décennies, ils verrouillent le pouvoir et encore aujourd’hui. La moitié des « fondateurs » actuels ont pourtant couvert les dérives financières du précédent directeur Richard Descoings, brutalement décédé en 2012. Ils n’ont jamais été remis en cause, à l’image du banquier Michel Pébereau, âgé de 79 ans dont 32 ans à la FNSP. Il ne fait certes partie du collège des fondateurs que depuis 2012 mais il présidait auparavant le conseil de l’institut et siégeait donc aussi es-qualité à celui de la FNSP. Jusqu’à sa démission le 4 janvier, le politologue Olivier Duhamel affichait, quant à lui, 25 ans de service. Arrivé en 2006, Louis Schweitzer fait presque figure de jeunot avec seulement 14 ans au compteur !

Dans leur grande sagesse, les intéressés avaient tout de même décidé, avant l’affaire Duhamel, que les cinq membres les plus âgés céderaient leur siège en mai 2021. Outre les trois cités précédemment, l’ex directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce Pascal Lamy (73 ans) et l’économiste Jean-Paul Fitoussi (78 ans) sont aussi partants, en plus de Marc Guillaume, le préfet d’Ile de France, qui a démissionné dans le sillage de l’affaire Duhamel. L’ancien patron d’Axa, Henri de Castries, 66 ans, coopté en 2007, échappe au couperet. Restent enfin trois « fondatrices »: Laurence Parisot, ex-présidente du Medef, la femme d’affaires Véronique Morali, et Katja Langenbucher, une universitaire allemande, qui a remplacé Nicole Belloubet quand elle est devenue Garde des Sceaux. À noter que la moitié du collège est issue de l’Inspection des finances dans une sorte de Yalta avec le Conseil d’État, qui a fourni les deux derniers directeurs de Sciences-Po.

Une réforme « écran de fumée »

Mais les « historiques » veulent soigner leur sortie et n’entendent pas brader les intérêts de la FNSP à cause de l’affaire Duhamel. Louis Schweitzer se dévoue à la cause en prenant la présidence par intérim le 4 janvier. En accord avec les enseignants, il propose une pseudo-réforme du mécanisme de cooptation. Dorénavant, un nouveau comité, composé de cinq « fondateurs » et cinq enseignants, proposerait une première liste de 12 candidats pour les six sièges à renouveler et sélectionnerait celui qui a vocation à devenir président. « On répond ainsi au souhait des enseignants d’être davantage associé aux choix », justifie l’ancien patron. « Un écran de fumée comme d’habitude, Louis Schweitzer s’offre à peu de prix la caution de la faculté permanente, peste Nicolas Metzger, qui a présidé le conseil de l’institut. Mais juridiquement rien ne change et la présidence de la FNSP sortira toujours d’un chapeau négocié en amont. »

Les tractations ont déjà débuté et le comité se rassemblera dans les prochains jours pour une première réunion officielle. Curieusement, à l’exception de Laurence Parisot, ce ne sont pas les « fondateurs » restant en place qui participeront au comité mais les partants: Schweitzer, Pébereau, Lamy et Fitoussi. Décidément, les « historiques » n’arrivent pas à passer la main. La ficelle semble un peu grosse. Mais l’ex-patron de Renault ne se démonte pas. Pour lui, la démission de Frédéric Mion conforte sa démarche: « la réforme des statuts de 2016 est bonne et il a fallu deux ans et demi pour la mettre en place, il n’est pas possible d’en mener une autre avant de désigner le directeur de l’école. » Bref, circulez, il n’y a rien à voir. À l’inverse, les syndicats étudiants réclament une réforme plus radicale. « Nous sommes pour la fusion des conseils de l’institut et de la FNSP au sein d’une seule instance », défend Arthur Moinet, ancien élu de l’Unef. Pris entre deux feux, les représentants des enseignants, contactés par Challenges, préfèrent, pour l’instant, garder le silence.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.