La perte des « libertés »…

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Ceci n’est pas une démocratie

La pandémie a aggravé les faiblesses pathologiques de notre mode de gouvernance. Nous vivons désormais dans une démocratie « défectueuse », selon « The Economist ».

LUC DE BAROCHEZ

Le coronavirus a infecté la gouvernance de la France à tel point que notre pays a quitté le club des démocraties à part entière, si l’on en croit The Economist. Notre république, selon l’hebdomadaire britannique, est désormais à ranger dans la catégorie des démocraties « défectueuses » (« flawed »). Le déclassement est humiliant. Le diagnostic, pourtant, est juste. 

La démocratie française était déjà souffreteuse avant le Covid. L’épidémie a aggravé ses faiblesses pathologiques : défiance des autorités envers les citoyens, et vice versa ; centralisation et concentration excessives de l’exécutif ; abus de normes et de réglementations qui étouffent l’esprit d’entreprise et les initiatives ; reproduction des élites en vase clos ; corporatisme exacerbé ; absence de concertation et de culture du compromis ; mépris pour les droits des minorités, etc. 

La crise sanitaire a encore accentué la verticalité du pouvoir. Le pays vit au rythme du conseil de défense, un organe qui siège dans le secret. L’autorité absolue du président de la République, chef des armées, s’y exerce sans frein. Un régime d’exception, « l’état d’urgence sanitaire », est imposé depuis près d’un an (loi du 23 mars 2020). Il a permis la mise entre parenthèses de libertés pourtant fondamentales, par le biais de confinements indifférenciés, de couvre-feux ou de mesures infantilisantes, comme les attestations de déplacement dérogatoire. La gestion des émotions collectives s’est substituée à l’État de droit. 

Sabordage. 

Les mesures en vigueur sont-elles bien nécessaires, adaptées et surtout proportionnées aux risques sanitaires encourus ? Le Parlement n’a guère eu l’occasion d’en débattre. En témoigne le sabordage de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur la gestion de l’épidémie, le 27 janvier. Ou encore le tirage au sort d’un « collectif de citoyens » censé débattre de stratégie vaccinale. La mise à l’écart des élus contribue à pervertir le fonctionnement de la démocratie représentative.

La France ne fait pas exception. Dans le monde, la pandémie s’est soldée, outre 2,3 millions de morts au moins, par une restriction massive des libertés. Selon la cellule de recherche de The Economist, le score démocratique de 116 pays a chuté l’an dernier. L’indice moyen a atteint son niveau le plus bas depuis que son calcul a été mis au point, il y a quatorze ans. Le recul n’est pas seulement dû aux confinements. Des régimes autoritaires ont profité de l’aubaine du Covid pour durcir la répression. « Pour la première fois en ce siècle, écrit l’historien d’Oxford Timothy Garton Ash dans la revue britannique Prospect, les régimes non démocratiques sont désormais majoritaires parmi les pays de plus de 1 million d’habitants. » Plus du tiers des habitants de la planète vivent dans un État autoritaire, voire totalitaire. 

Les pouvoirs publics à la source de la régression. 

Trente-deux ans après la chute du mur de Berlin, le bilan est navrant. Un premier recul démocratique avait été observé il y a une décennie dans la foulée de la crise financière qui avait contribué à discréditer les institutions libérales. Le fait nouveau est que les pouvoirs publics eux-mêmes sont à la source de la régression en cours, par les mesures coercitives qu’ils ont imposées pour enrayer la pandémie.

1983

« La démocratie aura peut-être été dans l’histoire un accident, une brève parenthèse, qui sous nos yeux se referme », écrivait déjà en 1983 l’essayiste libéral Jean-François Revel*. C’est dire que la crise de ce mode de gouvernance ne date pas d’aujourd’hui. On pourrait même remonter jusqu’à l’Antiquité et aux convulsions de la démocratie athénienne. Des signes d’espoir existent pourtant aujourd’hui. En Amérique, les institutions démocratiques ont été assez solides pour résister à la tornade Donald Trump. En Asie, trois États ont fait l’an dernier le mouvement inverse de celui de la France dans le classement de The Economist : le Japon, la Corée du Sud et Taïwan sont devenus « démocraties à part entière ». Ces trois pays ont prouvé qu’on pouvait lutter efficacement contre la pandémie sans renoncer aux idéaux démocratiques ni altérer les institutions. 

Ce qui est possible dans les pays asiatiques les plus avancés doit l’être en Europe. Pour cela, les citoyens doivent prendre conscience de leur responsabilité individuelle dans la préservation du bien commun. L’État doit leur rendre leur libre arbitre et assumer de rendre des comptes. À ces conditions, la France pourra redevenir une démocratie à part entière.

(*) Comment les démocraties finissent, Grasset, 1983.

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