La revoilà !

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La revoilà ! Qui donc? Mais la représentation proportionnelle, ce mode de scrutin pervers qui jadis eut la peau de la IV République, et, sans le recours providentiel au général de Gaulle en1958, eût obtenu par surcroit celle de la démocratie elle-même. Et portée par qui ? je vous le demande, par le Rassemblement national de Marine Le Pen, par les insoumis de Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, mais aussi, au centre, par de très bons esprits comme François Bayrou, Jean-Louis Bourlanges, ou encore André Vallini, sénateur socialiste de l’Isère et ancien ministre de François Hollande. En un mot, toutes les victimes de ce système d’alternance droite/gauche qui a assuré soixante années de paix et de stabilité politique à ce peuple de Gaulois querelleurs.

Explication.

Les élections législatives, dans une démocratie, ont deux fonctions : désigner les représentants du peuple au Parlement et dessiner les contours de la majorité gouvernementale. On oublie toujours cette seconde fonction ; or elle est capitale. Le scrutin uninominal à deux tours, ce chef-d’œuvre de l’esprit humain, répond à cette double exigence : au premier tour, il indique les préférences politiques de l’électeur ; au second, il se prononce sur une coalition majoritaire destinée à gouverner le pays.

Certes, la représentation proportionnelle, la RP, comme on disait jadis, remplit très bien la première fonction. Trop bien, même, parce qu’elle transpose telles quelles au Parlement les contradictions du corps électoral. Son rôle s’arrête là. L’électeur n’a plus rien à dire. Au soir des résultats, il ne sait même pas pour quelle majorité il a voté. C’est alors qu’entrent en scène les caciques des partis, dans un grand concours d’embrouilles, de débrouille et de magouilles. Faute d’un second tour, ce grand réducteur des contradictions et des incertitudes, le peuple est condamné à rester le spectateur d’une intrigue dont il a désigné les acteurs sans qu’il puisse se prononcer sur le choix de la pièce. Avec la proportionnelle, le suffrage universel devient une roulette russe.

Récapitulons.

Dans la représentation proportionnelle, tout est calculé pour que l’intervention de l’électeur, qu’il n’est pas possible d’éliminer complètement dans un régime démocratique, se limite au minimum. C’est le parti qui établit la liste de ses candidats, par ordre de préférence. C’est l’assurance à peu près complète de voir ses notables, places naturellement en tête de liste, indéfiniment réélus. Le mérite du système uninominal, au contraire, c’est d’établir la responsabilité personnelle du candidat : on y vote pour un nom, pas seulement pour un parti. Et c’est au moment où l’on déplore à juste titre la coupure entre le personnel politique et le peuple que l’on prétend revenir à un système qui élimine le tête-à-tête entre le peuple des électeurs et la personne même de l’élu ! Au fond, avec la proportionnelle, le jour de l’élection n’est jamais qu’un mauvais moment à passer, le notable du parti dispose de tout le pouvoir en amont et en aval. Franchement, le rétablissement de la proportionnelle constituerait une véritable régression et la destruction de l’œuvre institutionnelle du général de Gaulle qui a donné à la France sa stabilité.

Reste une objection de taille.

Le scrutin actuel, c’est-à-dire le scrutin uninominal à deux tours, donne de la géographie politique du pays une image déformée, jusqu’à réduire à la portion congrue des tendances partout présentes mais partout minoritaires, de sorte qu’elles sont presque partout éliminées au second tour. C’est le cas aujourd’hui du parti de Marine Le Pen, qui ne compte au Parlement que six représentants alors qu’il dispose du quart de l’électorat. Cette objection est majeure dans un régime d’assemblée, où la principale fonction du Parlement est de renverser le gouvernement pour assurer la rotation des notables politiques au pouvoir. Elle est moins importante dans un système présidentiel véritable, où le rôle de l’opposition est de s’opposer, c’est-à-dire de développer devant le pays des solutions autres que celles que le pouvoir privilégie : là, le plus important n’est pas le nombre des opposants, mais la qualité de leurs contre-propositions.

Ma conclusion rejoint, je l’ai déjà dit, celle que François Hollande expose dans son dernier livre, Répondre à la crise démocratique (Fayard, 2019).

L’ancien président, à la lumière de son expérience, se prononce pour un véritable régime présidentiel, inspiré de celui des États-Unis : supprimer le Premier ministre, enlever au président le droit de dissoudre le Parlement et au Parlement celui de renverser le gouvernement. Autrement dit, placer la responsabilité là où réside le pouvoir réel, c’est-à-dire chez le président. Dans cette hypothèse, la représentation proportionnelle intégrale peut parfaitement être envisagée, puisque le Parlement ne peut renverser le président. En revanche, ce dernier, privé de son souffre-douleur traditionnel, chargé de prendre les coups à sa place – à savoir le Premier ministre -, est contraint de rechercher avec le Parlement les moyens, financiers en particulier, propres à réaliser sa politique. Il n’est donc nul besoin de rêver d’une VIe République qui nous ramènerait très vite à l’impuissance de la IV. Il suffit d’approfondir la logique de la V, dans l’esprit qui était celui de son fondateur, de Gaulle, avec un Parlement qui parle, un président qui préside, et un gouvernement qui exécute. Qu’attendent donc les socialistes, mais aussi les macronistes, pour marcher dans cette direction ?

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