Joie, allégresse, alléluia !

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Joie, allégresse, alléluia !

C’est ainsi que Pierre Desproges, ce fils caché d’Alexandre Vialatte et prince des pince-sans-rire, souhaitait la bonne année en 1978, en s’enorgueillissant de le faire avec 13 heures d’avance. Je le fais ici avec 31 jours de retard mais je n’en pense pas moins. Qui pourrait nier d’ailleurs que commence le 31 janvier une nouvelle année dont on fêtera la fin comme il se doit le 30 janvier 2022 à minuit. Et ne chipotons pas : dans les circonstances actuelles, c’est tous les jours qu’on devrait faire vœu de joie et d’allégresse, ne serait-ce que pour faire pièce aux accablants jugements de Salomon (je parle du charmant nécrologue qui vient régulièrement nous rappeler que le Père Noël n’existe pas).

Soyons optimistes quoi qu’il en coûte.

Donc : joie, allégresse, alléluia  ! Soyons optimistes quoi qu’il en coûte. Le philosophe italien Antonio Gramsci, un cousin très éloigné de l’ami Desproges, prétendait que « le pessimisme de l’intelligence ne doit pas désarmer l’optimisme du cœur et de la volonté ». Un principe qu’on peut aisément mettre en pratique en opérant un tri sélectif comme dit pléonasmiquement l’Administrateur, dans l’amas des informations en tout genre.
Il y a, oui, de bonnes nouvelles. La première est que nous en avons enfin fini avec les trumperies du golfeur mélomane (au fait trumpery en anglais ça signifie exactement sornettes et balivernes…). Il ne lui reste plus qu’à demander l’asile politique à Bolsonaro, ils iront ensemble sur le Corcovado prier que Dieu les veuille absoudre, ce que, même s’il a de l’estomac, il aura du mal à faire. Joie, allégresse, alléluia  !
N’est-il pas tout autant réjouissant d’apprendre que le Costa Rica vient d’autoriser le mariage homosexuel, que le Soudan interdit désormais l’excision, que le Mexique a proscrit le maïs génétiquement modifié et le glyphosate  ? Joie, allégresse, alléluia  !

Le pire n’est pas toujours sûr.

musaraigne-éléphant

Preuve également que le pire n’est pas toujours sûr, sachez qu’on vient de voir réapparaître en Somalie la musaraigne-éléphant (si, si, ça existe, ce n’est pas une invention de Vialatte ou Desproges) qu’on considérait définitivement disparue (ou disparu, allez savoir !). Et, janvier sec ou pas, je vous invite à célébrer au Champagne ou à l’Avèze selon vos mœurs, l’annonce de la hausse record de population chez les manchots des Galapagos et les cormorans aptères. Il paraît que, comme le chevreuil dans les rues de Clermont, c’est un effet secondaire du confinement. Joie, allégresse, alléluia !
N’avez-vous pas découvert comme moi avec joie que le jury du prix Renaudot avait enfin appris à lire, ou du moins à comprendre ce qu’il lisait, ce dont certain choix antérieur permettait de douter mais que la consécration de Marie-Hélène Lafon, l’admirable mémorialiste du Haut Pays, semble prouver. Joie allégresse alléluia !

Le ridicule ne tue toujours pas.

Comment ne pas se réjouir de constater dans la période mortifère où nous vivons, que le ridicule, lui, ne tue toujours pas ? Il doit y avoir une immunité collective. Ne voilà-t-il pas que tout le monde se prend à dire en lieu et place des bons vieux à distance et en présence, distantiel et présentiel. Exactement comme si vous remplaciez les arbres du jardin Lecoq à Clermont par des arbres en plastique. Remarquez que le ministère de l’Éducation nationale dont la priorité, paraît-il, est d’enseigner le bon usage de la langue produit à présent sans sourciller dans ses propres instructions des barbarismes du genre apprenance et expérientiel.

La stupitude a encore de beaux jours devant elle.

Comme disait l’autre jour un quidam sur une radio publique : Il y a de la sinistralité (sic) dans l’air. Bref, la stupiditude a encore de beaux jours devant elle. Pour moi, je m’entêterai à rencontrer mes amis en présence du ciel. Joie allégresse alléluia !
J’apprends, hourra !, dans mon quotidien bien aimé que la vieille Halle au blé de Clermont-Ferrand va enfin, dûment réhabilitée, accueillir le FRAC Auvergne. Et je lis ceci : espaces d’exposition, 410 m², espaces administratifs 530 m². Il vaut mieux en rire, n’est-ce pas ? Comme me réjouit le cœur cet écho étonnant : il paraît que la semaine dernière un train Clermont/Paris serait arrivé à l’heure. Joie allégresse alléluia !

Jean-Pierre Siméon.

Poète et dramaturge, bien que né à Paris « par étourderie », Jean-Pierre Siméon vit à Clermont-Ferrand depuis son enfance. Directeur artistique du Printemps des poètes de 2001 à 2017, il est aujourd’hui directeur de la collection Poésie/Gallimard.

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