Les sous-préfets à la relance…

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Amélie de Montchalin avec le préfet de l’Essonne, à Evry-Courcouronnes, le 24 août 2020.

« Comme DRH de l’Etat, je dois m’assurer que les équipes sont en nombre suffisant, justifie la ministre de la Fonction publique. Les 30 postes ont été créés à la demande de préfectures qui jugeaient ce renfort nécessaire. »

Il a été nommé le 15 décembre sous-préfet à la relance, dans les Bouches-du-Rhône. Et depuis son arrivée à Marseille, le 23 décembre, Benoit Mournet, 35 ans, assure qu’il n’a pas assez de vingt-quatre heures par jour. Débloquer avec Bpifrance un dossier d’investissement dans une entreprise ; veiller à l’exécution des commandes de travaux publics, avec la fédération locale du BTP ; rencontrer les maires ruraux ; enchaîner avec les auditeurs de KPMG, en contact avec les entreprises locales… « Il faut sortir, être un sous-préfet “ hors les murs ”, c’est comme cela que l’on peut jouer notre rôle d’accélérateur du plan de relance », estime cet ancien directeur d’hôpital dans le Val-de-Marne, passé par l’inspection générale des Finances.

« Défiance » envers les régions

Comme Benoit Mournet, les 30 sous-préfets à la relance propulsés par le gouvernement dans les régions et départements, entre Noël et février, ouvrent volontiers leurs agendas chargés. Pas question de passer pour de folâtres « sous-préfets aux champs », à l’image de celui d’Alphonse Daudet dans Les Lettres de mon moulin, « couché dans l’herbe » et « mâchonnant des violettes ».

Car, en guise de métaphore champêtre, les élus locaux attendent, eux, ces nouveaux venus comme les chasseurs les palombes : fusil à la main. « La création de ces sous-préfets à la relance est grotesque, hallucinante, peste Alain Rousset, président PS de la Nouvelle-Aquitaine. C’est le signe de la défiance qui existe à l’égard des régions : comme dans un État colonial, on envoie un administrateur pour être certain que le travail est bien fait sur place. » Les critiques tranchantes sont transpartisanes. « Folie politico-administrative, juge David Lisnard, maire LR de Cannes dans Le Figaro. Ces fonctionnaires supplémentaires vont, de surcroît, soit être inutiles, soit court-circuiter le travail des préfets et sous-préfets en place », estime-t-il.

Risque de doublons

Ils risquent aussi de doublonner avec les commissaires au redressement productif, institués en 2012 par Arnaud Montebourg alors à Bercy. Et ils s’ajoutent aux 450 sous-préfets en poste, dont certains ont déjà en charge des domaines particuliers, comme ceux affectés à la ville et à l’égalité des chances. « La création de postes de sous-préfets ad hoc par un gouvernement est un classique : à l’époque, Mitterrand avait nommé des sous-préfets au développement économique », décrypte un préfet aujourd’hui à la retraite.

Retour à l’ancien monde centralisateur ? Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, qui dirige les opérations, avec le ministère de l’Intérieur, assure que la mesure impulsée par Jean Castex vise, au contraire, à écouter les territoires. « Les 30 postes ont été créés à la demande de préfectures qui jugeaient ce renfort nécessaire, explique-t-elle. Comme DRH de l’Etat, je dois m’assurer que les équipes sont en nombre suffisant, en particulier pour permettre une parfaite exécution du plan de relance. Il serait inadmissible que celui-ci ne bénéficie qu’à quelques privilégiés. Les sous-préfets à la relance, comme tous les référents à ce sujet dans les préfectures, ont pour mission de faire parvenir les informations auprès des moindres TPE. »

La mesure n’a d’ailleurs pas que des opposants. Boris Vallaud, porte-parole du Parti socialiste, lui-même issu de « la préfectorale », juge « légitime que l’État se dote de ces sous-préfets, dès lors qu’il doit se montrer attentif à la manière dont est utilisé l’argent public dans les territoires ».

Lors de leur brève formation de quinze jours, les sous-préfets, sélectionnés parmi 400 volontaires, ont eux-mêmes appris à déjouer les attaques sur le surpoids administratif. « Je suis un passeur », avance ainsi modestement Benoit Mournet. « Nous sommes des facilitateurs » qui mettons « du lien dans les interstices » ; un « rouage qui vise à fluidifier et à impulser », expliquent, pour leur part, au Télégramme Sandrine Michalon-Faure et Yannick Scalzotto, tout juste nommés en Bretagne.

Compétences contestées

Sous-préfets light? Ils n’en font pas moins leur entrée, par la petite porte, dans le corps préfectoral, avec intégration complète au bout de quatre ans de service. Et certaines des fiches de poste publiées décrivent un rôle plus consistant que celui de simple G.O. de la relance : le sous-préfet peut être « chargé du portage d’un ou plusieurs projets complexes impliquant de nombreux partenaires », décrit le document de recrutement édité par la préfète de Bretagne.

Face à ces lourdes tâches, le procès en inutilité se double d’attaques en possible incompétence. En moyenne, ces nouveaux venus ont moins de 30 ans. « Ils devront prendre leurs marques et faire leur trou dans une administration qui tourne déjà », estime le préfet à la retraite. De l’aveu même du ministère de la Fonction publique, la plupart des impétrants en sont à mener des tournées pour discerner leurs relais locaux. « Ils doivent apprendre à connaître ce que nous savons déjà par cœur, tempête Alain Rousset. Quel temps perdu ! »

Les CV de certains sous-préfets à la relance laissent également les vieux routiers de la politique pantois, tant ils apparaissent éloignés des problèmes à traiter. Nommée en Charente, Sandy Lecoq-Espallargas est une inspectrice de la santé publique vétérinaire et ex-directrice de l’enseignement à l’École nationale vétérinaire de Nantes. Sa collègue Alice Mallick, nommée en Indre-et-Loire, vient de quitter son poste d’adjointe au chef de service de la protection animale dans ce département.

Quant à Clémence Choutet, tout juste nommée sous-préfète « en service extraordinaire » dans le sensible département du « 9-3 », elle offre un pur profil de communicante, passée par Publicis Consultants et le cabinet de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. « Cette diversité des profils est un choix », assume Amélie de Montchalin. « Que dirait-on si l’on n’avait nommé que des énarques venus de Bercy ? », s’amuse l’un de ces conseillers. Un bon connaisseur de l’Etat et ancien patron d’entreprise publique se fait, lui, tranchant : « En pleine crise, il faut des personnes qui connaissent, pas des personnes qui apprennent. » Sous surveillance, les sous-préfets n’ont que peu de temps pour démontrer leur utilité dans le terreau de la Creuse comme sur le macadam de la Seine-Saint-Denis.

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